La Gazette du Canada, Partie I, volume 160, numĂ©ro 29 : Règlement sur l’usage du français au sein des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale

Le 18 juillet 2026

Fondement législatif
Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale

Ministère responsable
Ministère du Patrimoine canadien

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE D’IMPACT DE LA RÉGLEMENTATION

(Le présent résumé ne fait pas partie du Règlement.)

Résumé

Enjeux : Le dĂ©clin du français au Canada Ă©tant prĂ©occupant, le projet de règlement viserait Ă  promouvoir l’usage du français et Ă  favoriser la progression vers l’égalitĂ© d’usage et de statut du français dans la sociĂ©tĂ© canadienne. Pour les consommateurs, il viserait Ă  garantir le droit Ă  des services et communications en français de la part des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale (EPCF) au QuĂ©bec et dans les rĂ©gions Ă  forte prĂ©sence francophone (RFPF). Pour les employĂ©s de ces entreprises, il viserait Ă  garantir le droit de travailler en français. Au QuĂ©bec, le projet de règlement encadrerait le choix de rĂ©gime qu’auront les EPCF de cette province entre le rĂ©gime de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale (LUFEP) et celui de la Charte de la langue française (CLF), tout en rendant son Ă©tendue d’application comparable y compris sur le plan pratique.

Description : La LUFEP Ă©tablit un cadre gĂ©nĂ©ral pour les droits et les obligations en matière d’usage du français au sein des EPCF. Cependant, un règlement est nĂ©cessaire pour clarifier les Ă©lĂ©ments plus techniques et prĂ©ciser certains critères essentiels Ă  l’entrĂ©e en vigueur et Ă  la mise en Ĺ“uvre efficace de la LUFEP. Les dispositions rĂ©glementaires complĂ©teraient donc les dispositions prĂ©vues dans la LUFEP.

Le projet de règlement Ă©tablirait le seuil d’employĂ©s minimal pour qu’une EPCF soit assujettie Ă  la LUFEP au QuĂ©bec Ă  25 employĂ©s et plus et Ă  100 employĂ©s et plus dans l’ensemble du Canada pour les RFPF. Il dĂ©terminerait la liste des RFPF qui inclut le Nouveau-Brunswick, trois divisions de recensementrĂ©fĂ©rence 1 (DR) en Nouvelle-Écosse et huit en Ontario ainsi que 22 secteurs de recensementrĂ©fĂ©rence 2 (SR) se trouvant dans deux rĂ©gions mĂ©tropolitaines de recensementrĂ©fĂ©rence 3 (RMR), celles de Winnipeg (Manitoba) et d’Edmonton (Alberta).

Le projet de règlement préciserait d’autres aspects comme les conditions pour le choix de régime (CLF ou LUFEP) au Québec, les obligations des EPCF au Québec et dans les RFPF, certains termes clés ainsi que les exigences en matière de comités et la révision du règlement. Il donnerait également certaines précisions concernant l’échéancier de mise en œuvre, les exemptions, les rôles et responsabilités du ministre du Patrimoine canadien (le ministre).

Justification : De 2018 Ă  2021, le gouvernement a examinĂ© et consultĂ© les Canadiens sur les enjeux entourant les langues officielles et a reconnu le statut minoritaire du français au Canada et en AmĂ©rique du Nord ainsi que son dĂ©clin continu. Ă€ la lumière des consultations pancanadiennes et des rapports reçus, le gouvernement s’est engagĂ© Ă  protĂ©ger le français au Canada en introduisant une nouvelle loi visant Ă  protĂ©ger et promouvoir le français au sein des EPCF. Ayant reçu la sanction royale le 20 juin 2023, la Loi visant l’égalitĂ© rĂ©elle entre les langues officielles du Canada Ă©dicte la LUFEP qui vient contribuer Ă  remĂ©dier au statut prĂ©caire du français en instaurant de nouvelles obligations pour les EPCF et en y prĂ©cisant les droits des consommateurs et des employĂ©s.

Le projet de règlement permettrait de mettre en œuvre la LUFEP. Il a été rédigé de façon à pouvoir être harmonisé, dans la mesure du possible, avec les exigences de la CLF et de ses règlements, les EPCF ayant le choix de régime au Québec.

Le projet de règlement tient compte des prĂ©occupations soulevĂ©es lors des consultations tenues en 2024 auprès des intervenants clĂ©s, incluant des organismes communautaires, des organismes porte-parole de secteurs particuliers, des reprĂ©sentants des provinces et territoires, des institutions fĂ©dĂ©rales et d’organisations reprĂ©sentant les employeurs et les employĂ©s. En effet, la majoritĂ© a insistĂ© sur l’harmonisation avec le rĂ©gime de la CLF afin d’éviter une « fuite Â» des entreprises vers le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral. Plusieurs ont Ă©galement relevĂ© l’importance d’une dĂ©finition claire pour les RFPF. La section « Consultation Â» dĂ©crit les commentaires reçus par le ministère du Patrimoine canadien (PCH) et la section « Justification Â» Ă©labore la manière dont les commentaires des intervenants ont eu une incidence sur la rĂ©daction rĂ©glementaire.

ÉnoncĂ© des coĂ»ts et avantages : Les avantages totaux de la mise en Ĺ“uvre du règlement sur une pĂ©riode de 10 ans (2027-2036) sont estimĂ©s Ă  522,9 millions de dollars, pour une valeur actualisĂ©e de 303,9 millions de dollars (43,3 M$/an) [en dollars constants de 2024, actualisĂ©s Ă  l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence 2027 avec un taux d’actualisation de 7 %]. Ces avantages se dĂ©clinent en quatre volets : les consommateurs bĂ©nĂ©ficieront d’un meilleur accès Ă  des services en français, ce qui amĂ©liorera leur expĂ©rience et renforcera la confiance envers les institutions; les travailleurs verront leurs droits linguistiques consolidĂ©s, favorisant un environnement de travail plus inclusif et une meilleure productivitĂ©; les employeurs profiteront d’une clarification de leurs obligations linguistiques, d’une rĂ©duction des erreurs et d’une amĂ©lioration de leur image de marque; enfin, les avantages collectifs incluent la contribution Ă  la vitalitĂ© des communautĂ©s francophones et Ă  la cohĂ©sion sociale. Ces retombĂ©es, combinĂ©es Ă  des effets qualitatifs tels que la rĂ©duction des barrières linguistiques et le renforcement de la confiance institutionnelle, soutiennent la compĂ©titivitĂ© des entreprises et la prĂ©servation du français au Canada. Ces avantages s’inscrivent dans une dynamique plus large de promotion du français au Canada et contribuent Ă  une meilleure reconnaissance des droits linguistiques des francophones dans les secteurs essentiels, notamment les services bancaires, les communications et les transports.

