La Gazette du Canada, Partie I, volume 160, numĂ©ro 33 : Règlement modifiant le Règlement sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s

Le 15 aoĂ»t 2026

Fondement législatif
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés

Organisme responsable
Agence des services frontaliers du Canada

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE D’IMPACT DE LA RÉGLEMENTATION

(Le présent résumé ne fait pas partie du Règlement.)

Enjeux

L’article 248 du Règlement sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s (RIPR) Ă©nonce divers critères dont les agents des services frontaliers et les commissaires de la Commission de l’immigration et du statut de rĂ©fugiĂ© du Canada (CISR) doivent tenir compte avant de prendre une dĂ©cision concernant la dĂ©tention ou la mise en libertĂ©. Les critères prescrits ne font pas explicitement rĂ©fĂ©rence Ă  la violence fondĂ©e sur le sexe (VFS), ou ne reflètent pas les vulnĂ©rabilitĂ©s distinctes des personnes victimes, survivantes ou Ă  risque de la VFS. Il en dĂ©coule que les personnes ayant subi de la VFS, y compris celles qui fuient pour Ă©chapper aux mauvais traitements, Ă  l’exploitation ou Ă  la traite de personnes, peuvent ĂŞtre dĂ©tenues sans que leur cas ait Ă©tĂ© dĂ»ment examinĂ©. MalgrĂ© le fait que les guides opĂ©rationnels de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et les directives de la CISR ont Ă©tĂ© mis Ă  jour entre 2021 et 2023 afin d’y intĂ©grer les approches tenant compte des traumatismes et axĂ©es sur les victimes pour les dĂ©cisions liĂ©es Ă  la dĂ©tention ou Ă  la mise en libertĂ©, ces considĂ©rations ne sont pas intĂ©grĂ©es dans le cadre rĂ©glementaire. Par consĂ©quent, en vertu du cadre lĂ©gislatif et rĂ©glementaire existant, les dĂ©cideurs ne sont pas tenus de prendre en compte les vulnĂ©rabilitĂ©s liĂ©es Ă  la VFS lorsqu’ils prennent des dĂ©cisions concernant la dĂ©tention ou la mise en libertĂ©. Cette lacune dans le règlement peut entraĂ®ner des incohĂ©rences dans la prise de dĂ©cisions lorsque l’ASFC et la CISR suivent leurs propres directives plutĂ´t que de tenir compte des mĂŞmes critères, augmenter le risque de nouveaux traumatismes et se traduire par la dĂ©tention disproportionnĂ©e de populations marginalisĂ©es, tout en minant la confiance envers le système d’exĂ©cution de la loi.

Contexte

Le 4 septembre 2019, le gouvernement du Canada a prĂ©sentĂ© une nouvelle stratĂ©gie pangouvernementale, la StratĂ©gie nationale de lutte contre la traite des personnes (StratĂ©gie nationale). La StratĂ©gie nationale est une initiative horizontale qui vise Ă  corriger les lacunes et Ă  surmonter les dĂ©fis grâce Ă  une meilleure rĂ©ponse stratĂ©gique Ă  la traite de personnes, en tirant parti des pratiques exemplaires Ă  l’échelle internationale. Pour concrĂ©tiser la StratĂ©gie nationale, le gouvernement travaille actuellement Ă  renouveler la StratĂ©gie nationale de lutte contre la traite de personnes.

La stratĂ©gie nationale actuelle comprend des mesures harmonisĂ©es avec les piliers internationalement reconnus : l’autonomisation, la prĂ©vention, la protection, les poursuites et les partenariats. L’ASFC a pris des engagements liĂ©s aux piliers de la protection et des poursuites. L’ASFC vise, en fonction de ces piliers, Ă  pallier les lacunes des systèmes de soutien existants, Ă  fournir des services tout en prenant en compte les aspects culturels et Ă  renforcer la capacitĂ© du système de justice pĂ©nale Ă  repĂ©rer les cas de traite de personnes et Ă  entamer des poursuites dans ces dossiers. Par exemple, en octobre 2024, l’ASFC a publiĂ© ses Principes directeurs et engagements en matière de la violence fondĂ©e sur le sexe qui renforcent son obligation de prendre en compte les considĂ©rations relatives Ă  la VFS dans l’ensemble de ses politiques, de ses programmes et de ses responsabilitĂ©s opĂ©rationnelles au titre de la Loi sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s (LIPR).

