DĂ©cret concernant la liste des espĂšces en pĂ©ril (dĂ©cision de ne pas inscrire le bar rayĂ©) : TR/2026-61

La Gazette du Canada, Partie II, volume 160, numéro 22

Enregistrement
TR/2026-61 Le 4 novembre 2026

LOI SUR LES ESPÈCES EN PÉRIL

Décret concernant la liste des espÚces en péril (décision de ne pas inscrire le bar rayé)

C.P. 2026-1017 Le 23 octobre 2026

Sur recommandation de la ministre de l’Environnement, et en vertu des paragraphes 27(1.1) et (1,2) de la Loi sur les espĂšces en pĂ©rilrĂ©fĂ©rence a, Son Excellence la Gouverneure gĂ©nĂ©rale en conseil :

ANNEXE

Déclaration énonçant les motifs de la décision de ne pas inscrire le bar rayé population du sud du golfe du Saint-Laurent sur la Liste des espÚces en péril

Bar rayé (Morone saxatilis) population du sud du golfe du Saint-Laurent

La ministre de l’Environnement a recommandĂ© que le bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent ne soit pas inscrit sur la Liste des espĂšces en pĂ©ril (Liste) figurant Ă  l’annexe 1 de la Loi sur les espĂšces en pĂ©ril (LEP).

Les avis scientifiques fournis dans le cadre de l’évaluation et du rapport de situation de 2012 du ComitĂ© sur la situation des espĂšces en pĂ©ril au Canada (COSEPAC) concernant le bar rayĂ© ont indiquĂ© que les principales menaces pesant sur l’espĂšce Ă©taient liĂ©es aux activitĂ©s de pĂȘche, c’est-Ă -dire les prises accessoires et la pĂȘche illĂ©gale, qui sont toutes deux prises en compte. Le rĂ©gime de gestion actuel, dĂ©crit ci-dessous, a favorisĂ© une amĂ©lioration de l’abondance de la population. En outre, l’ajout de cette espĂšce Ă  la Liste n’apporterait pas de rĂ©sultats trĂšs diffĂ©rents aux rĂ©sultats du rĂ©gime de gestion actuel ou ne renforcerait pas les mesures de protection visant Ă  gĂ©rer les principales menaces auxquelles l’espĂšce est confrontĂ©e. L’option de ne pas inscrire l’espĂšce sur la Liste a reçu l’appui de la majoritĂ© des provinces, des organisations autochtones et des intervenants potentiellement touchĂ©s qui ont rĂ©pondu aux consultations.

Les mesures de conservation mises en Ɠuvre depuis le milieu des annĂ©es 1990, y compris la fermeture des pĂȘches pendant treize ans, ont permis une augmentation de la population et de rendre l’espĂšce commune dans toute l’aire de rĂ©partition de cette population. La population a Ă©tĂ© estimĂ©e Ă  547 300 gĂ©niteurs en 2025. Il s’agit d’une augmentation importante de l’abondance par rapport aux faibles indices de la fin des annĂ©es 1990. Cette population de bar rayĂ© est actuellement distribuĂ©e de façon large et abondante dans toute son aire de rĂ©partition historique, de la GaspĂ©sie Ă  l’üle du Cap-Breton.

Depuis que l’évaluation et le rapport de situation du COSEPAC a Ă©tĂ© publiĂ© en 2012, les preuves recueillies par le ministĂšre des PĂȘches et des OcĂ©ans (MPO) indiquent que le bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent a maintenu une plus grande abondance de gĂ©niteurs. Les mesures de gestion de la conservation mises en Ɠuvre depuis le milieu des annĂ©es 1990, notamment la fermeture de la pĂȘche commerciale en 1996 ainsi que la fermeture pendant 13 ans des pĂȘches alimentaires, sociales et rituelles et des pĂȘches rĂ©crĂ©atives, ont entraĂźnĂ© une augmentation constante de l’abondance au cours des trois derniĂšres gĂ©nĂ©rations. La population est Ă©valuĂ©e chaque annĂ©e et se trouve actuellement dans la zone de prudence identifiĂ©e dans le Cadre de l’approche de prĂ©caution du MPO.

Il est recommandĂ© de ne pas inscrire l’espĂšce sur la Liste parce que cela n’entraĂźnerait pas de mesures de protection diffĂ©rentes ou amĂ©liorĂ©es pour cette population de bar rayĂ©. Bien que l’inscription sur la Liste n’entraĂźne qu’un coĂ»t minime pour les Canadiens, elle crĂ©erait une charge administrative excessive pour sa gestion. Contrairement Ă  d’autres populations, oĂč un plan de gestion de la LEP donnerait l’occasion de s’attaquer Ă  d’autres menaces, il inclurait simplement dans ce cas la mise en Ɠuvre du plan de gestion des pĂȘches actuel, mis Ă  jour chaque annĂ©e.

