Règlement sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales visant le Soudan : DORS/2024-61

La Gazette du Canada, Partie II, volume 158, numéro 9

Enregistrement
DORS/2024-61 Le 12 avril 2024

LOI SUR LES MESURES ÉCONOMIQUES SPÉCIALES

C.P. 2024-287 Le 12 avril 2024

Attendu que la gouverneure en conseil juge que la situation dans la République du Soudan constitue une rupture sérieuse de la paix et de la sécurité internationales qui est susceptible d’entraîner ou a entraîné une grave crise internationale;

Attendu que la gouverneure en conseil juge que des violations graves et systématiques des droits de la personne ont été commises dans la République du Soudan,

Ă€ ces causes, sur recommandation de la ministre des Affaires Ă©trangères et en vertu de l’alinĂ©a 4(1)a)rĂ©fĂ©rence a et des paragraphes 4(1.1)rĂ©fĂ©rence b, (2)rĂ©fĂ©rence c et (3) de la Loi sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales rĂ©fĂ©rence d, Son Excellence la Gouverneure gĂ©nĂ©rale en conseil prend le Règlement sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales visant le Soudan, ci-après.

Règlement sur les mesures économiques spéciales visant le Soudan

Définitions

Définitions

1 Les définitions qui suivent s’appliquent au présent règlement.

ministre
Le ministre des Affaires étrangères. (Minister)
Soudan
S’entend de la République du Soudan. Y sont assimilés :
  • a) ses subdivisions politiques;
  • b) son gouvernement, ses ministères et le gouvernement et les ministères de ses subdivisions politiques;
  • c) ses organismes et ceux de ses subdivisions politiques. (Sudan)

Liste

Personne dont le nom figure sur la liste

2 Figure sur la liste Ă©tablie Ă  l’annexe le nom de toute personne qui se trouve au Soudan ou qui est ou Ă©tait un de ses nationaux ne rĂ©sidant pas habituellement au Canada Ă  l’égard de laquelle le gouverneur en conseil est convaincu, sur recommandation du ministre, qu’il existe des motifs raisonnables de croire qu’il s’agit de l’une des personnes suivantes :

Interdictions

Opérations et activités interdites

3 Il est interdit Ă  toute personne au Canada et Ă  tout Canadien Ă  l’étranger :

Non-application

4 L’article 3 ne s’applique pas Ă  l’égard :

Participation à une activité interdite

5 Il est interdit Ă  toute personne au Canada et Ă  tout Canadien Ă  l’étranger de faire sciemment quoi que ce soit qui occasionne ou facilite la rĂ©alisation de toute activitĂ© interdite visĂ©e par l’article 3, qui y contribue ou qui vise Ă  le faire.

Obligation de vérification

6 Il incombe aux entitĂ©s mentionnĂ©es ci-après de vĂ©rifier de façon continue si des biens qui sont en leur possession ou sous leur contrĂ´le appartiennent Ă  une personne dont le nom figure sur la liste ou sont dĂ©tenus ou contrĂ´lĂ©s, mĂŞme indirectement, par elle :

Obligation de communication

7 (1) Toute personne au Canada, tout Canadien Ă  l’étranger ou toute entitĂ© visĂ©e Ă  l’article 6 est tenu de communiquer, sans dĂ©lai, au commissaire de la Gendarmerie royale du Canada ou au directeur du Service canadien du renseignement de sĂ©curitĂ© :

Immunité

(2) Aucune poursuite fondée sur la Loi sur les mesures économiques spéciales ni aucune procédure civile ne peuvent être intentées contre une personne ayant communiqué de bonne foi des renseignements en application du paragraphe (1).

Demandes

Radiation

8 (1) La personne dont le nom figure sur la liste établie à l’annexe peut demander par écrit au ministre d’en radier son nom.

Motifs raisonnables

(2) À la réception de la demande, le ministre décide s’il existe des motifs raisonnables de recommander la radiation au gouverneur en conseil.

Nouvelle demande

9 La personne dont le nom figure sur la liste peut, si la situation a Ă©voluĂ© de manière importante depuis la prĂ©sentation de sa dernière demande au titre de l’article 8, en prĂ©senter une nouvelle.

Erreur sur la personne

10 (1) La personne dont le nom est identique ou semblable à celui d’une personne dont le nom figure sur la liste et qui prétend ne pas être cette personne peut demander par écrit au ministre de lui délivrer une attestation portant qu’elle n’est pas la personne dont le nom figure sur la liste.