Les étrangers et les résidents permanents qui sont victimes de la VFS peuvent enfreindre les lois sur l’immigration en raison de la coercition, de menaces ou de mauvais traitements. Ils peuvent être traités en criminels pour des actes commis sous la contrainte, comme l’utilisation de faux documents ou la possession de substances illicites. La peur d’être expulsés, les barrières linguistiques, la dépendance financière et économique et la mésinformation empêchent souvent les victimes de demander de l’aide, ce qui peut faire en sorte que les victimes et les survivants soient jugés interdits de territoire au Canada et soient détenus ou fassent l’objet d’une procédure de renvoi. Ces risques sont accrus à la frontière, où les enjeux juridiques liés à la victimisation peuvent ne pas être pris en compte de façon adéquate. Ainsi, des personnes peuvent être placées en détention ou renvoyées du Canada sans que l’on ait bien compris leur situation. Les dispositions d’exécution de la LIPR ne visent pas à punir les victimes ou les survivants. Elles sont établies pour protéger la sécurité publique, maintenir l’intégrité du système d’immigration, faire respecter les droits de la personne et empêcher que des personnes représentant une véritable menace n’entrent au Canada.

En vertu de la LIPR et du RIPR, l’ASFC a le pouvoir de dĂ©tenir des Ă©trangers et des rĂ©sidents permanents. La dĂ©tention des immigrants est utilisĂ©e pour :

L’article 248 du RIPR Ă©nonce les diffĂ©rents critères que les dĂ©cideurs doivent examiner avant de prendre une dĂ©cision quant Ă  la dĂ©tention ou Ă  la mise en libertĂ©. Si ce cadre rĂ©glementaire fournit d’importantes lignes directrices pour la prise de dĂ©cision concernant la dĂ©tention, son application peut avoir des rĂ©percussions considĂ©rables sur les personnes, en particulier celles qui sont les plus vulnĂ©rables. La dĂ©tention peut ĂŞtre une expĂ©rience traumatisante, en particulier pour les survivants de la VFS, qui peuvent ĂŞtre aux prises avec d’autres incidences d’ordre psychosocial. Les directives des politiques existantes [c’est-Ă -dire le guide ENF 20  (PDF) de l’ASFC et les Directives numĂ©ro 2 du prĂ©sident : DĂ©tention) sur la dĂ©tention des victimes et des survivants de la VFS ne contiennent pas d’obligations lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires. Par consĂ©quent, leur application est discrĂ©tionnaire et risque de donner lieu Ă  des incohĂ©rences lorsque les deux organisations suivent leurs propres directives plutĂ´t que de tenir compte des mĂŞmes critères.

Objectif

L’objectif du Règlement modifiant le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (Étendre les considérations en matière de détention liée à l’immigration pour prévenir la revictimisation) [les modifications proposées] est de s’assurer que les agents de l’ASFC et commissaires de la CISR tiennent explicitement compte des victimes, des survivants ou des personnes à risque à la VFS lorsqu’ils prennent des décisions en matière de détention et de mise en liberté. Cette approche permettra de garantir que la VFS est prise en compte uniformément dans les décisions de détention ou de mise en liberté.

En adoptant une approche centrée sur les victimes et tenant compte des traumatismes subis dans les décisions relatives à la détention ou à la mise en liberté, les modifications proposées visent à favoriser la confiance et les interactions positives, en encourageant les victimes et les survivants à révéler leurs expériences en toute sécurité et en renforçant la capacité de l’ASFC de poursuivre les auteurs présumés de traite des personnes et de la VFS.

Description

Les modifications proposées obligeraient les décideurs à prendre en considération la pertinence de la détention d’une personne victime, survivante ou à risque de la VFS.

De plus, une nouvelle disposition présentant une liste non exhaustive des critères que les décideurs devraient prendre en considération dans ces cas serait ajoutée.

Voici des exemples de critères supplĂ©mentaires proposĂ©s qui pourraient ĂŞtre prĂ©cisĂ©s dans le Règlement :

Élaboration de la réglementation

Consultation

Les modifications proposées font suite à une recommandation du Conseil canadien pour les réfugiés, qui a exhorté le ministre de la Sécurité publique à demander à l’ASFC d’élaborer une politique tenant compte de la VFS et d’apporter des changements opérationnels. Le Conseil canadien pour les réfugiés a demandé que des modifications soient apportées aux lois ou aux politiques afin de limiter la détention des personnes ayant vécu de la VFS et afin de stimuler le recours à des solutions de rechange à la détention, dans la mesure du possible. Comme il n’est pas possible de faire éviter totalement la détention aux victimes et aux survivants de la VFS dans tous les cas, les modifications proposées comprennent une liste non exhaustive de critères pour guider les décideurs lorsqu’ils évaluent si la détention des personnes victimes de VFS est pertinente.