Ayant dĂ©cidĂ© de ne pas inscrire l’espĂšce sur la Liste, le MPO continuera de gĂ©rer la population en vertu de la Loi sur les pĂȘches afin de maintenir la population et de protĂ©ger la zone de frai unique, tout en gĂ©rant une pĂȘche durable intĂ©grant les principes de l’approche de prĂ©caution.

NOTE EXPLICATIVE

(La présente note ne fait pas partie du Décret.)

Proposition

La gouverneure en conseil, sur recommandation de la ministre de l’Environnement, en vertu des paragraphes 27(1.1) et (1,2) de la Loi sur les espĂšces en pĂ©ril (LEP ou la Loi), a dĂ©cidĂ© de ne pas ajouter le bar rayĂ© (Morone saxatilis) population du sud du golfe du Saint-Laurent Ă  la Liste des espĂšces en pĂ©ril (Liste) figurant Ă  l’annexe 1 de la Loi.

Contexte

Le bar rayĂ© (Morone saxatilis) est un poisson anadrome de grande taille de la famille des MoronidĂ©s dont la fraie a lieu en eau douce et qui atteint la maturitĂ© en milieu marin. Le ComitĂ© sur la situation des espĂšces en pĂ©ril au Canada (COSEPAC) reconnaĂźt trois populations de bar rayĂ© au Canada : la population du sud du golfe du Saint-Laurent, la population de la baie de Fundy et la population du fleuve Saint-Laurent. Le prĂ©sent dĂ©cret ne vise que le bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent.

La zone d’occurrence du bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent est dĂ©limitĂ©e par les rĂ©gions cĂŽtiĂšres de PercĂ©, au QuĂ©bec (baie des Chaleurs) au nord-ouest; le long des rives orientales du Nouveau-Brunswick jusqu’à ChĂ©ticamp (CapBreton, en Nouvelle-Écosse) Ă  l’est; et jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard au nord. Son seul site de fraie se trouve au nord-ouest de la riviĂšre Miramichi (Nouveau-Brunswick).

En 2012, le COSEPAC a Ă©valuĂ© le bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent et l’a classĂ© comme espĂšce prĂ©occupante, car, malgrĂ© l’augmentation de sa population, il est connu qu’il ne fraie qu’à un seul endroit et qu’il reste susceptible Ă  des taux Ă©levĂ©s de braconnage et Ă  des prises accessoires dans les pĂȘches lĂ©gales.

Depuis 2017, d’aprĂšs les poissons marquĂ©s et capturĂ©s par les pĂȘcheurs commerciaux et rĂ©crĂ©atifs, il existe des preuves que cette population de bar rayĂ© s’étend au nord de son aire de rĂ©partition prĂ©cĂ©demment documentĂ©e.

Répercussions

Lorsque la gouverneure en conseil dĂ©cide de ne pas inscrire sur la Liste une espĂšce ayant Ă©tĂ© classĂ©e comme espĂšce prĂ©occupante, l’exigence selon laquelle un plan de gestion de la LEP doit ĂȘtre Ă©laborĂ© ne s’applique pas. Cette espĂšce continuerait d’ĂȘtre gĂ©rĂ©e Ă  l’aide des dispositions lĂ©gislatives existantes (par exemple la Loi sur les pĂȘches ou la Loi sur les parcs nationaux du Canada) et d’outils non prĂ©vus par la loi (par exemple les programmes gouvernementaux, les mesures adoptĂ©es par des organismes non gouvernementaux, l’industrie et la population canadienne) qui s’appliquent aux espĂšces aquatiques.

Justification

Depuis l’évaluation du COSEPAC de 2012, la situation du bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent s’est amĂ©liorĂ©e. L’abondance et la rĂ©partition de la population ont augmentĂ© depuis la dĂ©signation de cette population par le COSEPAC comme espĂšce menacĂ©e en 2004rĂ©fĂ©rence 1. Le ministĂšre des PĂȘches et des OcĂ©ans (MPO) Ă©value ce stock chaque annĂ©e et il est actuellement classĂ© dans la zone de prudence selon le Cadre intĂ©grant l’approche de prĂ©caution du MPO en vertu du Cadre pour la pĂȘche durable. En 2025, la population reproductrice Ă©tait estimĂ©e Ă  547 300 individus. Depuis 1996, les mesures de conservation de ce stock comprennent la fermeture de la pĂȘche commerciale ainsi qu’une fermeture de 13 ans des pĂȘches Ă  des fins alimentaires, sociales et rituelles (ASR) et des pĂȘches rĂ©crĂ©atives. Ces mesures ont contribuĂ© Ă  une augmentation importante de l’abondance de la population. Avec l’amĂ©lioration des effectifs, les pĂȘches rĂ©crĂ©atives ciblĂ©es ont rouvert, les pĂȘches ASR ont repris et une pĂȘche commerciale communautaire pilote a Ă©tĂ© mise en place. De plus, le MPO a pu attribuer certains quotas pour les prises accessoires de bar rayĂ© dans les pĂȘches au homard.