Pour ce qui est des coĂ»ts, les coĂ»ts totaux de la mise en Ĺ“uvre du règlement sur une pĂ©riode de 10 ans (2027-2036) sont estimĂ©s Ă  360,2 millions de dollars, soit une valeur actualisĂ©e de 243,0 millions de dollars (34,6 M$/an) [en dollars constants de 2024, actualisĂ©s Ă  l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence 2027 avec un taux d’actualisation de 7 %]. Les coĂ»ts concernent principalement la formation linguistique, le transport de passagers (par exemple communications et services aux consommateurs lors d’un trajet par avion, train, autocar, autobus, navire ou traversier), la traduction de documents, l’ajustement des affichages, la crĂ©ation de comitĂ©s de promotion du français et les exigences administratives, ainsi que les coĂ»ts gouvernementaux. Ces dĂ©penses visent Ă  soutenir les entreprises dans leur transition vers la conformitĂ©, tout en offrant une flexibilitĂ© pour minimiser les impacts opĂ©rationnels et financiers. Ces estimations tiennent compte du fait que le règlement s’appliquera d’abord au QuĂ©bec dès 2027, puis dans les RFPF Ă  partir de 2029.

Les coĂ»ts dĂ©passent les avantages en 2027-2029, les avantages dĂ©passent les coĂ»ts dès 2030, et l’impact net devient positif Ă  partir de 2030 pour un impact net total de 60,9 millions de dollars avec un ratio avantages/coĂ»ts d’environ 1,25 (scĂ©nario central).

Enjeux

Depuis plusieurs années, le grand public, les intervenants, les communautés de langue officielle en situation minoritaire, les organisations du milieu des langues officielles ou encore celles faisant la promotion de l’usage du français expriment leurs préoccupations relativement au déclin du français au Canada, y compris au Québec. Le français étant minoritaire à l’échelle du Canada et de l’Amérique du Nord, le gouvernement du Canada a reconnu, dans son document de réforme de 2021, que le secteur privé doit jouer un rôle dans la promotion et la protection de la langue française au pays.

La LUFEP vise à répondre à ces préoccupations en établissant de nouveaux droits linguistiques au Québec et dans les RFPF en ce qui a trait aux EPCF. Ces droits garantissent aux employés de travailler en français et aux consommateurs d’être servis en français par ces entreprises dans ces régions. Cependant, la mise en œuvre de la LUFEP, qui n’est pas encore en vigueur, repose sur l’adoption d’un règlement qui précisera plusieurs éléments clés, notamment les RFPF, le seuil minimal d’employés pour l’application de la Loi et l’établissement d’autres modalités d’application dont celles nécessaires à l’encadrement du choix des EPCF au Québec de s’assujettir au régime provincial de la CLF ou à la LUFEP.

Contexte

Cadre législatif fédéral sur les langues officielles

Créée en 1963, la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme visait à répondre aux préoccupations des francophones, surtout au Québec, sur les inégalités linguistiques dans l’administration fédérale. La Commission a mené à l’adoption de la première Loi sur les langues officielles (LLO) en 1969, établissant le français et l’anglais comme langues officielles au niveau fédéral, garantissant le droit de communiquer et de recevoir des services avec les institutions fédérales dans la langue officielle de son choix.

La Charte canadienne des droits et libertés (la Charte) de 1982 a déclaré le français et l’anglais les langues officielles du Canada, et a créé le droit à l’éducation dans la langue de la minorité. La réforme de la LLO en 1988 visait à mieux refléter les dispositions de la Charte, à renforcer les langues officielles dans la fonction publique fédérale et à encourager l’usage des deux langues officielles dans la société canadienne. En 1993, le principe de l’égalité des deux communautés linguistiques au Nouveau-Brunswick a été enchâssé dans la Constitution canadienne.

Ă€ l’étĂ© 2018, la ministre responsable des Langues officiellesrĂ©fĂ©rence 4 a reçu le mandat d’examiner la LLO dans le but de la moderniser. Ă€ la suite d’une sĂ©rie de consultations pancanadiennesrĂ©fĂ©rence 5 qui s’est conclue par un symposium national au printemps 2019, la ministre a fait part des enjeux et des suggestions reçus dans le Document synthèse : Ă€ la rencontre des Canadiens en vue de moderniser la Loi sur les langues officielles. Une des propositions reçues mentionnait la crĂ©ation d’obligations en matière de langue de travail et de service aux entreprises de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale.

Dans le discours du TrĂ´ne de 2020, le gouvernement du Canada a reconnu le statut de langue minoritaire du français au Canada et en AmĂ©rique du Nord. En effet, aujourd’hui, on retrouve 14 millions de locuteurs du français sur une population d’environ 381 millions d’habitants au Canada et aux États-Unis. Selon Statistique Canada, la proportion de la population francophone au Canada est en constante diminution et pourrait atteindre 20,4 % d’ici 2036 (de 27,5 % en 1971)rĂ©fĂ©rence 6.

En 2021, la ministre a dĂ©posĂ© le document de rĂ©forme Français et anglais : Vers une Ă©galitĂ© rĂ©elle des langues officielles au Canada. Ce document a prĂ©sentĂ© la vision du gouvernement du Canada dans le cadre de la rĂ©forme des langues officielles et du plan de modernisation de la LLO. Soulignant l’importance de protĂ©ger le français dans les entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale, il proposait de donner aux travailleurs et aux consommateurs le droit de travailler et d’être servis en français, notamment au QuĂ©bec et dans les RFPF.