En 2026, l’ASFC a consulté 10 organisations, dont des organisations non gouvernementales et des associations juridiques et professionnelles, au sujet des modifications proposées au RIPR. Trois organisations ont formulé des commentaires. En résumé, ces 3 organisations soutenaient les modifications proposées au Règlement, lesquelles étendraient les considérations relatives à la détention en matière d’immigration pour y inclure la VFS. Cependant, elles ont toutes les 3 suggéré d’autres critères à prendre en considération, comme les effets néfastes indirects que la détention des parents peut avoir sur un enfant, le risque de traumatisme supplémentaire, l’importance d’adopter une approche intersectionnelle et les considérations relatives au bien-être physique et psychologique des victimes, des survivants et des personnes à risque de la VFS.

Les modifications proposées visent principalement à éviter de traumatiser davantage les victimes, les survivants et les personnes à risque de la VFS et tiennent compte des éléments soulevés par les intervenants, notamment l’intérêt supérieur des mineurs qui pourraient subir des répercussions négatives à cause de la détention de leurs parents. Les autres éléments proposés étaient de nature opérationnelle, car ils concernaient la formation des agents et les procédures de l’ASFC. Comme ces éléments ne nécessitent pas de modification réglementaire, ils seront pris en considération pour soutenir la mise en œuvre de la proposition. Enfin, les suggestions qui allaient au-delà de l’objectif de cette initiative, telle que celle selon laquelle un parent ne devrait pas être placé en détention, même dans les cas où la détention est par ailleurs justifiée, n’ont pas été prises en considération. La détention continuera toutefois d’être utilisée uniquement en dernier recours, après évaluation préalable des alternatives de détention.

Bien que la VFS reste une priorité fondamentale dans le cadre de la Stratégie nationale, l’ASFC a l’intention de mener des travaux supplémentaires pour examiner la possibilité d’inclure d’autres critères liés à la vulnérabilité dans des propositions ultérieures. Cette proposition constitue une première étape dans la portée définie de la VFS, garantissant l’harmonisation avec les paramètres de financement du gouvernement fédéral et le modèle d’exécution de la loi fondé sur les droits et tenant compte l’approche de l’ASFC axé sur les traumatismes, tout en jetant les bases d’une prise en compte plus large de la vulnérabilité dans les initiatives réglementaires à venir.

L’ASFC a également consulté la CISR dans le cadre de l’élaboration des modifications réglementaires proposées.

Mobilisation des Autochtones, consultation et obligations découlant des traités modernes

Les modifications proposĂ©es n’auraient pas d’incidences sur les peuples autochtones qui ont le droit d’entrer dans le pays en vertu du paragraphe 19(1) de la LIPR et ne comprennent pas d’activitĂ©s susceptibles d’interfĂ©rer avec les obligations dĂ©coulant des traitĂ©s modernes.

Cette proposition ne change rien quant aux personnes qui peuvent ĂŞtre dĂ©tenues en vertu de la LIPR. Actuellement, selon le paragraphe 19(1) de la LIPR, toute personne inscrite comme Indien, en vertu de la Loi sur les Indiens, a le droit d’entrer au Canada et d’y rester, ce qui est en dehors de la portĂ©e des dispositions de la LIPR concernant la dĂ©tention.

Choix de l’instrument

Les modifications proposĂ©es constituent l’instrument le plus appropriĂ© pour atteindre les objectifs de la proposition, car le RIPR peut prescrire et rĂ©gir toute question relative Ă  la dĂ©tention en vertu de la LIPR. Les directives des politiques existantes (c’est-Ă -dire le guide ENF 20 (PDF) de l’ASFC et Directive 2 du commissaire de la CISR) concernant la dĂ©tention des victimes et des survivants de la VFS ne constituent pas une obligation lĂ©gale : elles invitent Ă  les appliquer, mais ne l’imposent pas. En consĂ©quence, le respect de ces politiques demeure discrĂ©tionnaire, ce qui ouvre la porte Ă  de possibles applications incohĂ©rentes et inefficaces. Les nouveaux critères proposĂ©s assureront que les agents de l’ASFC et les commissaires de la CISR tiennent compte des mĂŞmes critères plutĂ´t que de tenir compte uniquement de leurs propres directives.