Décision du ministre

(2) Dans les trente jours suivant la rĂ©ception de la demande, le ministre :

Antériorité de la prise d’effet

Application

11 Pour l’application de l’alinĂ©a 11(2)a) de la Loi sur les textes rĂ©glementaires, le prĂ©sent règlement prend effet avant sa publication dans la Gazette du Canada.

Entrée en vigueur

Enregistrement

12 Le présent règlement entre en vigueur à la date de son enregistrement.

ANNEXE

(article 2 et paragraphe 8(1))

Personnes

PARTIE 1

Particuliers

  1. 1 Abdelrahim Hamdan Dagalo (aussi connu sous les noms suivants : Abdel Rahim Hamdan Dagalo, Abdelrahim Dagalo, Abdul Rahim Dagalo et Abdelrahim Hamdan Dagalo Mousa)
  2. 2 Ali Karti (aussi connu sous le nom de Ali Ahmed Karti)

PARTIE 2

Entités

  1. 1 Al Junaid Multi Activities Co. Ltd. (aussi connue sous les noms suivants : AJMAC Multi Activities Company Ltd., AlGunade, AlJunaid, Algunade, Al Gunade et Al-Juneid)
  2. 2 GSK Advance Company Ltd. (aussi connue sous les noms suivants : GSK Advance, GSK Advance Co. Ltd. et GSK for Advanced Business Co. Ltd.)
  3. 3 Defence Industries System (aussi connue sous les noms suivants : Military Industry Corporation, Defense Industries Corporation et Defense Industry System)
  4. 4 Zadna International Company for Investment Ltd. (aussi connue sous les noms suivants : Zadna Company et Zadna International Investments)

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE D’IMPACT DE LA RÉGLEMENTATION

(Le présent résumé ne fait pas partie du Règlement ni du Décret.)

Enjeux

La confrontation entre les Forces armĂ©es soudanaises (FAS), dirigĂ©es par le gĂ©nĂ©ral al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), dirigĂ©es par le gĂ©nĂ©ral Mohamed Hamdan Dagalo (Ă©galement connu sous le nom de « Hemedti Â»), au Soudan, est responsable du dĂ©placement, de la violation des droits de la personne et de la souffrance de millions de Soudanais, touchant les pays voisins et menaçant de dĂ©stabiliser l’ensemble de la rĂ©gion. Après un an, le conflit, qui est alimentĂ© par le soutien d’un certain nombre de particuliers et d’entitĂ©s commerciales qui fournissent une assistance logistique, matĂ©rielle et financière, se poursuit toujours sans que l’on puisse en entrevoir la fin.

Afin d’imposer des sanctions contre des individus et des entitĂ©s qui appuient le conflit, qui constitue une rupture sĂ©rieuse de la paix et de la sĂ©curitĂ© internationales, ainsi que de rĂ©pondre aux violations graves et systĂ©matiques des droits de la personne au Soudan, il est nĂ©cessaire pour le Canada de mettre en Ĺ“uvre de nouveaux règlements pris en vertu de la Loi sur les mesures Ă©conomiques spĂ©ciales (LMES).

Contexte

La LMES permet au Canada d’imposer des sanctions dans quatre situations : lorsqu’une rupture sĂ©rieuse de la paix et de la sĂ©curitĂ© internationales est susceptible d’entraĂ®ner ou a entraĂ®nĂ© une grave crise internationale; lorsqu’une organisation internationale demande Ă  ses membres d’imposer des sanctions; lorsque des violations graves et systĂ©matiques des droits de la personne ont Ă©tĂ© commises; lorsque des actes de corruption importants ont Ă©tĂ© commis. Il existe un large Ă©ventail d’interdictions qui peuvent ĂŞtre imposĂ©es, dont l’interdiction d’effectuer des opĂ©rations dans le cas des individus ou des entitĂ©s, et des restrictions en ce qui concerne le commerce ou les opĂ©rations financières.

Situation des droits de la personne au Soudan

Le conflit actuel dure depuis le 15 avril 2023, date Ă  laquelle une confrontation directe a commencĂ© entre les FAS et les FSR, une force paramilitaire. Depuis lors, des preuves de plus en plus nombreuses font mention de violation grave et systĂ©matique des droits de la personne et du droit international humanitaire par les deux parties, qui ont ciblĂ© les populations civiles du Soudan. Ă€ ce jour, les FAS et les FSR n’ont guère manifestĂ© de volontĂ© de participer aux efforts de mĂ©diation internationale, malgrĂ© les appels rĂ©pĂ©tĂ©s du Canada et du reste de la communautĂ© internationale en faveur d’une cessation des hostilitĂ©s.