La Loi visant l’égalitĂ© rĂ©elle entre les langues officielles du Canada, ayant reçu la sanction royale le 20 juin 2023, a modernisĂ© la LLO et Ă©dictĂ© la LUFEP. Cette dernière instaure de nouvelles obligations pour les EPCF et prĂ©cise les droits des consommateurs et des employĂ©s. En vertu de l’article 68 de la Loi visant l’égalitĂ© rĂ©elle entre les langues officielles du Canada, le ministre peut, d’ici l’entrĂ©e en vigueur de la LUFEP, promouvoir les droits prĂ©vus pour la communication avec les consommateurs et les services en français ainsi que la langue de travail et sensibiliser les EPCF relativement Ă  ces droits.

Cadre législatif au Québec

AdoptĂ©e en 1977, la CLF du QuĂ©bec Ă©tablit le français comme langue officielle du QuĂ©bec et comme langue normale et habituelle dans le travail, l’enseignement, les communications, le commerce et les affaires. Dans le contexte commercial, la CLF garantit aux consommateurs le droit d’employer et de recevoir des services en français dans toute entreprise opĂ©rant au QuĂ©bec. Avant 2025, les entreprises de 50 employĂ©s et plus devaient entamer une dĂ©marche administrative auprès de l’Office quĂ©bĂ©cois de la langue française (OQLF) afin d’obtenir un certificat de francisation. La CLF, modernisĂ©e en 2022, a abaissĂ© ce seuil Ă  25 employĂ©s au 1er juin 2025. De plus, la CLF oblige les entreprises de 100 employĂ©s et plus Ă  instituer un comitĂ© de francisation ayant pour but de favoriser la gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français. En cas de violation Ă  la CLF, des recours Ă  l’OQLF et devant les tribunaux quĂ©bĂ©cois s’appliquent. Plusieurs EPCF, comme la plupart des grandes banques, ont acceptĂ© de se soumettre au rĂ©gime de la CLF.

Portée et principales dispositions de la LUFEP

La LUFEP vise Ă  protĂ©ger et promouvoir le français au sein des EPCF. Elle sera mise en Ĺ“uvre en deux Ă©tapes : au QuĂ©bec, Ă  une date fixĂ©e par dĂ©cret, puis deux ans plus tard dans les RFPF dĂ©finies par règlement. Les RFPF incluent des rĂ©gions oĂą la proportion de francophones et leur Ă©panouissement collectif justifient une telle dĂ©signation. Au QuĂ©bec et dans les RFPF, tous les droits et obligations relatifs aux communications et services et Ă  la langue de travail s’appliqueront, sauf dans le cas d’exemptions prĂ©vues par règlement.

La LUFEP impose aux EPCF d’assurer des services en français aux consommateurs, incluant des communications écrites et orales, la documentation et les transactions. Elle donne également aux employés le droit d’utiliser le français comme langue de travail sans subir de traitement défavorable. Les employeurs devront promouvoir activement l’usage du français et, dans certains cas, créer des comités pour favoriser son usage.

Certaines exclusions s’appliquent, notamment les entitĂ©s fĂ©dĂ©rales accomplissant des fonctions gouvernementales, les entreprises dĂ©jĂ  assujetties Ă  la LLO en vertu d’une autre loi, le secteur de la radiodiffusion ainsi que les entreprises dĂ©tenues par une entitĂ© telle qu’un conseil, un gouvernement, une personne morale ou toute autre entitĂ© autorisĂ©e Ă  agir au nom d’un groupe, d’une communautĂ© ou d’un peuple autochtone ayant des droits reconnus et confirmĂ©s par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.

RĂ´le du ministre

Le ministre du Patrimoine canadien est chargé de l’application de la LUFEP de sensibiliser les entreprises et de promouvoir les droits linguistiques garantis par la loi. Une révision complète de la LUFEP et de son règlement est prévue tous les 10 ans.

Recours

Les consommateurs et les employés des EPCF auront accès à des recours pour faire valoir leurs droits linguistiques. Ils pourront déposer des plaintes auprès de la commissaire aux langues officielles du Canada, qui supervisera leur traitement. Les plaintes complexes en matière de langue de travail pourront être transmises au Conseil canadien des relations industrielles sous certaines conditions.

La Loi visant l’égalité réelle entre les langues officielles du Canada prévoit l’entrée en vigueur de la LUFEP par décret, permettant une mise en œuvre progressive. Dès son entrée en vigueur au Québec, la commissaire sera habilitée à gérer les plaintes sur les droits linguistiques. Deux ans plus tard, ces pouvoirs s’étendront aux RFPF.

Objectif

L’objectif premier du projet de règlement est de mettre en œuvre la LUFEP. Il vise à fixer un cadre réglementaire pour en permettre l’application. Plus précisément, le projet de règlement viendrait préciser plusieurs aspects essentiels au fonctionnement du nouveau régime fédéral, dont la définition d’une RFPF et le seuil d’employés minimal pour qu’une entreprise soit assujettie à la LUFEP. En définissant les éléments clés, il viendrait optimiser les avantages et l’applicabilité du régime de manière raisonnable tout en lui permettant de demeurer conforme au cadre législatif. En établissant des règles à suivre, le projet de règlement contribuerait au fonctionnement optimal de la LUFEP, tant au Québec qu’à l’extérieur du Québec, en assurant aux consommateurs et aux employés des EPCF la possibilité de recevoir des communications et des services ou de travailler en français.

Il vise ainsi à aligner, pour les EPCF, les obligations linguistiques fédérales avec celles de la CLF du Québec pour éviter des disparités et des incohérences réglementaires. Le projet de règlement mettrait en place des mécanismes efficaces pour surveiller et assurer la conformité des EPCF avec la LUFEP, faisant en sorte que les droits des personnes souhaitant demander des communications et services en français de la part des EPCF ou travailler en français dans les EPCF soient respectés et qu’elles reçoivent des services adéquats en français. En renforçant les obligations linguistiques, le projet de règlement réduirait les inégalités et favoriserait un environnement plus équitable pour les deux langues officielles.