Analyse de la réglementation

Avantages et coûts

Avantages

Les modifications proposĂ©es auront certains avantages pour les personnes et pour le système d’immigration. Elles garantiront une plus grande normalisation de l’utilisation au sein de l’ASFC et l’uniformitĂ© entre les agents de l’ASFC et les commissaires de la CISR en les obligeant Ă  tenir compte des mĂŞmes critères. Elles visent aussi Ă  trouver un Ă©quilibre entre la protection des victimes, des survivants et des personnes Ă  risque de la VFS, grâce Ă  une approche tenant compte des traumatismes et centrĂ©e sur les victimes, tout en tenant compte de la sĂ©curitĂ© publique et en prĂ©servant l’intĂ©gritĂ© du système d’immigration. Le point de dĂ©part d’une pratique prenant en compte les traumatismes et axĂ©e sur les victimes est de « ne pas nuire Â», en veillant Ă  ce que les systèmes soient structurĂ©s de manière Ă  Ă©viter de dĂ©clencher le traumatisme qui a conduit la personne Ă  communiquer avec les services d’immigration. Une approche centrĂ©e sur la victime donne la prioritĂ© Ă  la comprĂ©hension des antĂ©cĂ©dents traumatiques de la personne et se concentre sur ses besoins et ses prĂ©occupations particuliers. Elle favorise la prestation de services avec compassion et sans jugement afin de rĂ©duire le risque de revictimisation tout en soutenant l’intĂ©gritĂ© et l’efficacitĂ© des dĂ©cisions relatives Ă  l’exĂ©cution de la loi en matière d’immigration.

En intĂ©grant, dans les dĂ©cisions relatives Ă  la dĂ©tention, des protections pour les victimes et pour les survivants de la VFS, de mĂŞme que pour les personnes Ă  risque de subir ce type de violence, la proposition limitera le risque de nouveaux traumatismes et rĂ©duira l’altĂ©ration de l’état psychologique et de la santĂ© mentale de ce groupe de personnes vulnĂ©rables et attĂ©nuera les inquiĂ©tudes liĂ©es Ă  la sĂ©curitĂ© que peut soulever la dĂ©tention de ces personnes vulnĂ©rables. Cette approche axĂ©e sur la victime et tenant compte des traumatismes s’harmonise directement avec le Plan d’action national pour mettre fin Ă  la violence fondĂ©e sur le sexe et appuie les prioritĂ©s du gouvernement, Ă  savoir assurer la sĂ©curitĂ© des Canadiens et protĂ©ger nos frontières. Les modifications proposĂ©es permettraient aux dĂ©cideurs :

  1. de déterminer et de confirmer si une personne est victime, survivante ou à risque de la VFS;
  2. d’examiner la probabilité que la détention aggrave son bien-être ou son état physique, mental et émotionnel;
  3. de tenir compte d’autres renseignements pertinents.

La proposition vise à améliorer les résultats en matière de sécurité publique et à soutenir les engagements de l’ASFC décrits dans le pilier des poursuites de la Stratégie nationale. En établissant des relations de confiance avec les personnes victimes, survivantes et à risque de la VFS, la divulgation des expériences de traite est favorisée, ce qui permet d’identifier les trafiquants et les organisations criminelles, d’enquêter à leur sujet et de les poursuivre. Ceci renforce la réputation du Canada en tant que chef de file mondial en matière de droits de la personne et d’intégrité du système d’immigration, tout en contribuant à démanteler les réseaux de traite de personnes qui menacent la sécurité des communautés.

La codification de ces considĂ©rations dans la rĂ©glementation devrait permettre de rĂ©duire le nombre total de dĂ©tentions visant cette population, en particulier dans les cas oĂą les personnes ne reprĂ©sentent pas de risques pour la sĂ©curitĂ© publique. Cela permettrait de rĂ©aliser des Ă©conomies, puisque les solutions de rechange Ă  la dĂ©tention sont moins coĂ»teuses que la dĂ©tention. Cette mesure est conforme Ă  l’orientation stratĂ©gique (PDF) de l’ASFC Ă  l’égard des personnes vulnĂ©rables : la dĂ©tention doit ĂŞtre rĂ©duite au minimum ou Ă©vitĂ©e si la personne n’est pas considĂ©rĂ©e comme Ă©tant dangereuse pour le public.

En gĂ©nĂ©ral, les cas signalĂ©s de la VFS sont sous-reprĂ©sentĂ©s. Par exemple, les recherches laissent entendre que seulement 5 Ă  20 % des victimes d’agressions sexuelles font un signalement auprès des forces de l’ordrerĂ©fĂ©rence 1. Souvent, les victimes et les survivants ne sont pas identifiĂ©s comme tels ou sont peu enclins Ă  raconter leur histoire ou Ă  dĂ©noncer les crimes. La peur de reprĂ©sailles, la stigmatisation et la honte (reproches faits aux victimes) sont les principales raisons de cette rĂ©ticence. Les personnes migrantes au Canada, et en particulier celles qui sont sans papiers, sont confrontĂ©es Ă  plusieurs obstacles systĂ©miques, dont : la peur de la stigmatisation ou de l’isolement dans leur communautĂ©, la peur du dĂ©clenchement des interventions des services de protection de l’enfance et la peur d’être expulsĂ©es.

