DĂ©cret concernant la saisie de biens situĂ©s au Canada (aĂ©ronef RA-82078) : DORS/2025-29

La Gazette du Canada, Partie II, volume 159, numéro 5

Enregistrement
DORS/2025-29 Le 14 fĂ©vrier 2025

LOI SUR LES MESURES ÉCONOMIQUES SPÉCIALES

C.P. 2025-105 Le 14 fĂ©vrier 2025

Attendu que la gouverneure en conseil juge que les actions de la Fédération de Russie constituent une rupture sérieuse de la paix et de la sécurité internationales qui a entraîné une grave crise internationale,

Ă€ ces causes, sur recommandation de la ministre des Affaires Ă©trangères et en vertu de l’alinĂ©a 4(1)b)rĂ©fĂ©rence a et du paragraphe 4(1.1)rĂ©fĂ©rence b de la Loi sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales rĂ©fĂ©rence c, Son Excellence la Gouverneure gĂ©nĂ©rale en conseil prend le DĂ©cret concernant la saisie de biens situĂ©s au Canada (aĂ©ronef RA-82078), ci-après.

Décret concernant la saisie de biens situés au Canada (aéronef RA-82078)

Saisie

Application

1 Le prĂ©sent dĂ©cret s’applique Ă  l’aĂ©ronef An-124-100-150 construit par Aviastar-SP, dont les numĂ©ros d’immatriculation et de sĂ©rie sont respectivement RA-82078 et 9773054559153, qui est situĂ© Ă  l’aĂ©roport international Lester B. Pearson (CYYZ) de Toronto et qui appartient Ă  Aleksey Ivanovich Isaykin, Ă  Volga-Dnepr Airlines (Ireland) Limited, Ă  Volga-Dnepr Logistics B.V., Ă  Sberbank, Ă  Volga-Dnepr Airlines ou Ă  Volga-Dnepr Group — qui sont des personnes visĂ©es par le Règlement sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales visant la Russie — ou qui est dĂ©tenu ou contrĂ´lĂ©, mĂŞme indirectement, par l’une de ces personnes.

Saisie

2 La saisie de l’aĂ©ronef visĂ© Ă  l’article 1 est ordonnĂ©e de façon Ă  ce qu’aucune opĂ©ration ne puisse ĂŞtre effectuĂ©e Ă  l’égard de cet aĂ©ronef, sauf par le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, et de façon Ă  ce que le ministre en prenne la possession et le contrĂ´le et qu’il soit autorisĂ© Ă  en assurer la gestion et Ă  effectuer toute opĂ©ration Ă  son Ă©gard.

Antériorité de la prise d’effet

3 Pour l’application de l’alinĂ©a 11(2)a) de la Loi sur les textes rĂ©glementaires, le prĂ©sent règlement prend effet avant sa publication dans la Gazette du Canada.

Abrogation

4 Le Décret concernant la saisie de biens situés au Canada (Volga-Dnepr Airlines ou Volga-Dnepr Group) référence 1 est abrogé.

Entrée en vigueur

Enregistrement

5 Le présent décret entre en vigueur à la date de son enregistrement.

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE D’IMPACT DE LA RÉGLEMENTATION

(Le présent résumé ne fait pas partie du Décret.)

Enjeux

Il est nĂ©cessaire de mettre Ă  jour le dĂ©cret concernant la saisie de l’aĂ©ronef Antonov 124 se trouvant Ă  l’aĂ©roport international Pearson de Toronto, afin qu’il vise d’autres personnes auxquelles ce bien appartiendrait ou qui le dĂ©tiendraient ou le contrĂ´leraient, mĂŞme indirectement.

Contexte

Le 24 fĂ©vrier 2022, le prĂ©sident russe, Vladimir Poutine, a annoncĂ© « une opĂ©ration militaire spĂ©ciale Â» alors que les forces russes lançaient une invasion Ă  grande Ă©chelle de l’Ukraine Ă  partir des territoires de la Russie et du BĂ©larus, offensive qui se poursuit Ă  ce jour. L’est et le sud de l’Ukraine demeurent le théâtre de violents combats. Dans le cadre de sa stratĂ©gie militaire, la Russie continue de tirer des missiles et de lancer des attaques de drones kamikazes contre des infrastructures civiles essentielles. En dĂ©cembre 2024, la Mission de surveillance des droits de l’homme en Ukraine a confirmĂ© qu’au moins 12 456 civils avaient Ă©tĂ© tuĂ©s et 28 382 personnes blessĂ©es depuis le 24 fĂ©vrier 2022. De plus, 680 centres de soins de santĂ© et 1 275 Ă©tablissements d’enseignement en Ukraine ont Ă©tĂ© endommagĂ©s ou dĂ©truits par l’armĂ©e russe depuis l’invasion.