La justification de la non-inscription est que l’abondance de la population et sa rĂ©partition se sont dĂ©jĂ  accrues, et que des mesures ont Ă©tĂ© mises en Ɠuvre pour gĂ©rer les menaces et surveiller la population Ă  l’avenir. Bien que l’inscription sur la Liste n’entraĂźne qu’un coĂ»t minime pour la population canadienne, sa gestion crĂ©erait une charge administrative inutile pour le MPO et pour Parcs Canada. Contrairement Ă  d’autres espĂšces pour lesquelles un plan de gestion de la LEP permettrait de combler les lacunes en ce qui a trait aux connaissances ainsi que de cerner d’autres menaces et d’y remĂ©dier, dans le cas du bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent, la mise en Ɠuvre continue d’un plan de gestion des pĂȘches mis Ă  jour annuellement en vertu de la Loi sur les pĂȘches s’est avĂ©rĂ©e efficace pour soutenir le rĂ©tablissement de cette population et devrait continuer de demeurer un outil de gestion efficace.

Compte tenu de la dĂ©cision de ne pas ajouter cette espĂšce Ă  la Liste en vertu de la LEP, le MPO continuera de surveiller et de gĂ©rer cette population conformĂ©ment Ă  la Loi sur les pĂȘches, afin d’en assurer la survie et de protĂ©ger sa seule aire de fraie tout en assurant la gestion d’une pĂȘche durable intĂ©grant les principes de l’approche de prĂ©caution.

Consultation

Une pĂ©riode de consultation publique concernant l’ajout ou non Ă  la Liste du bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent a Ă©tĂ© organisĂ©e du 17 novembre 2014 au 27 fĂ©vrier 2015 au QuĂ©bec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et Ă  l’Île-du-Prince-Édouard. Des documents de consultation ont Ă©tĂ© envoyĂ©s Ă  254 groupes potentiellement concernĂ©s, dont l’industrie des pĂȘches, des ministĂšres provinciaux et des organismes autochtones, ainsi qu’à des parties potentiellement intĂ©ressĂ©es (par exemple les organisations non gouvernementales environnementales et universitaires). Des avis publics annonçant la pĂ©riode de consultation ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans 13 journaux, et les documents de consultation ont Ă©tĂ© versĂ©s au Registre public des espĂšces en pĂ©ril. Les documents expliquaient, entre autres, les raisons de la classification, l’enjeu en question (Ă  savoir qu’une dĂ©cision d’inscription serait prise Ă  l’égard de l’espĂšce) et les rĂ©percussions de l’inscription d’une espĂšce comme espĂšce prĂ©occupante (c’est-Ă -dire que les interdictions ne s’appliquent pas et qu’un plan de gestion doit ĂȘtre Ă©laborĂ©). Des rĂ©unions bilatĂ©rales ont eu lieu avec quatre groupes autochtones.

Étant donnĂ© qu’il s’est Ă©coulĂ© beaucoup de temps depuis les consultations sur l’inscription Ă  la Liste de cette population de bar rayĂ©, des suivis des consultations ont Ă©tĂ© effectuĂ©s, du 9 novembre 2020 au 15 mars 2021, auprĂšs des groupes autochtones et des principaux intervenants afin de confirmer leurs positions sur l’inscription sur la Liste. Dans l’ensemble, les rĂ©ponses sont demeurĂ©es conformes aux consultations initiales.

De façon gĂ©nĂ©rale, les consultations ont fait Ă©tat d’une forte opposition Ă  une inscription sur la Liste en vertu de la LEP. Les participants se sont pour la plupart prononcĂ©s contre l’inscription sur la Liste Ă©tant donnĂ© que la population est abondante et qu’elle ne semble pas exiger de mesures de protection supplĂ©mentaires. Bien que cette thĂšse semble non fondĂ©e, les participants ont souvent exprimĂ© des prĂ©occupations quant Ă  la menace que pourrait constituer le rĂ©tablissement de ce superprĂ©dateur pour d’autres populations de poissons dans son aire de rĂ©partition.