Les donnĂ©es quantitatives sur les cas de la VFS en dĂ©tention sont limitĂ©es en raison des facteurs susmentionnĂ©s et des contraintes de système. Il est donc difficile de dĂ©terminer avec prĂ©cision le nombre de cas. Par consĂ©quent, l’ASFC a produit des donnĂ©es Ă  partir de l’information disponible et les hypothèses reposent sur les donnĂ©es concernant les permis de sĂ©jour temporaire des catĂ©gories de personnes Ă©tablies dans les politiques publiques relativement Ă  la violence familiale et Ă  la traite des personnes. En appliquant cette approche, l’ASFC estime que, si les personnes identifiĂ©es comme Ă©tant des victimes, survivantes ou Ă  risque de la VFS participent au programme des solutions de rechange Ă  la dĂ©tention, cela pourrait diminuer le recours Ă  la dĂ©tention et gĂ©nĂ©rer une valeur actualisĂ©e nette d’environ 77 532,22 $ sur une pĂ©riode de 10 ans.

Il est important de souligner que, même si ce chiffre est modeste, il correspond à une estimation minimale des économies réalisées, compte tenu du peu de données disponibles et du fait que de nombreux cas ne sont probablement pas signalés ou identifiés. Dans la pratique, le nombre réel de cas de la VFS est probablement plus élevé, ce qui signifie que les économies de coûts potentielles et les avantages sociaux généraux pourraient être beaucoup plus considérables. Cela souligne l’importance des modifications proposées, non seulement afin de réduire les coûts du système, mais aussi pour mieux protéger et mieux soutenir les victimes.

Coûts

Il est prévu que les modifications proposées entraîneront des coûts minimes. Bien que la réalisation d’une évaluation de la violence fondée sur le sexe puisse prendre un peu plus de temps aux agents, les décideurs sont déjà tenus d’envisager des alternatives à la détention pour les personnes vulnérables, y compris les victimes et les survivants de violence fondée sur le sexe, de sorte que le coût supplémentaire devrait être minime. Les modifications proposées codifieraient les pratiques existantes. On s’attend également à ce que tous les coûts associés à un litige soient minimes.

L’ASFC devra assumer des coûts minimes pour mettre à jour les modules de formation et communiquer les modifications réglementaires au moyen de directives opérationnelles ou d’autres moyens.

Lentille des petites entreprises

L’analyse sous l’angle des petites entreprises a conclu que le projet de règlement n’aura aucune incidence sur les petites entreprises canadiennes.

Règle du « un pour un Â»

La règle du « un pour un Â» ne s’applique pas, car les modifications proposĂ©es n’imposent pas de fardeau administratif aux entreprises.

Coopération et harmonisation en matière de réglementation

Le projet de règlement offre la possibilitĂ© de s’harmoniser avec d’autres pays. La mise en place — grâce aux modifications rĂ©glementaires — de meilleures protections pour les victimes et les survivants de la VFS visĂ©s par une mesure d’exĂ©cution de la loi en matière d’immigration soutiendrait les engagements qu’a pris le Canada dans le cadre d’un certain nombre de conventions internationales, dont les conventions Ă©numĂ©rĂ©es ci-après.

À l’échelle internationale, plusieurs pays ont déjà pris des mesures dans ce sens. Les directives de l’Union européenne concernant les retours interdisent la détention de personnes vulnérables, y compris les victimes de la traite de personnes, dans la mesure du possible. De même, l’Australie applique une présomption contre la détention pour les personnes identifiées comme étant vulnérables, en mettant l’accent sur les solutions de rechange dans la collectivité.

En outre, bien que le Royaume-Uni n’ait pas codifiĂ© ses directives, celles-ci sont en harmonie avec les modifications proposĂ©es. Par exemple, une personne est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant vulnĂ©rable et susceptible de subir des prĂ©judices en raison de la dĂ©tention liĂ©e Ă  l’immigration si :

En codifiant des protections comparables, le Canada se conformerait aux normes internationales et ferait preuve de leadership au sein du G7 en ce qui concerne l’application humaine des lois en matière d’immigration, qui respecte les droits des personnes.

Les modifications proposées tiennent également compte des conventions de Genève et de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, qui énoncent que tous les êtres humains doivent être traités avec dignité et respect.

Obligations internationales

Les modifications proposées ne sont pas liées à une obligation internationale.

Effets sur l’environnement

Conformément à la Directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale et économique stratégique, une analyse préliminaire a conclu qu’une telle évaluation n’était pas nécessaire.