Description

Le projet de règlement viendrait :

(1) Établir le seuil d’employés minimal pour qu’une EPCF soit assujettie à la LUFEP

Le projet de règlement viendrait fixer le seuil minimal pour les EPCF de la manière suivante :

(2) Choix de régime au Québec (CLF ou LUFEP), modalités administratives d’inscription au régime de la LUFEP et nouvelles responsabilités du ministre du Patrimoine canadien

Le choix de régime

En vertu de l’article 6 de la LUFEP, une EPCF exerçant des activitĂ©s au QuĂ©bec pourra choisir de s’assujettir Ă  la CLF en envoyant un avis Ă©crit au ministre. Le paragraphe 6(3) habilite aussi le ministre du Patrimoine canadien de conclure pour le compte du gouvernement fĂ©dĂ©ral, avec l’approbation du gouverneur en conseil, un accord avec le gouvernement du QuĂ©bec pour faciliter la mise en Ĺ“uvre du choix de rĂ©gime au QuĂ©bec.

Ainsi, la LUFEP et le règlement prévoient que, si le ministre du Patrimoine canadien et le Québec signent un accord avec l’approbation du gouverneur en conseil, les EPCF dûment inscrites auprès de l’OQLF au moment de l’entrée en vigueur de l’entente seraient réputées avoir donné un avis au ministre indiquant qu’elle choisit le régime de la CLF, ainsi que ses mécanismes de recoursréférence 7.

Les modalités d’inscription au régime fédéral au Québec

Les EPCF qui opèrent au QuĂ©bec, qui ont 25 employĂ©s et plus et qui dĂ©cident de choisir le rĂ©gime linguistique de la LUFEP devront fournir au ministre du Patrimoine canadien dans les six mois suivant la date Ă  laquelle elles deviennent assujetties Ă  la LUFEP une dĂ©claration Ă©crite comprenant :

Une fois cette déclaration reçue, le ministre fournirait à l’EPCF une attestation d’inscription. À partir de l’année suivant l’envoi de cette première déclaration, l’EPCF transmettrait au ministre une déclaration chaque année afin de confirmer qu’elle exerce toujours ses activités au Québec ou qu’elle y a toujours des lieux de travail. Le projet de règlement viendrait préciser que le ministre du Patrimoine canadien pourrait également fournir à la commissaire aux langues officielles du Canada et au ministre de la Langue française du Québec une liste des EPCF ayant fourni leur déclaration au cours de l’année précédente. Le ministre du Patrimoine canadien serait autorisé par le projet de règlement à publier la liste des entreprises inscrites au régime fédéral au Québec sur un site Web du gouvernement du Canada.

Les modalités d’inscription au régime fédéral dans les RFPF

Dans les RFPF, oĂą le choix de rĂ©gime ne s’appliquerait pas, le projet de règlement prĂ©voirait que les EPCF qui ont 100 employĂ©s et plus au Canada doivent s’autodĂ©clarer au ministre du Patrimoine canadien et lui transmettre les renseignements suivants :

Une fois cette déclaration reçue, le ministre fournirait à l’EPCF une attestation d’inscription.

De plus, les EPCF, à l’exception de celles au Nouveau-Brunswick, devraient fournir certains renseignements en lien avec leurs points de service (sites Web, plateformes de médias sociaux et numéros de téléphone).

Le projet de règlement viendrait préciser que le ministre du Patrimoine canadien pourrait également fournir à la commissaire une liste des EPCF ayant fourni leur déclaration au cours de l’année précédente. Le ministre pourrait en outre publier la liste des entreprises inscrites au régime fédéral dans les RFPF sur un site Web du gouvernement du Canada.

(3) Définition et précision de certains termes clés

« RĂ©gions Ă  forte prĂ©sence francophone Â»

Le projet de règlement viendrait dĂ©terminer la liste pour les RFPF de la manière suivante :

Communications et services aux consommateurs

Le projet de règlement imposerait aux EPCF l’obligation d’offrir activement leurs services en français et d’informer les consommateurs de la possibilité de communiquer avec elles et d’obtenir des services en français dans tous les points de services qui se trouvent au Québec ou dans les RFPF. Les entités agissant au nom d’une EPCF auraient cette même obligation.

Le projet de règlement viendrait dĂ©finir les communications afin d’inclure tous les documents destinĂ©s aux consommateurs, peu importe leur format (papier, Ă©lectronique ou autre). Le projet de règlement fournirait ainsi une liste illustrative d’exemples de ce qui serait inclus : les brochures, les dĂ©pliants, les bons de commande, les catalogues, les contrats, les factures, les reçus et les quittances. Le projet de règlement prĂ©voirait que l’usage du français dans tout document de l’entreprise destinĂ© aux consommateurs soit au moins Ă©quivalent Ă  l’usage de toute autre langue que le français, le cas Ă©chĂ©ant.

Pour les EPCF au Québec, le français devra figurer de façon nettement prédominante sur leur affichage public et leur publicité commerciale si une autre langue est utilisée.

Enfin, le projet de règlement préciserait l’application des droits et obligations de la LUFEP en matière de communications et services aux consommateurs, notamment du transport de passagers par aéronef, autocar, autobus, train, navire (notamment par traversier interprovincial) à destination du Québec ou d’une RFPF. Le régime s’appliquerait aussi au transport de passagers du Québec ou d’une RFPF à un autre point situé ailleurs au pays. Par ailleurs, le transport de passagers à l’international serait exclu.

Définitions clés en matière de langue de travail

Le projet de règlement viendrait dĂ©finir le terme « employĂ© Â» de la mĂŞme manière que le fait la Loi sur les langues officielles (bien que la LUFEP vise un groupe d’employĂ©s entièrement diffĂ©rent).

Le projet de règlement indiquerait que les moyens de transport (incluant ceux transportant des marchandises) reliant le Québec ou une RFPF à un autre lieu ne sont pas considérés comme un lieu de travail.