Au 19 mars 2024, plus de 6,5 millions de personnes ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es Ă  l’intĂ©rieur du pays et plus de 1,9 million de personnes ont fui le Soudan pour se rĂ©fugier dans les pays voisins, qui sont dĂ©jĂ  aux prises avec leurs propres crises humanitaires prolongĂ©es. Le conflit au Soudan a eu un impact sur les pays voisins et la nature prolongĂ©e de la crise risque de dĂ©stabiliser l’ensemble de la rĂ©gion.

Des millions de personnes continuent de se heurter à d’importantes pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments, ainsi qu’à un manque d’accès aux services essentiels. Des rapports crédibles font état de graves violations du droit international humanitaire et du droit international en matière de droits de la personne par toutes les parties au conflit. Ces allégations portent notamment sur l’utilisation généralisée de la violence sexuelle et basée sur le genre comme arme de guerre contre les femmes et les jeunes filles, dont la plupart n’ont pas accès aux services essentiels de santé sexuelle et reproductive. Il existe des preuves de pillage d’habitations et de destruction des infrastructures civiles. Des rapports ont également fait état des conditions pauvres dans les centres de détention et des allégations reliées de torture.

Les FAS et les FSR continuent de se battre pour le contrĂ´le de Khartoum et de ses environs, y compris des parties du pays qui n’étaient auparavant pas touchĂ©es par la guerre. En consĂ©quence, les civils continuent d’être gravement touchĂ©s. Il s’agit notamment de lieux tels que Wad Madani, oĂą jusqu’à 500 000 personnes dĂ©placĂ©es Ă  l’intĂ©rieur du pays avaient cherchĂ© refuge pour Ă©chapper aux combats Ă  Khartoum au dĂ©but de la guerre. En dĂ©cembre 2023, les FSR ont lancĂ© une attaque contre Wad Madani, forçant ainsi des centaines de milliers de personnes Ă  fuir une fois de plus. Des cas d’attaques sans discrimination contre des civils continuent d’être documentĂ©s, y compris au moyen d’obus et d’artillerie lourde dans des zones densĂ©ment peuplĂ©es. Il s’agit notamment d’attaques visant des mĂ©decins, des journalistes et des dĂ©fenseurs des droits de la personne, les femmes Ă©tant touchĂ©es de manière disproportionnĂ©e. En dĂ©cembre 2023, un convoi du ComitĂ© international de la Croix-Rouge tentant d’évacuer plus de 100 civils de Khartoum a Ă©tĂ© la cible d’une attaque meurtrière. Plus tard dans le mois, l’entrepĂ´t du Programme alimentaire mondial Ă  Wad Madani est tombĂ© sous le contrĂ´le des FSR. L’entrepĂ´t contenait suffisamment de nourriture pour nourrir pendant un mois près de 1,5 million de personnes en situation d’insĂ©curitĂ© alimentaire.

Des comptes rendus alarmants de violences ethniques au Darfour ont commencĂ© Ă  Ă©merger au cours de l’étĂ© et de l’automne 2023. Des sources crĂ©dibles ont documentĂ© le ciblage systĂ©matique des Masalit et d’autres tribus non arabes par les FSR et ses milices alliĂ©es Ă  partir d’avril 2023. Cette situation a entraĂ®nĂ© d’importantes pertes en vies humaines, comme l’a montrĂ© la dĂ©couverte de charniers de civils Ă  la pĂ©riphĂ©rie d’El Geneina en juillet 2023. En octobre et novembre 2023, les FSR ont lancĂ© une sĂ©rie d’attaques contre d’autres villes du Darfour, ce qui a entraĂ®nĂ© des consĂ©quences dĂ©vastatrices pour les civils. Il s’agit notamment du massacre d’Ardamata en novembre 2023, qui aurait causĂ© la mort de plus de 800 personnes en 72 heures.

Réponse internationale

Depuis le début de la crise, la communauté internationale s’est engagée de manière intensive sur le plan politique et diplomatique en vue d’obtenir une cessation immédiate des hostilités. Les efforts internationaux continuent également à se concentrer sur l’amélioration du respect du droit international humanitaire par les parties et, en fin de compte, sur la fin du conflit. À ce jour, toutes les tentatives de négociation d’un cessez-le-feu ont échoué. La communauté internationale fournit également une aide humanitaire et une aide au développement.