Analyse comparative entre les sexes plus

Une évaluation de l’analyse comparative entre les sexes plus a été menée pour déterminer l’incidence possible des modifications proposées sur diverses populations, en particulier celles qui sont exposées à un risque accru de préjudices ou de discrimination dans le système de détention liée à l’immigration. L’analyse portait sur les différents effets des modifications proposées sur les personnes en fonction de facteurs identitaires croisés, notamment le sexe, l’âge, la race, l’identité autochtone, le handicap, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le statut d’immigrant et le milieu socioéconomique.

Les modifications proposées devraient avoir une incidence positive nette sur les victimes et les survivants de la VFS, en particulier les femmes, les filles, les personnes transgenres et non binaires, ainsi que les groupes qui sont touchés de la VFS de façon disproportionnée en raison d’inégalités de genre profondément enracinées, de la stigmatisation et des obstacles systémiques. Le projet de règlement reconnaît également que les hommes et les garçons, qui ne se conforment pas aux normes dominantes en matière de genre, peuvent être victimes de la VFS, en particulier dans les centres de détention. Ces incidences ont été documentées grâce à des mécanismes de suivi tels que le Programme de suivi des conditions de détention des immigrants de l’AFSC qui est exécuté par la Société canadienne de la Croix-Rouge.

Les modifications proposées codifieraient les pratiques tenant compte des traumatismes et qui sont axées sur les victimes, pratiques qui existent déjà dans les politiques de même que dans les directives opérationnelles du RIPR. Ces changements fourniront davantage de directives et faciliteront la prise de décisions plus individualisées et équitables, en permettant aux agents et aux commissaires de la CISR de prendre en compte les vulnérabilités particulières des personnes ayant subi de la VFS lorsqu’ils prennent des décisions quant à la détention ou la mise en liberté. Ceci correspond aux engagements généraux qu’a pris le gouvernement du Canada et qui sont énoncés dans la Stratégie nationale de lutte contre la traite des personnes et dans le Plan d’action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe, lesquels visent à renforcer les protections et à réduire les préjudices systémiques des populations à risque.

Cette proposition se veut ĂŞtre inclusive, car elle est axĂ©e sur les « personnes Ă  risque de la VFS Â». Cela permet de s’assurer que les personnes les plus susceptibles d’être victimes de la VFS sont incluses dans ce projet de règlement, notamment les personnes handicapĂ©es, les personnes âgĂ©es, les personnes ayant des besoins en matière de santĂ© mentale, les femmes enceintes et les personnes 2ELGBTQI+. Cela permet Ă©galement d’attĂ©nuer les problèmes potentiels d’équitĂ©, en offrant la flexibilitĂ© nĂ©cessaire pour tenir compte des formes croisĂ©es de vulnĂ©rabilitĂ©.

La proposition met Ă©galement l’accent sur des considĂ©rations particulières pour les personnes autochtones, notamment les personnes victimes ou survivantes de la VFS ou de l’industrie du travail forcĂ© et qui ne satisfont pas aux critères pour entrer au Canada de plein droit. Bien que les personnes inscrites en vertu de la Loi sur les Indiens ont le droit d’entrer au Canada, d’autres pourraient ne pas avoir ce droit et pourraient ĂŞtre placĂ©es en dĂ©tention sans que leur cas individuel fasse l’objet d’une Ă©valuation. Bien que les modifications rĂ©glementaires ne devraient pas avoir d’incidence nĂ©gative sur les Autochtones sans droit d’entrĂ©e au Canada en vertu du paragraphe 19(1) de la LIPR, il est admis que les femmes et les filles autochtones forment une population touchĂ©e de manière disproportionnĂ©e par la VFS. Les personnes autochtones victimes et survivantes de la VFS, mais qui ne satisfont pas aux critères pour entrer au Canada de plein droit, pourraient se prĂ©valoir du facteur Ă  prendre en considĂ©ration proposĂ© si elles font l’objet d’une dĂ©tention aux fins d’immigration. La proposition vise Ă  amĂ©liorer la situation de ces personnes en officialisant les considĂ©rations liĂ©es Ă  la dĂ©tention qui tiennent compte de leurs vulnĂ©rabilitĂ©s particulières et des expĂ©riences qu’elles ont vĂ©cues. Ainsi, les modifications proposĂ©es devraient avoir une incidence positive sur ce groupe en rĂ©duisant le risque de traumatismes supplĂ©mentaires et en codifiant dans la rĂ©glementation une approche uniforme, Ă©quitable et humaine pour les dĂ©cisions relatives Ă  la dĂ©tention en matière d’immigration.