De plus, le projet de règlement dĂ©finirait un « grand nombre d’annĂ©es de service Â» comme Ă©tant au moins 20 ans auprès du mĂŞme employeur. Il dĂ©finirait Ă©galement une Â« condition qui pourrait nuire Ă  l’apprentissage du français Â» comme Ă©tant une « dĂ©ficience durable ou rĂ©currente d’ordre physique ou mental, ou en matière d’apprentissage, qui pourrait, malgrĂ© des mesures d’adaptation, nuire Ă  l’apprentissage du français Â».

(4) Les exemptions

Le projet de règlement viendrait prévoir d’autres exemptions à l’application de la LUFEP. Des exceptions existent également en vertu de la CLF au Québec.

La LUFEP exclut dĂ©jĂ  le conseil, le gouvernement, la personne morale ou toute autre entitĂ© autorisĂ©e Ă  agir pour le compte d’un groupe, d’une collectivitĂ© ou d’un peuple autochtones titulaires de droits reconnus en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. En supplĂ©ment, le projet de règlement viendrait exempter de l’application des dispositions en matière de langue de travail de la LUFEP toute entreprise sous leur contrĂ´le.

Le projet de règlement exempterait aussi entièrement les activitĂ©s et lieux de travail d’une EPCF situĂ©s dans un « territoire autochtone Â». Ce terme serait dĂ©fini comme « a) toute rĂ©serve au sens du paragraphe 2(1) de la Loi sur les Indiens ou de toute terre destinĂ©e Ă  devenir une rĂ©serve en vertu d’un accord de règlement sur des droits fonciers issus de traitĂ©s; b) toute rĂ©gion dĂ©signĂ©e ou terre dĂ©signĂ©e — notamment les terres de catĂ©gorie I ou I-N, au sens de la Loi sur le rĂ©gime des terres dans les territoires de la Baie-James et du Nouveau-QuĂ©bec, RLRQ, ch. R-13.1 — qui est visĂ©e par un traitĂ© moderne Â».

De mĂŞme, serait exemptĂ©e des exigences relatives Ă  la langue de travail toute EPCF rĂ©pondant Ă  la dĂ©finition suivante : une entreprise qui est enregistrĂ©e en tant qu’entreprise des Premières Nations, inuite ou mĂ©tisse auprès d’une organisation autochtone reconnue en vertu d’un traitĂ© moderne.

Le projet de règlement exempterait entièrement les activités des EPCF qui sont directement liées à la production ou à la distribution de biens culturels dont le contenu linguistique est exclusivement dans une autre langue que le français.

Le projet de règlement exempterait des articles 9 Ă  11 de la LUFEP (langue de travail) les EPCF dont les activitĂ©s se rapportent exclusivement Ă  la conduite d’affaires internationales, dans la mesure oĂą l’usage d’une langue autre que le français est prĂ©dominant dans la conduite de ces affaires. De plus, le projet de règlement exempterait de ces mĂŞmes articles les lieux de travail oĂą les activitĂ©s exercĂ©es sont rĂ©gies principalement par des protocoles de recherche ou des normes internationales d’une part, et que ces protocoles et normes requièrent l’usage d’une autre langue que le français, d’autre part.

Les entreprises concernées (biens culturels, affaires internationales et protocoles de recherche et normes internationales) qui entendent se prévaloir de ces exemptions devront en informer le ministre et devront renouveler cette procédure tous les cinq ans. La commissaire aurait la responsabilité de vérifier qu’une exemption était justifiée ou non à la réception d’une plainte à cet effet.

(5) Fonctionnement et responsabilités des comités de promotion du français et nouvelles responsabilités du ministre relatives à la certification

La LUFEP prévoit qu’une EPCF devra mettre en place un comité qui viendra appuyer la haute direction de l’entreprise dans la promotion et l’usage du français dans ses lieux de travail. Cette obligation sera élargie aux RFPF deux ans plus tard. Le projet de règlement viendrait préciser les critères pour la mise en place et le fonctionnement de ce comité.

Plus prĂ©cisĂ©ment, le projet de règlement indiquerait qu’une EPCF doit Ă©tablir un comitĂ© dans les six mois suivant l’entrĂ©e en vigueur de la LUFEP ou dans les six mois suivant la date Ă  laquelle l’EPCF devient assujettie Ă  une telle obligation. Ce comitĂ© devra se rĂ©unir au moins deux fois par annĂ©e civile.

Le comité devra être composé d’un nombre égal de représentants de l’employeur et des employés et devra compter au moins deux représentants des employeurs et des employés, choisis respectivement par ceux-ci.

Au QuĂ©bec, le comitĂ© aurait des obligations particulières. Dans les six mois suivant sa crĂ©ation, puis Ă  tous les trois ans, le comitĂ© devrait brosser un bilan de la situation linguistique de l’EPCF, qui inclut une description de ses programmes de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français. Le comitĂ© enverrait son bilan au ministre du Patrimoine canadien dans les trois mois suivant sa rĂ©daction. Le ministre Ă©mettrait un certificat de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français s’il estime, sur la base de l’information fournie, que les programmes gĂ©nĂ©ralisent l’usage du français par les moyens mentionnĂ©s au paragraphe 10(1.1) de la LUFEP.

Si les programmes ne respectent pas la LUFEP en ce qui concerne la gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français dans l’EPCF [paragraphe 10(1.1)], le ministre fournirait une rĂ©troaction au sujet de ces programmes au comitĂ© ainsi que les motifs de refus du certificat. Ces informations devraient ĂŞtre intĂ©grĂ©es au premier rapport annuel du comitĂ© qui suivra le bilan. Si le ministre refuse d’émettre le certificat, le comitĂ© mettrait Ă  jour ses programmes dans l’annĂ©e suivant le refus, puis chaque annĂ©e après, et enverrait cette mise Ă  jour au ministre.