Le Groupe des Sept (G7) est rapidement intervenu dès le dĂ©but de la crise. Le communiquĂ© final du Sommet des dirigeants du G7 de mai 2023 a soulignĂ© les consĂ©quences dĂ©sastreuses de la crise sur les civils, a appelĂ© Ă  la cessation des hostilitĂ©s et a rĂ©itĂ©rĂ© les obligations de toutes les parties en vertu du droit international humanitaire. Le communiquĂ© soulignait Ă©galement les consĂ©quences de la crise sur la transition politique au Soudan. Les reprĂ©sentants officiels du G7 continuent de discuter de la coordination des mesures Ă  prendre face Ă  la crise.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) s’est engagĂ©e par l’entremise de plusieurs mĂ©canismes et a notamment organisĂ© un Ă©vĂ©nement de haut niveau des donateurs pour le Soudan en juin 2023 pour financer les efforts humanitaires. En novembre 2023, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies a annoncĂ© la nomination de Ramtane Lamamra en tant qu’envoyĂ© personnel du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU pour le Soudan, chargĂ© de soutenir les efforts de mĂ©diation.

La situation des droits de la personne au Soudan figure Ă©galement Ă  l’ordre du jour du Conseil des droits de l’homme (CDH) des Nations Unies depuis mai 2023. De plus, le 11 octobre 2023, le CDH a adoptĂ© une rĂ©solution Ă©tablissant une mission internationale indĂ©pendante d’établissement des faits pour le Soudan. Le mandat de cette mission est d’enquĂŞter sur les violations des droits de la personne et du droit international humanitaire commises depuis le dĂ©but du conflit en avril 2023, de dĂ©terminer les responsables, dans la mesure du possible, et de formuler des recommandations sur d’éventuelles mesures de responsabilisation dans le but de mettre un terme Ă  l’impunitĂ©. La mission est chargĂ©e de prĂ©senter un compte rendu oral de ses travaux lors de la 56e session du CDH (du 18 juin au 12 juillet 2024) et un rapport complet lors de la 57e session du CDH (du 9 septembre au 9 octobre 2024).

Le Bureau du Procureur de la Cour pĂ©nale internationale (la Cour ou CPI) a ouvert une enquĂŞte sur la situation au Soudan en juin 2005. La Cour a Ă©tĂ© saisie par le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations Unies Ă  la suite du conflit au Darfour au dĂ©but des annĂ©es 2000. En rĂ©ponse Ă  la dĂ©couverte de fosses communes au Darfour en juillet 2023, le procureur a confirmĂ© que son enquĂŞte englobe des allĂ©gations de crimes relevant du Statut de Rome (c’est-Ă -dire, des crimes contre l’humanitĂ©, des crimes de guerre, le crime de gĂ©nocide, le crime d’agression) Ă©manant du conflit actuel.

Les organismes rĂ©gionaux participent Ă©galement. En mai 2023, l’Union africaine (UA) a approuvĂ© sa feuille de route pour la rĂ©solution du conflit au Soudan et a organisĂ© plusieurs rĂ©unions au cours de l’étĂ© avec les États membres de l’UA, ainsi qu’avec des acteurs rĂ©gionaux et internationaux, pour contribuer Ă  mettre fin au conflit. Lors du dernier sommet de l’UA en janvier 2024, elle a annoncĂ© la crĂ©ation d’un groupe de haut niveau sur le Soudan. Ses membres sont chargĂ©s de coordonner, avec les parties prenantes soudanaises ainsi qu’avec d’autres organismes rĂ©gionaux et internationaux, l’élaboration d’un processus de mĂ©diation inclusif visant Ă  mettre fin Ă  la guerre. L’AutoritĂ© intergouvernementale pour le dĂ©veloppement (IGAD—Intergovernmental Authority on Development) a formĂ© un quatuor sur le Soudan, dirigĂ© par le Kenya et composĂ© de l’Éthiopie, du Djibouti et du Soudan du Sud, en vue de mener des efforts de mĂ©diation. En juin 2023, l’IGAD a adoptĂ© une feuille de route pour la paix au Soudan afin d’orienter ce travail et a organisĂ© plusieurs sommets au niveau des dirigeants pour mettre fin Ă  la guerre.