Mise en œuvre, conformité et application, et normes de service

Mise en œuvre

Les modifications proposées entreraient en vigueur au moment de l’enregistrement.

Comme l’ASFC et la CISR doivent présentement tenir compte de la VFS, des processus sont déjà en place pour faciliter la mise en œuvre des modifications proposées. L’ASFC mettrait à jour les directives pertinentes sur le terrain, y compris les bulletins opérationnels et les guides de programme, et mettrait ces ressources à la disposition des agents de première ligne. Les politiques opérationnelles seraient révisées pour guider les décideurs dans l’évaluation de la pertinence de la détention des victimes et des survivants de la VFS, en prenant en compte une série de critères pertinents. Une coordination avec la CISR sera également nécessaire, car les commissaires de la CISR doivent tenir compte de ces mêmes critères lorsqu’ils doivent décider si les personnes restent en détention ou si elles doivent être libérées. Les coûts de mise en œuvre devraient être financés dans le cadre de la Stratégie nationale de lutte contre la traite des personnes.

Bien que ces modifications proposĂ©es mettent l’accent sur les victimes, les survivants et les personnes exposĂ©es Ă  la VFS, il est important de souligner que la liste des critères Ă©noncĂ©s Ă  l’article 248 n’est pas exhaustive et que les dĂ©cideurs, au moment de dĂ©terminer si la dĂ©tention ou le maintien en dĂ©tention est justifiĂ©, seront toujours dans l’obligation de prendre en considĂ©ration toutes les circonstances et tous les facteurs pertinents. ConformĂ©ment Ă  la politique existante, les dĂ©cideurs continueront d’évaluer l’impact de la dĂ©tention sur d’autres « personnes vulnĂ©rables Â», telles que les personnes ayant des problèmes de santĂ© mentale, des conditions mĂ©dicales, des handicaps ou d’autres circonstances qui peuvent amplifier les consĂ©quences de la dĂ©tention.

Personne-ressource

Carolyn Keeler
Division de l’innovation en matière de politique d’immigration et d’asile
Direction générale de la politique stratégique
Agence des services frontaliers du Canada
Courriel : IEPU-UPELI@cbsa-asfc.gc.ca

PROJET DE RÉGLEMENTATION

Avis est donnĂ© que la gouverneure en conseil, en vertu des paragraphes 5(1) et (2)rĂ©fĂ©rence a Ă  (4) et de l’alinĂ©a 61b) de la Loi sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s rĂ©fĂ©rence b, se propose de prendre le Règlement modifiant le Règlement sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s, ci-après.

Les intĂ©ressĂ©s peuvent prĂ©senter leurs observations au sujet du projet de règlement dans les trente jours suivant la date de publication du prĂ©sent avis. Ils sont fortement encouragĂ©s Ă  le faire au moyen de l’outil en ligne disponible Ă  cet effet sur le site Web de la Gazette du Canada. S’ils choisissent plutĂ´t de prĂ©senter leurs observations par courriel, par la poste ou par tout autre moyen, ils sont priĂ©s d’y citer la Partie I de la Gazette du Canada, ainsi que la date de publication du prĂ©sent avis, et d’envoyer le tout Ă  Carolyn Keeler, directrice gĂ©nĂ©rale par intĂ©rim, Division des politiques sur l’immigration et l’asile, Direction gĂ©nĂ©rale de la politique stratĂ©gique, Agence des services frontaliers du Canada, 100 rue Metcalfe, 10e Ă©tage, Ottawa, Ontario K1A 0L8 (courriel : IEPU-UPELI@cbsa-asfc.gc.ca).

Ottawa, le 10 aoĂ»t 2026

La greffière adjointe du Conseil privé
Janna Rinaldi

Règlement modifiant le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés

Modifications

1 L’article 248 du Règlement sur l’immigration et la protection des rĂ©fugiĂ©s rĂ©fĂ©rence 2 est modifiĂ© par adjonction, après l’alinĂ©a f), de ce qui suit :

2 Le mĂŞme règlement est modifiĂ© par adjonction, après l’article 249, de ce qui suit :

Violence fondée sur le sexe

249.1 (1) Pour l’application de l’alinĂ©a 248g), les critères qui doivent ĂŞtre pris en compte pour Ă©tablir si l’intĂ©ressĂ© est une victime ou un survivant de violence fondĂ©e sur le sexe ou Ă  risque de subir ce type de violence sont les suivants :

Détention

(2) Si l’intĂ©ressĂ© est une victime ou un survivant de violence fondĂ©e sur le sexe ou Ă  risque de subir ce type de violence, les critères ci-après doivent aussi ĂŞtre pris en compte avant qu’une dĂ©cision ne soit prise quant Ă  la dĂ©tention ou la mise en libertĂ© :

Entrée en vigueur

3 Le présent règlement entre en vigueur à la date de son enregistrement.

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L’institution fĂ©dĂ©rale qui gère le changement rĂ©glementaire proposĂ© conserve le droit d’examiner et de supprimer les renseignements personnels, les propos haineux ou tout autre renseignement jugĂ© inappropriĂ© Ă  la publication, tel qu’il est dĂ©crit ci-dessus.