Réponse internationale

La coalition des pays qui appuient l’Ukraine dans sa lutte contre l’invasion illĂ©gale de la Russie comprend, sans s’y limiter, les pays du G7 et les pays europĂ©ens ainsi que certaines des nations voisines de l’Ukraine. Ce groupe agit sur diffĂ©rents plans pour soutenir l’Ukraine : sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique, sĂ»retĂ© nuclĂ©aire, sĂ©curitĂ© alimentaire, aide humanitaire, lutte contre la dĂ©sinformation russe, application de sanctions et de mesures Ă©conomiques, saisie et confiscation de biens, assistance militaire, imputabilitĂ©, redressement et reconstruction. Le Canada et les pays du G7 mènent des efforts diplomatiques auprès du reste de la communautĂ© internationale afin de rallier des appuis en faveur de l’Ukraine et de contrer les faux discours russes.

Réponse du Canada

Ă€ la suite de l’occupation illĂ©gale et de la tentative d’annexion de la CrimĂ©e par la Russie en mars 2014, le gouvernement du Canada, en coordination avec ses partenaires et alliĂ©s, a promulguĂ© des sanctions au moyen d’un règlement pris en application de la Loi sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales (LMES). Le Règlement sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales visant la Russie (le Règlement sur la Russie) impose des interdictions de transactions (un gel effectif des avoirs) aux particuliers et aux entitĂ©s dĂ©signĂ©s qui soutiennent ou permettent la violation par la Russie de la souverainetĂ© de l’Ukraine. Il est donc interdit Ă  toute personne au Canada et Ă  tout Canadien Ă  l’étranger, Ă  l’égard d’une personne dĂ©signĂ©e aux annexes 1, 2 ou 3 du Règlement sur la Russie, d’effectuer une opĂ©ration portant sur un bien lui appartenant, de conclure une transaction avec elle, de lui fournir des services ou de mettre autrement des marchandises Ă  sa disposition.

En coordination avec ses partenaires internationaux, le Canada a imposĂ© des sanctions Ă  plus de 3 000 particuliers et entitĂ©s en Russie, au BĂ©larus, en Ukraine et en Moldova qui sont complices de violations de la souverainetĂ© et de l’intĂ©gritĂ© territoriale de l’Ukraine et de la Moldova et d’atteintes aux droits de la personne. De plus, le Canada a mis en Ĺ“uvre des restrictions ciblĂ©es visant la Russie dans les secteurs des finances, du commerce (biens et services), de l’énergie et des transports.

Régime canadien de saisie et de confiscation des biens

Le 23 juin 2022, le Canada a Ă©tĂ© le premier pays Ă  remplir l’engagement pris par le G7 de saisir, de confisquer et de redistribuer les actifs de personnes visĂ©es par des sanctions, en modifiant la LMES et la Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants Ă©trangers corrompus (loi de SergueĂŻ Magnitski). Le rĂ©gime canadien de saisie et de confiscation des biens permet au gouvernement de saisir les actifs physiques ou de bloquer les actifs financiers (comme les comptes, les investissements, les obligations) des particuliers et des entitĂ©s dĂ©signĂ©s, et de les confisquer, d’en disposer et de les redistribuer, ces avoirs ayant dĂ©jĂ  Ă©tĂ© gelĂ©s dans les faits par l’application des sanctions canadiennes.

Les biens dont la saisie (ou le blocage) et la confiscation sont recommandĂ©es sont Ă©valuĂ©s au cas par cas. La confiscation de biens se fait selon un processus en deux temps : en premier lieu, un dĂ©cret doit ĂŞtre pris conformĂ©ment Ă  l’alinĂ©a 4(1)b) de la LMES pour permettre la saisie ou le blocage des biens appartenant Ă  un particulier ou Ă  une entitĂ© visĂ©e par des sanctions au titre des critères Ă©noncĂ©s au paragraphe 4(1.1) de la LMES. Ensuite, une fois le bien saisi ou bloquĂ©, la ministre des Affaires Ă©trangères peut demander Ă  la cour de la province oĂą se trouve le bien de rendre une ordonnance de confiscation permanente du bien au profit de l’État. Si la demande de confiscation est approuvĂ©e, les sommes tirĂ©es de la disposition du bien peuvent servir Ă  la reconstruction des États touchĂ©s, au rĂ©tablissement de la paix et de la sĂ©curitĂ© internationales et Ă  l’indemnisation des victimes, comme l’indique l’article 5.6 de la LMES.

Jusqu’ici, le Canada a utilisĂ© deux fois les pouvoirs prĂ©vus par le rĂ©gime. La première fois remonte au 19 dĂ©cembre 2022, lorsque le Canada a annoncĂ© la prise d’un dĂ©cret pour bloquer une somme de 26 millions de dollars amĂ©ricains de Granite Capital Holdings Ltd., une entreprise censĂ©e appartenir Ă  Roman Abramovich ou ĂŞtre dĂ©tenue ou contrĂ´lĂ©e par cet oligarque russe visĂ© par des sanctions en application du Règlement sur la Russie. Ensuite, le 10 juin 2023, le Canada a annoncĂ© la prise d’un dĂ©cret pour saisir un avion Antonov 124 censĂ© appartenir Ă  Volga-Dnepr Airlines ou Ă  Volga-Dnepr Group, ou ĂŞtre dĂ©tenu ou contrĂ´lĂ© par l’une ou l’autre de ces deux entitĂ©s visĂ©es par des sanctions au titre du Règlement sur la Russie.