Réponse du Canada

Le Canada s’est engagĂ© aux plus hauts niveaux, notamment par l’intermĂ©diaire du premier ministre, de la ministre des Affaires Ă©trangères et du ministre du DĂ©veloppement international, auprès des partenaires rĂ©gionaux et internationaux. Le Canada a Ă©tĂ© actif au sein du CDH des Nations Unies, notamment en coparrainant des rĂ©solutions rĂ©centes sur les droits de la personne et la situation humanitaire au Soudan (par exemple, la rĂ©solution d’octobre 2023 mettant sur pied la mission d’établissement des faits pour le Soudan), en faisant des dĂ©clarations nationales rĂ©itĂ©rant la condamnation par le Canada de la violence contre les civils, y compris la violence sexuelle et basĂ©e sur le genre et la violence ethnique, et en soulignant l’importance de la responsabilisation et de la justice.

De plus, en 2023, le Canada a allouĂ© plus de 170 millions de dollars en financement de l’aide humanitaire Ă  des partenaires expĂ©rimentĂ©s au Soudan et dans les pays voisins touchĂ©s par la crise, dont près de 42 millions de dollars pour fournir une aide humanitaire Ă  l’intĂ©rieur du Soudan. Ce financement souple de l’aide humanitaire permet aux partenaires de rĂ©pondre aux besoins au fur et Ă  mesure qu’ils apparaissent, tels que l’aide alimentaire et nutritionnelle d’urgence, les services de santĂ© et l’accès Ă  l’eau potable. Le programme bilatĂ©ral d’aide au dĂ©veloppement du Canada au Soudan est axĂ© sur la santĂ© et les droits sexuels et reproductifs, la prĂ©vention et la rĂ©pression de la violence sexuelle et basĂ©e sur le genre, l’accès Ă  l’éducation et le renforcement de la rĂ©silience des plus pauvres et des plus marginalisĂ©s. En juin 2023, le Canada a annoncĂ© un financement supplĂ©mentaire de 6 millions de dollars pour le dĂ©veloppement afin de soutenir des programmes essentiels et complĂ©mentaires dans des domaines, tels que l’éducation dans les situations d’urgence, ainsi que la prĂ©vention et la rĂ©pression de la violence sexuelle et basĂ©e sur le genre.

Le Canada continue d’explorer les possibilités de soutenir l’inclusion des voix de la société civile dans les efforts de médiation, notamment en appuyant, par l’intermédiaire de son Programme pour la stabilisation et les opérations de paix, les organisations de la société civile, les défenseurs des droits des femmes et les artisans de la paix au Soudan, afin d’accroître leur capacité à participer aux efforts de médiation et d’atténuer les effets du conflit au niveau local.

Le Canada impose actuellement des sanctions Ă  l’égard du Soudan par l’entremise de règlements mis en Ĺ“uvre dans le cadre de la Loi sur les Nations Unies (LNU). Le Règlement d’application des rĂ©solutions des Nations Unies sur le Soudan impose au Soudan le rĂ©gime de sanctions du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations Unies qui a Ă©tĂ© imposĂ© pour la première fois en 2004 en rĂ©ponse Ă  la crise humanitaire et aux violations gĂ©nĂ©ralisĂ©es des droits de la personne rĂ©sultant du conflit dans la rĂ©gion du Darfour. Le Règlement d’application des rĂ©solutions des Nations Unies sur le Soudan impose : (1) l’interdiction d’exporter des armes et du matĂ©riel connexe au Soudan ou Ă  une personne qui s’y trouve; (2) l’interdiction de fournir, au Soudan ou Ă  une personne qui s’y trouve, de l’aide technique ou financière liĂ©e aux armes et au matĂ©riel connexe; (3) un gel des avoirs Ă  l’encontre des personnes dĂ©signĂ©es par le ComitĂ© des Nations Unies aux termes de la rĂ©solution 1591; (4) l’interdiction de voyager visant les personnes dĂ©signĂ©es par le ComitĂ©.

Objectif

  1. Promouvoir la cessation des hostilités au Soudan en réduisant la capacité des belligérants à poursuivre le conflit.
  2. Signaler l’engagement ferme du Canada en faveur des droits de la personne et du droit international humanitaire, ainsi que l’engagement du Canada d’appuyer les demandes du peuple soudanais pour un retour à une transition pacifique et sous contrôle civil vers la démocratie.
  3. Harmoniser les mesures prises par le Canada avec celles des partenaires internationaux pour augmenter la pression afin d’encourager une cessation des hostilités.
  4. S’appuyer sur les sanctions imposées par les Nations Unies au Canada à l’encontre du Soudan.