Le ministre pourrait aussi suspendre le certificat de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français d’une entreprise en cas de non-conformitĂ© Ă  la LUFEP [paragraphe 10(1.1)]. Si c’est le cas, le ministre fournirait au comitĂ© des explications sur les motifs de la suspension et lui donnerait l’occasion de prĂ©senter des observations Ă©crites Ă  ce sujet. Si la situation est corrigĂ©e ou si les motifs de la suspension n’étaient pas fondĂ©s, le ministre rĂ©tablirait le certificat.

Il pourrait en revanche le révoquer si la suspension dure trois mois ou plus, ce qui enclencherait une obligation pour le comité de développer et fournir au ministre un plan d’action visant à assurer la généralisation de l’usage du français dans un délai de trois mois suivant la révocation.

Au QuĂ©bec, le comitĂ© devra Ă©galement, tous les ans, produire un rapport indiquant les mesures prises par le comitĂ© dans l’exĂ©cution de son mandat. Cependant, si le comitĂ© possède dĂ©jĂ  un certificat de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français, le rapport devra ĂŞtre produit tous les 3 ans.

Chaque rapport devra ĂŞtre conservĂ© par les EPCF pendant au moins 12 ans et devra ĂŞtre remis Ă  tout employĂ© qui en fait la demande.

Le projet de règlement précise qu’un comité de francisation établi en vertu de la CLF pourra constituer un comité au sens de la LUFEP relativement à ses lieux de travail dans des RFPF.

Le ministre peut publier sur un site Web du gouvernement du Canada une liste des EPCF dont le comité de promotion du français possède un certificat de généralisation de l’usage du français.

(6) Révision décennale du règlement

Le projet de règlement prévoirait des dispositions faisant en sorte que les examens décennaux de la LUFEP s’appliquent aussi au règlement.

Élaboration de la réglementation

Consultation

Stratégie de consultation pré-Gazette du Canada

La stratĂ©gie de prĂ©consultation de PCH s’est dĂ©ployĂ©e en deux volets : les prĂ©consultations avec les diverses parties prenantes et un questionnaire en ligne Ă  l’intention du grand public. Les prĂ©consultations ont portĂ© sur des questions reliĂ©es Ă  la prise d’effet de la LUFEP, son application aux EPCF, les critères pour l’établissement des RFPF, les exemptions et les adaptations, les dĂ©finitions en lien avec les communications et la prestation de services avec les consommateurs ainsi que la langue de travail, la taille des EPCF pour l’application du « rĂ©gime de promotion du français Â», et le fonctionnement de son comitĂ© de promotion du français.

Questionnaires

Du 9 mai au 17 juillet 2024, un questionnaire en ligne a Ă©tĂ© ouvert Ă  l’ensemble des Canadiens, leur offrant l’occasion de rĂ©pondre Ă  une sĂ©rie de questions et de formuler des commentaires sur diffĂ©rents aspects de la LUFEP et du rĂ©gime de sanctions administratives pĂ©cuniaires (SAP) en vertu de la Loi sur les langues officielles. Au terme de la pĂ©riode de prĂ©consultation, plus de 1 300 rĂ©pondants avaient rempli le questionnaire, dont environ 800 (soit 58,3 %) avaient complĂ©tĂ© le volet LUFEP. Des rĂ©pondants soulignent leur incapacitĂ© Ă  recevoir des services en français, mĂŞme lorsqu’ils en font la demande spĂ©cifique, particulièrement au QuĂ©bec. Les dĂ©lais d’attente pour les services en français sont souvent plus longs que pour les services en anglais, poussant certains Ă  opter pour l’anglais. La mauvaise qualitĂ© du service en français et l’absence de consultation sur la prĂ©fĂ©rence linguistique sont Ă©galement des prĂ©occupations majeures. Des rĂ©pondants ont aussi exprimĂ© diverses prĂ©occupations concernant la LUFEP, y compris la discrimination perçue envers les communautĂ©s d’expression anglaise du QuĂ©bec et les coĂ»ts potentiels des obligations linguistiques. Certains jugent inadĂ©quats les critères de dĂ©signation des RFPF et la qualitĂ© des traductions en français. De nombreux rĂ©pondants estiment que les entreprises privĂ©es devraient pouvoir choisir la langue de service, soulignant la complexitĂ© pour les petites entreprises d’assurer des services bilingues. En outre, une certaine proportion de rĂ©pondants n’adhère pas aux objectifs de la LUFEP.

Du 10 dĂ©cembre 2024 au 24 janvier 2025, un questionnaire a Ă©tĂ© envoyĂ© aux EPCF de diffĂ©rentes associations industrielles pour recueillir des informations sur les impacts et coĂ»ts associĂ©s Ă  la LUFEP. Ce questionnaire visait Ă  collecter des donnĂ©es concrètes afin d’informer l’analyse coĂ»ts-avantages et d’éclairer les dispositions finales du projet de règlement. Les associations industrielles sollicitĂ©es regroupaient des entreprises de tailles variĂ©es et au total, 18 rĂ©pondants ont rempli le questionnaire. Un court sommaire de l’information recueillie par cet exercice de consultation est prĂ©sentĂ© dans la section « Analyse de la rĂ©glementation Â».

Consultations avec les intervenants clés

PCH a pris en compte les diffĂ©rents points de vue exprimĂ©s lors des consultations, comme en tĂ©moigne la section « Justification Â».

Par ailleurs, entre avril et juillet 2024, un total de 23 rencontres, soit virtuelles ou en prĂ©sentiel, ont eu lieu avec des intervenants clĂ©s, incluant des organismes communautaires, des organismes porte-parole de secteurs particuliers, des reprĂ©sentants des provinces et territoires, des institutions fĂ©dĂ©rales, dont le Commissariat aux langues officielles du Canada (le Commissariat), ainsi que des consultations tripartites avec des organisations reprĂ©sentant les employeurs et les employĂ©s, en collaboration avec le Programme du travail (Emploi et DĂ©veloppement social Canada). Ces rencontres ont rassemblĂ© au total 150 organismes et plus de 250 individus. Cinq mĂ©moires ont ensuite Ă©tĂ© reçus et analysĂ©s. Les discussions ont mis en lumière les inquiĂ©tudes particulières des participants relativement aux besoins des communautĂ©s linguistiques et aux circonstances concrètes des EPCF. Les sujets traitĂ©s lors de ces discussions ont facilitĂ© la dĂ©termination des prioritĂ©s, des obstacles et des occasions pour une rĂ©alisation efficace du projet de règlement. Ces sujets constituent un guide pour concevoir comment la LUFEP peut ĂŞtre mise en application de façon pragmatique et inclusive, en prenant en considĂ©ration les diverses conditions des rĂ©gions et des secteurs impliquĂ©s.