Objectif

  1. Mettre à jour le décret concernant la saisie d’un bien situé au Canada afin qu’il vise d’autres personnes ayant un droit de propriété à l’égard du bien en question.
  2. Envoyer le message clair que les personnes complices de régimes qui violent le droit international ne pourront plus continuer d’en profiter.

Description

Le DĂ©cret abroge le DĂ©cret concernant la saisie de biens situĂ©s au Canada (Volga-Dnepr Airlines ou Volga-Dnepr Group) [DORS/2023-120] et le remplace par un nouveau dĂ©cret de saisie visant Aleksey Ivanovich Isaykin, Volga-Dnepr Airlines (Ireland) Limited, Volga-Dnepr Logistics B.V. et Sberbank en plus de Volga-Dnepr Group et de Volga-Dnepr Airlines, Ă  titre de personnes auxquelles appartiendrait l’aĂ©ronef Antonov 124 actuellement saisi Ă  l’aĂ©roport international Pearson de Toronto, ou qui le dĂ©tiendraient ou le contrĂ´leraient, mĂŞme indirectement.

Comme l’indiquait le décret de saisie antérieur, le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux a la possession et le contrôle de l’aéronef et est autorisé à en assurer la gestion et à effectuer toute opération à son égard.

Élaboration de la réglementation

Consultation

Affaires mondiales Canada consulte régulièrement les intervenants concernés, notamment des organisations de la société civile, des représentants de communautés culturelles et d’autres gouvernements aux vues similaires, pour discuter de l’approche du Canada relative à la mise en œuvre de sanctions.

Il ne serait pas opportun de mener des consultations publiques, car la publication des noms des personnes visées par le Décret pourrait entraîner des changements dans la structure de propriété avant l’entrée en vigueur du Décret.

Obligations relatives aux traités modernes et consultation et mobilisation des Autochtones

À la suite de l’évaluation initiale réalisée, aucune incidence sur les traités modernes n’a été cernée.

Choix de l’instrument

Au Canada, les règlements sont le seul instrument permettant de promulguer des sanctions. Aucun autre instrument ne pourrait être considéré.

Analyse de la réglementation

Avantages et coûts

Il n’y a aucun coût lié au Décret. De plus, étant donné que l’actif ciblé ne concerne pas des Canadiens ou des personnes au Canada, Affaires mondiales Canada ne prévoit pas de répercussions négatives sur des Canadiens à la suite de la prise de ce décret. Autre avantage, la désignation d’autres entités ayant des droits de propriété à l’égard du bien limitera la capacité de personnes complices de régimes qui violent le droit international d’en profiter.

Lentille des petites entreprises

Une analyse selon la lentille des petites entreprises a permis de conclure que l’initiative n’aura pas de répercussions sur les petites entreprises canadiennes, étant donné que le Décret ne concerne aucune entreprise canadienne ni aucune personne d’affaires au Canada.

Règle du « un pour un Â»

La règle du « un pour un Â» ne s’applique pas au DĂ©cret, car ce dernier n’impose pas de nouveau fardeau administratif aux entreprises canadiennes.

Coopération et harmonisation en matière de réglementation

Bien que les alliĂ©s aux vues similaires continuent d’appuyer l’initiative du Canada et d’étudier les options visant Ă  mettre en Ĺ“uvre l’engagement pris par le G7 de saisir et de confisquer les biens des personnes visĂ©es par des sanctions, le Canada a Ă©tĂ© le premier pays — et encore le seul jusqu’à prĂ©sent — Ă  mettre en Ĺ“uvre cet engagement au moyen de la crĂ©ation d’un rĂ©gime lĂ©gislatif de saisie et de confiscation des biens sur la base de sanctions Ă©conomiques.

Effets sur l’environnement

Il est peu probable que ce décret entraîne des effets importants sur l’environnement. Conformément à la Directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale et économique stratégique, une analyse préliminaire a permis de conclure qu’une évaluation environnementale et économique stratégique n’était pas nécessaire.

Analyse comparative entre les sexes plus

Aucune répercussion relative à l’analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) n’a été identifiée pour le Décret.

Mise en œuvre, conformité et application, et normes de service

Le Décret entre en vigueur à la date de son enregistrement. Affaires mondiales Canada avisera les particuliers et les entités liés au bien des nouvelles modalités du Décret.

Tout permis délivré en application du Décret concernant la saisie de biens situés au Canada (Volga-Dnepr Airlines ou Volga-Dnepr Group) [DORS/2023-120] demeure valide conformément aux modalités qui y sont prévues.

Personne-ressource

Direction générale des sanctions
Affaires mondiales Canada
Courriel : sanctions@international.gc.ca