Description

Le Règlement sur les mesures économiques spéciales visant le Soudan (le Règlement) établit un nouveau régime de sanctions à l’égard du Soudan et dresse une liste de six personnes physiques et morales, comprenant deux particuliers et quatre entités à l’annexe du Règlement. Il s’agit d’entreprises, de sociétés et de particuliers affiliés aux FAS et aux FSR qui ont commis ou contribué à commettre des violations graves et systématiques des droits de la personne et/ou qui, directement ou indirectement, facilitent, soutiennent ou subventionnent ou contribuent à un conflit qui constitue une rupture sérieuse à la paix et à la sécurité internationales.

Il est donc interdit à tout particulier et à toute entité se trouvant au Canada, ou à tout Canadien se trouvant à l’étranger, d’effectuer des opérations à l’égard des biens des personnes figurant sur la liste, de conclure des opérations avec elles, de leur fournir des services financiers ou connexes, de leur transférer des biens ou de mettre d’une autre manière des biens à leur disposition. À la suite de ces mesures, les particuliers inscrits seront également interdits de territoire au Canada en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.

Le Règlement prĂ©voit des exceptions pour toute opĂ©ration avec une organisation internationale dotĂ©e d’un statut diplomatique, avec une agence des Nations Unies, avec le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ou avec toute entitĂ© ayant conclu un accord de subvention ou de contribution avec le ministère des Affaires Ă©trangères, du Commerce et du DĂ©veloppement. Par exemple, cette exception inclurait les activitĂ©s humanitaires et les activitĂ©s visant Ă  prĂ©server la vie humaine, Ă  fournir des secours en cas de catastrophe, ou Ă  fournir de la nourriture, des mĂ©dicaments ou des fournitures ou Ă©quipements mĂ©dicaux. Les autres exceptions concernent les paiements effectuĂ©s dans le cadre de contrats prĂ©existants ou d’accords de prĂŞt Ă  toute personne se trouvant au Canada ou Ă  tout Canadien se trouvant Ă  l’étranger.

Le Règlement impose également à certaines entités (y compris des entreprises, telles que les banques et les associations coopératives de crédit) de déterminer et de communiquer au commissaire de la Gendarmerie royale du Canada si elles ont en leur possession ou sous leur contrôle des biens appartenant à une personne inscrite sur la liste. L’obligation de divulgation s’applique également à toute personne se trouvant au Canada et à tout Canadien se trouvant à l’étranger.

En vertu du Règlement, les personnes inscrites sur la liste peuvent demander à la ministre des Affaires étrangères de retirer leur nom de l’annexe relative aux personnes désignées. La ministre doit déterminer s’il existe des motifs raisonnables de recommander la révocation au gouverneur en conseil.

Le Règlement est accompagnĂ© du DĂ©cret concernant l’autorisation, par permis, Ă  procĂ©der Ă  certaines opĂ©rations (mesures Ă©conomiques spĂ©ciales — Soudan) [le DĂ©cret]. Le DĂ©cret autorise la ministre des Affaires Ă©trangères Ă  dĂ©livrer Ă  tout particulier ou toute entitĂ© se trouvant au Canada, et Ă  tout Canadien se trouvant Ă  l’étranger, un permis d’effectuer une activitĂ© ou une opĂ©ration prĂ©cise, ou toute catĂ©gorie d’activitĂ© ou d’opĂ©ration, qui est par ailleurs restreinte ou interdite en vertu du Règlement.

Élaboration de la réglementation

Consultation

Affaires mondiales Canada interagit rĂ©gulièrement avec les parties prenantes concernĂ©es, y compris les organisations de la sociĂ©tĂ© civile, les collectivitĂ©s culturelles et d’autres gouvernements partageant les mĂŞmes idĂ©es, concernant l’approche du Canada en matière de mise en Ĺ“uvre des sanctions.

En ce qui concerne le Règlement, une consultation publique sur les personnes inscrites sur la liste n’aurait pas été appropriée, car la publication des noms des personnes visées par les sanctions aurait pu entraîner une fuite d’avoirs avant l’entrée en vigueur du Règlement.