Entre aoĂ»t et septembre 2025, des discussions ciblĂ©es ont Ă©galement eu lieu avec des partenaires clĂ©s de la mise en Ĺ“uvre afin de valider certains dĂ©tails techniques et opĂ©rationnels. Cela a permis de s’assurer que la proposition rĂ©glementaire tient compte de considĂ©rations prĂ©cises liĂ©es Ă  la mise en Ĺ“uvre. Entre septembre et novembre 2025, des discussions ont eu lieu avec le ministère de la Langue française du gouvernement du QuĂ©bec afin de favoriser une coexistence harmonieuse entre le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral et le rĂ©gime quĂ©bĂ©cois pour les EPCF. Ces Ă©changes visaient Ă  Ă©tablir une collaboration fondĂ©e sur la confiance, l’intĂ©gritĂ© et le respect du choix de rĂ©gime par les entreprises. Ils visaient Ă©galement une comprĂ©hension commune concernant la mise en place d’un suivi clair et cohĂ©rent permettant une harmonie administrative dans l’exercice du choix de rĂ©gime par les EPCF au QuĂ©bec. Ces Ă©changes ont Ă©tĂ© limitĂ©s en portĂ©e et ne remplacent pas les possibilitĂ©s de consultation plus larges qui suivront lors de la publication prĂ©alable dans la Partie I de la Gazette du Canada.

Thèmes abordés lors des rencontres et positions exprimées par les parties consultées
L’état des lieux

Certains intervenants, notamment des organismes de promotion du français, soulignent le déclin de la langue française, tant au Québec qu’à l’extérieur du Québec. Ils insistent sur la nécessité que les entreprises aient l’obligation de communiquer avec les consommateurs et d’offrir leurs services en français et respectent la préférence linguistique du consommateur, pour ainsi renforcer la présence du français au Québec et hors Québec. Selon eux, la LUFEP pourrait jouer un rôle clé en transformant les mentalités et en proposant une nouvelle approche pour promouvoir la langue française à l’échelle nationale.

La prise d’effet de la LUFEP et l’application du régime au Québec et hors Québec

La LUFEP entrera en vigueur par dĂ©cret au QuĂ©bec et deux ans plus tard dans les RFPF. De ce fait, plusieurs porte-parole d’organismes de promotion linguistique ont soulignĂ© l’importance d’éviter une « fuite Â» des entreprises dĂ©jĂ  assujetties Ă  la CLF (au QuĂ©bec) vers le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral, perçu par certains comme Ă©tant moins contraignant. Cependant, d’autres ont soulevĂ© que certains aspects de la LUFEP Ă©taient plus contraignants, notamment parce que cette dernière inclut les interactions Ă  l’oral et Ă  l’écrit. Ces intervenants ont d’ailleurs signalĂ© l’importance d’une coordination adĂ©quate entre les gouvernements, fĂ©dĂ©ral et provincial, pour Ă©viter toute confusion pour les entreprises lors de l’application de la LUFEP.

La majorité des intervenants et des organismes recommandent d’adopter une mise en œuvre graduelle et une période d’adaptation au-delà du délai de deux ans prévus dans la LUFEP pour les RFPF étant donné la nouveauté d’un tel régime à l’extérieur du Québec, et ce, particulièrement en matière de langue de travail. Une démarche graduelle pourrait aussi se révéler appropriée, aux yeux de certains répondants, en ce qui concerne la langue de service. Il a aussi été proposé que les entreprises ayant moins d’interactions avec la clientèle puissent avoir des obligations adaptées en fonction des besoins.

Critères pour définir des RFPF

En ce qui concerne l’application de la nouvelle loi Ă  l’extĂ©rieur du QuĂ©bec, la plupart des intervenants ont soulignĂ© l’importance d’établir des dĂ©finitions claires en ce qui constitue « un francophone Â» et une « rĂ©gion Â». Ceux-ci souhaitent qu’une approche quantitative soit prise; qu’elle tienne compte de la vitalitĂ© des communautĂ©s, et qu’elle intègre certains critères qualitatifs sans que l’un soit Ă©tabli au dĂ©triment de l’autre.

Du côté des entreprises, les défis potentiels d’application de la LUFEP à l’extérieur du Québec ont été soulevés, en particulier en matière de langue de travail. Les petites entreprises ont fait valoir le fardeau que le nouveau régime représenterait pour elles au sein des RFPF.

Certains intervenants d’organismes représentant les communautés ont exprimé le souhait que le régime de la LUFEP ait la même portée géographique que la LLO ou les lois sur les services en français des provinces, ou encore qu’elle s’applique à l’ensemble des services téléphoniques ou en ligne offerts aux consommateurs à l’échelle nationale.

Exemptions et adaptations

De nombreux intervenants représentants d’entreprises et des porte-parole de secteurs particuliers ont mentionné que dans les RFPF, tous les secteurs sont importants. Cependant, ils ont précisé que s’il fallait prioriser, la langue de services aux consommateurs revêt une plus grande importance (du moins dans un premier temps). Parmi ces intervenants, certains ont de plus spécifié qu’il serait primordial de donner la priorité aux activités liées à la santé et la sécurité, celles qui ont des incidences financières ou pécuniaires sur les personnes, ou encore qui ont une incidence sur les populations vulnérables. De plus, la majorité des intervenants ont souligné que le règlement doit apporter des précisions supplémentaires sur les services qui devraient être protégés. Les attentes sont également élevées par rapport au secteur du transport des passagers.

Ils se sont dits aussi préoccupés par les coûts de conformité de la LUFEP qui seront élevés pour les petites entreprises, exprimant le souhait d’éviter d’en imposer de nouveaux dans un contexte de coûts croissants en général.