Plus prĂ©cisĂ©ment, 84 rĂ©ponses ont Ă©tĂ© reçues : 16 personnes se sont prononcĂ©es en faveur d’une inscription sur la Liste; 42 contre un ajout Ă  la Liste et 26 ne se sont pas prononcĂ©es.

Les provinces du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard ne se sont pas prononcĂ©es durant la consultation initiale quant Ă  l’inscription sur la Liste. La province de la Nouvelle-Écosse s’est prononcĂ©e en faveur de l’inscription sur la Liste, tandis que la province de QuĂ©bec s’y est opposĂ©e. Lors des suivis, le Nouveau-Brunswick s’est prononcĂ© en faveur d’une inscription, tandis que l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le QuĂ©bec n’ont pas rĂ©pondu.

Sur les 4 organismes autochtones ayant fourni des rĂ©ponses durant les consultations initiales (2014-2015), 2 ne se sont pas prononcĂ©s et 2 se sont prononcĂ©s en faveur d’une inscription sur la Liste. Les 2 qui se sont prononcĂ©s en faveur n’ont pas rĂ©pondu lors des suivis des consultations. Parmi les 10 associations (dont 7 organisations non gouvernementales environnementales, un pourvoyeur, un groupe de pĂȘche rĂ©crĂ©ative et une entreprise offrant des services de pourvoirie ainsi que des cours de camping et de pĂȘche) qui ont fourni des commentaires durant les consultations initiales, 2 d’entre elles se sont prononcĂ©es en faveur de l’inscription sur la Liste et 8 s’y sont opposĂ©es. La seule organisation appartenant Ă  l’industrie de la pĂȘche ayant fourni une rĂ©ponse a soutenu l’inscription sur la Liste. Sur les 31 pĂȘcheurs Ă  la ligne ayant fourni des rĂ©ponses lors des consultations initiales, 12 ne se sont pas prononcĂ©s, 5 se sont prononcĂ©s en faveur et 14 se sont opposĂ©s Ă  l’inscription sur la Liste. Parmi les 5 guides, 2 ne se sont pas prononcĂ©s, un s’est prononcĂ© en faveur de l’inscription sur la Liste et 2 s’y sont opposĂ©s. Les 2 pourvoyeurs se sont opposĂ©s Ă  l’inscription sur la Liste. Quant aux 2 petites entreprises ayant fourni des rĂ©ponses, l’une s’est prononcĂ©e en faveur de l’inscription sur la Liste tandis que l’autre s’y est opposĂ©e. Sur les 25 rĂ©ponses provenant du grand public, 8 ne prĂ©cisaient aucune position, 3 Ă©taient en faveur de l’inscription sur la Liste et 14 s’y opposaient.

Ceux qui se sont prononcĂ©s en faveur d’une inscription sur la Liste soulignaient que le fait d’ĂȘtre dĂ©signĂ© comme espĂšce prĂ©occupante permettrait la poursuite de la pĂȘche ou invoquaient l’unique frayĂšre de la population. Les opposants Ă  l’inscription sur la Liste ont exprimĂ© des inquiĂ©tudes quant au fait que l’augmentation de la population de bar rayĂ© pourrait menacer la viabilitĂ© d’autres espĂšces importantes, comme le saumon de l’Atlantique, dont les saumoneaux constituent une proie pour cette espĂšce. Compte tenu de l’amĂ©lioration notable de cette population de bar rayĂ© depuis l’évaluation du COSEPAC (2012) et de la forte opposition du grand public et de l’industrie de la pĂȘche Ă  l’inscription sur la Liste en vertu de la LEP, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de ne pas inscrire le bar rayĂ© population du sud du golfe du Saint-Laurent Ă  la Liste en vertu de la LEP.

En recommandant de ne pas inscrire cette population de bar rayĂ© sur la Liste, la ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, qui est responsable Ă  la fois d’Environnement et Changement climatique et de Parcs Canada, a consultĂ© la ministre des PĂȘches et des OcĂ©ans et a confirmĂ© que Parcs Canada avait Ă©tĂ© consultĂ© en sa qualitĂ© d’autoritĂ© compĂ©tente en vertu de la Loi sur les espĂšces en pĂ©ril.

Coordonnées

Programme des espÚces en péril
PĂȘches et OcĂ©ans Canada
200, rue Kent
Ottawa (Ontario)
K1A 0E6
Courriel : SARA_LEP@dfo-mpo.gc.ca