Obligations relatives aux traités modernes et consultation et mobilisation des Autochtones

Une première évaluation de la portée géographique du Règlement a été réalisée et n’a pas permis de déterminer des obligations découlant d’un traité moderne, étant donné que le Règlement ne prend pas effet dans une zone couverte par un traité moderne.

Choix de l’instrument

Le Règlement et le Décret sont les seuls moyens d’appliquer des sanctions au Canada. Aucun autre instrument n’a pu être envisagé.

Analyse de la réglementation

Avantages et coûts

Le Règlement vise à imposer un coût économique direct aux acteurs malveillants qui soutiennent les principaux belligérants du conflit actuel au Soudan, soit les FAS et les FSR. Ces mesures témoigneront également de la ferme condamnation par le Canada de la violence qui sévit actuellement au Soudan.

Alors que le conflit au Soudan entre dans son douzième mois, le Règlement vise Ă  limiter la capacitĂ© des belligĂ©rants Ă  poursuivre les combats et Ă  commettre des violations des droits de la personne et des abus Ă  cet Ă©gard, ce qui pourrait inclure l’utilisation de ces entitĂ©s pour obtenir une aide logistique, matĂ©rielle et financière. Le Règlement permet Ă©galement d’harmoniser les efforts du Canada avec ceux de ses partenaires internationaux et de dĂ©masquer les particuliers et les entitĂ©s qui se livrent Ă  des activitĂ©s portant atteinte Ă  la paix et Ă  la sĂ©curitĂ© internationales. Le Règlement permet la mise en Ĺ“uvre d’activitĂ©s humanitaires impartiales, mĂŞme si les acteurs sanctionnĂ©s peuvent en tirer un avantage accessoire.

Le Règlement cible des particuliers et des entités précis et a donc moins d’incidence sur les entreprises canadiennes que les sanctions économiques générales traditionnelles et a une incidence limitée sur les citoyens du pays des particuliers et des entités inscrits sur la liste. Sur la base d’une première évaluation des informations de source ouverte disponibles, on estime que les particuliers et entités nouvellement inscrits ont des liens limités avec le Canada et n’effectuent donc pas d’opérations d’affaires notables pour l’économie canadienne. Ce règlement ne devrait donc pas avoir d’incidence importante sur les Canadiens et les entreprises canadiennes.

Les banques et institutions financières canadiennes sont tenues de respecter les sanctions. Pour ce faire, elles ajouteront les noms des particuliers et entités nouvellement inscrits à leurs systèmes de suivi existants, ce qui pourrait entraîner un coût de mise en conformité minime. Le Règlement pourrait également engendrer des coûts supplémentaires pour les entreprises qui cherchent à obtenir des permis par l’entremise du Décret les autorisant à effectuer certaines activités ou opérations qui sont autrement interdites.

Lentille des petites entreprises

En ce qui concerne les particuliers inscrits sur la liste en vertu du Règlement, l’analyse effectuĂ©e selon la lentille des petites entreprises a conclu que le Règlement pourrait avoir des rĂ©percussions sur les petites entreprises canadiennes. Le Règlement interdit aux entreprises canadiennes de traiter avec les personnes figurant sur la liste, de leur fournir des services ou de mettre des biens Ă  leur disposition, mais il ne crĂ©e aucune obligation administrative directe Ă  leur Ă©gard. Bien que les entreprises canadiennes puissent demander des permis en vertu du Règlement, ceux-ci sont accordĂ©s Ă  titre exceptionnel, et Affaires mondiales Canada ne prĂ©voit pas de demandes rĂ©sultant de l’inscription des particuliers en cause, de sorte que cette exigence n’entraĂ®nerait pas de fardeau administratif supplĂ©mentaire. Les petites entreprises canadiennes sont Ă©galement soumises Ă  l’obligation de divulgation en vertu du Règlement, ce qui reprĂ©senterait une exigence de conformitĂ© directe. Toutefois, comme les particuliers nouvellement inscrits ont peu de liens connus avec le Canada, Affaires mondiales Canada ne prĂ©voit pas de divulgations rĂ©sultant du Règlement.