Les renseignements commerciaux confidentiels ne doivent ĂŞtre affichĂ©s que dans la zone de texte rĂ©servĂ©e Ă  cette fin. En gĂ©nĂ©ral, « renseignements commerciaux confidentiels Â» dĂ©signe les renseignements qui i) ne sont pas accessibles au public, ii) sont traitĂ©s de façon confidentielle par la personne dont l’entreprise est concernĂ©e par ces renseignements et iii) ont une valeur Ă©conomique rĂ©elle ou potentielle pour la personne ou ses concurrents, car ils ne sont pas accessibles au public et leur divulgation entraĂ®nerait une perte financière pour la personne ou un gain important pour ses concurrents. Les commentaires fournis dans la zone rĂ©servĂ©e aux renseignements commerciaux confidentiels qui correspondent Ă  cette description ne seront pas rendus publics. L’institution fĂ©dĂ©rale qui gère le changement rĂ©glementaire proposĂ© conserve le droit de rendre le commentaire public s’il n’est pas considĂ©rĂ© qu’il s’agit d’un renseignement commercial confidentiel.

Vos commentaires seront affichés sur le site Web de la Gazette du Canada à la disposition du public pour examen. Cependant, vous avez le droit de soumettre vos commentaires de façon anonyme. Le cas échéant, vos commentaires seront rendus publics et attribués à une personne anonyme. Aucun autre renseignement à votre sujet ne sera rendu public.

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Les renseignements fournis sont recueillis en vertu de la Loi sur la gestion des finances publiques, de la Loi sur le ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, de la Loi de mise en Ĺ“uvre de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, ainsi que des lois habilitantes des organismes de rĂ©glementation concernĂ©s, aux fins de recueillir des commentaires liĂ©s aux changements rĂ©glementaires. Vos commentaires et vos documents sont recueillis dans le but d’accroĂ®tre la transparence du processus rĂ©glementaire et de rendre le gouvernement plus accessible aux Canadiens.

Les renseignements personnels soumis sont recueillis, utilisĂ©s, communiquĂ©s, conservĂ©s et protĂ©gĂ©s contre l’accès par les personnes ou les organismes non autorisĂ©s conformĂ©ment aux dispositions de la Loi sur la protection des renseignements personnels et du Règlement sur la protection des renseignements personnels. Les noms des personnes fournis ne seront pas affichĂ©s en ligne; ils seront toutefois conservĂ©s pour que nous puissions communiquer avec ces personnes au besoin. Les noms des organisations qui formulent des commentaires seront affichĂ©s en ligne.

Les renseignements soumis, y compris les renseignements personnels, seront accessibles Ă  Services publics et Approvisionnement Canada, Ă  qui incombe les responsabilitĂ©s de la page Web de la Gazette du Canada, et Ă  l’institution fĂ©dĂ©rale responsable de la gestion du changement rĂ©glementaire proposĂ©.

Toute personne est en droit de demander que les renseignements personnels la concernant lui soient communiquĂ©s ou qu’ils soient corrigĂ©s. Pour demander l’accès Ă  vos renseignements personnels ou leur correction, communiquez avec le Bureau de l’accès Ă  l’information et de la protection des renseignements personnels (AIPRP) de l’institution fĂ©dĂ©rale responsable de la gestion du changement rĂ©glementaire proposĂ©.

Vous pouvez adresser une plainte au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada au sujet de la gestion de vos renseignements personnels par une institution fédérale.

Les renseignements personnels fournis sont versĂ©s dans le fichier de renseignements personnels POU 938 ActivitĂ©s de sensibilisation. Les personnes qui souhaitent accĂ©der Ă  leurs renseignements personnels en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels doivent en faire la demande Ă  l’organisme de rĂ©glementation compĂ©tent en fournissant suffisamment de renseignements pour permettre Ă  l’institution fĂ©dĂ©rale de rĂ©cupĂ©rer les renseignements personnels concernant ces personnes. L’institution fĂ©dĂ©rale pourrait avoir de la difficultĂ© Ă  retracer les renseignements personnels au sujet de personnes qui formulent des commentaires de façon anonyme et qui demandent l’accès Ă  leurs renseignements personnels.