Règle du « un pour un Â»

La règle du « un pour un Â» ne s’applique pas, car il n’y a pas de changement progressif du fardeau administratif pesant sur les entreprises. La procĂ©dure de dĂ©livrance de permis pour les entreprises rĂ©pond Ă  la dĂ©finition de « fardeau administratif Â» de la Loi sur la rĂ©duction de la paperasse; cependant, bien que des permis puissent ĂŞtre accordĂ©s Ă  titre exceptionnel en vertu du Règlement, Ă©tant donnĂ© que les particuliers figurant sur la liste ont des liens d’affaires limitĂ©s avec l’économie canadienne, Affaires mondiales Canada ne prĂ©voit aucune demande de permis en ce qui concerne le Règlement.

Coopération et harmonisation en matière de réglementation

Bien que le Règlement ne soit pas lié à un plan de travail ou à un engagement dans le cadre d’un forum officiel de coopération en matière de réglementation, il s’harmonise avec les mesures prises par les alliés du Canada.

Évaluation environnementale stratégique

Il est peu probable que le Règlement ait des effets importants sur l’environnement. Conformément à la Directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes, une analyse préliminaire a permis de conclure qu’une évaluation environnementale stratégique n’était pas nécessaire.

Analyse comparative entre les sexes plus (ACS+)

Le thème des sanctions économiques a déjà fait l’objet d’une évaluation au chapitre de leurs effets sur le genre et la diversité. Bien qu’elles soient destinées à faciliter un changement de comportement au moyen de pressions économiques sur des particuliers et des entités dans des États étrangers, les sanctions prévues par la LMES peuvent néanmoins avoir des répercussions involontaires sur certains groupes et particuliers en situation de vulnérabilité. Plutôt que de toucher le Soudan dans son ensemble, ces sanctions ciblées visent des particuliers et des entités soupçonnés de se livrer à des activités qui, directement ou indirectement, appuient ou financent des violations graves et systématiques des droits de la personne ou y contribuent, et une atteinte grave à la paix et à la sécurité internationales. Par conséquent, il est peu probable que ces sanctions aient une incidence importante sur les groupes vulnérables par rapport aux sanctions économiques générales traditionnelles visant un État; les effets collatéraux se limitent à ceux qui dépendent des particuliers et entités ciblés.

Mise en œuvre, conformité et application, et normes de service

Le Règlement entre en vigueur à la date de son enregistrement.

Du fait de leur inscription en vertu du Règlement, et conformĂ©ment Ă  l’alinĂ©a 35.1b) de la Loi sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s, les particuliers dĂ©signĂ©s seraient interdits de territoire au Canada.

Les noms des particuliers et entités inscrits à l’annexe seront disponibles en ligne pour que les institutions financières puissent les consulter, et ils seront ajoutés à la Liste consolidée des sanctions autonomes canadiennes. La conformité au Règlement s’en trouvera facilitée.

Le Service des dĂ©lĂ©guĂ©s commerciaux (SDC) d’Affaires mondiales Canada, Ă  l’étranger et au Canada, continue d’aider les clients Ă  comprendre la rĂ©glementation canadienne en matière de sanctions, et notamment l’incidence de cette rĂ©glementation sur toute activitĂ© Ă  laquelle des Canadiens pourraient prendre part. Affaires mondiales Canada intensifie Ă©galement ses efforts de sensibilisation dans tout le Canada, notamment auprès des entreprises, des universitĂ©s et des gouvernements provinciaux et territoriaux, afin d’amĂ©liorer Ă  l’échelle nationale la connaissance et le respect des sanctions canadiennes.

En vertu de la LMES, les agents de la Gendarmerie royale du Canada et de l’Agence des services frontaliers du Canada ont la capacitĂ© d’appliquer les sanctions en vertu des pouvoirs qui leur sont confĂ©rĂ©s par la Loi sur les douanes, la Loi sur l’accise ou la Loi de 2001 sur l’accise, ainsi que les articles 487 Ă  490, 491.1 et 491.2 du Code criminel.

ConformĂ©ment Ă  l’article 8 de la LMES, quiconque contrevient volontairement au Règlement ou omet de s’y conformer encourt, sur dĂ©claration de culpabilitĂ© par procĂ©dure sommaire, une amende maximale de 25 000 $ et un emprisonnement maximal d’un an, ou l’une de ces peines; ou, par mise en accusation, un emprisonnement maximal de cinq ans.

Personne-ressource

Candice Dandurand
Directrice
Direction des relations bilatérales avec l’Afrique australe et de l’Est
Affaires mondiales Canada
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Ottawa (Ontario)
K1A 0G2
TĂ©lĂ©phone: 343‑203‑3335
Courriel: wer@international.gc.ca