De plus, des porte-parole de secteurs particuliers ont proposé que certaines exemptions à la CLF (par exemple des activités très spécialisées ou sur le territoire du Nord québécois) puissent également s’appliquer au régime fédéral au Québec.

Communication et prestation de services avec les consommateurs

Pendant les consultations, la majoritĂ© des intervenants ont soulignĂ© qu’il est crucial de dĂ©finir « consommateur Â» afin d’éviter que les entreprises limitent les droits Ă  une interprĂ©tation Ă©troite. Ceux-ci soulignent que la dĂ©finition de « consommateur Â» ne doit pas se limiter Ă  Â« une entitĂ© qui exĂ©cute une transaction monĂ©taire Â», mais doit ĂŞtre plus prĂ©cise que « personne Â» ou « membre du public Â». Il en va de mĂŞme avec le transport de passagers de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale (aĂ©rien, routier et maritime), pour lequel les droits et obligations en matière de langue de service aux consommateurs doivent ĂŞtre clarifiĂ©s.

Dans les contextes de pénurie de main-d’œuvre et de coûts croissants en général, certaines associations représentant les entreprises précisent qu’il faudra éviter d’imposer de nouveaux coûts. Des craintes ont été émises vis-à-vis les coûts de conformité de la LUFEP qui seront élevés pour les petites entreprises. Ainsi, la majorité des intervenants recommandent d’adopter une approche graduelle et une période d’adaptation, étant donné la nouveauté du régime à l’extérieur du Québec. Particulièrement en matière de langue de travail, mais aussi dans les secteurs administratifs, tels que les communications écrites et outils technologiques. Les intervenants des provinces et territoires ont aussi précisé qu’il faut prendre en compte les particularités régionales. On retient ainsi qu’une majorité des intervenants, tout comme une majorité des répondants au questionnaire en ligne, croit dans l’importance d’obligations pour les EPCF d’offrir des communications et des services aux consommateurs en français ainsi qu’un milieu de travail en français, au Québec comme à l’extérieur du Québec.

La langue de travail pour les services aux consommateurs

Les intervenants consultĂ©s mentionnent, de façon gĂ©nĂ©rale, qu’il sera important de dĂ©finir « employĂ© Â» pour inclure toutes les catĂ©gories de salariĂ©s concernĂ©s, et Ă©viter l’exclusion par mĂ©garde de la portĂ©e des droits en matière de langue de travail de certaines catĂ©gories de travailleurs, de cadres de direction, etc. Il serait aussi important de dĂ©finir d’autres termes tels que « grand nombre d’annĂ©es de service Â», « condition qui pourrait nuire Ă  l’apprentissage du français Â» dans le contexte de langue de travail, comme le permet la LUFEP.

La plupart des entreprises de transport consultées ont indiqué que l’application du régime au transport de passagers de compétence fédérale (aérien, routier et maritime) doit être clarifiée afin de déterminer les droits et obligations en matière de langue de service aux consommateurs. De plus, les entreprises de transport logistique qui opèrent au Québec ont signalé qu’elles entretiennent des liens étroits avec l’Ontario et les États-Unis. Il faudra que le régime reflète cet aspect.

Taille pour l’application du « rĂ©gime de promotion du français Â» et fonctionnement du comitĂ©

La majorité des intervenants ont proposé que les lieux de travail œuvrant dans des domaines qui comprennent moins d’aspects de service à la clientèle puissent faire l’objet d’obligations différentes ou différées, selon les besoins. Ceux-ci ont aussi souligné l’importance de garantir qu’aucune échappatoire ne permette aux entreprises d’éviter les exigences juridiques.

Les reprĂ©sentants de transports routiers et les reprĂ©sentants des provinces et territoires ont mentionnĂ© que le rĂ©gime ne peut ĂŞtre conçu comme un « rĂ©gime unique applicable Ă  tous Â» et qu’en ce sens, plusieurs entreprises pourraient ĂŞtre trop petites pour s’y conformer. La dĂ©finition de la taille d’application devrait ĂŞtre un des Ă©lĂ©ments oĂą l’asymĂ©trie s’applique.

Certains intervenants reprĂ©sentants d’entreprises, de leur cĂ´tĂ©, rĂ©clament l’harmonisation avec la CLF et suggèrent un seuil de 100 employĂ©s pour les comitĂ©s de promotion du français en vertu de la LUFEP afin d’éviter le dĂ©doublement des exigences avec les comitĂ©s de francisation de la CLF au QuĂ©bec.

Dans les RFPF, la plupart des intervenants conviennent que les comités de promotion du français devront jouer un rôle déterminant et exercer une influence réelle dans ces régions.

Recours

Un point crucial souligné par la majorité des intervenants consultés est la nécessité d’éviter que les entreprises assujetties à la CLF ne migrent vers le régime fédéral, souvent considéré comme moins restrictif.

De plus, ceux-ci soulignent l’importance de prévenir les tentatives des entreprises de contourner les exigences du nouveau régime. Ils insistent sur le fait que, en ce qui concerne les inquiétudes concernant un manque de sérieux dans le respect des obligations, il s’avère nécessaire de démontrer que la conformité renforce leur image en tant qu’employeurs et fournisseurs exemplaires.

Obligations relatives aux traités modernes, consultation et mobilisation des Autochtones

L’évaluation des répercussions des traités modernes effectuée pour le projet de règlement, conformément à la Directive du Cabinet sur l’approche fédérale pour la mise en œuvre des traités modernes, a mené à la conclusion que le projet introduirait de nouvelles exigences réglementaires sur les terres visées par les traités modernes. Toutefois, le projet de règlement ne devrait pas affecter les droits protégés par la Loi constitutionnelle de 1982 ni ceux énoncés dans les traités modernes.

La LUFEP prĂ©voit dĂ©jĂ  que sont exclues de la dĂ©finition d’une EPCF le conseil, le gouvernement, la personne morale ou toute autre entitĂ© autorisĂ©e Ă  agir pour le compte d’un groupe, d’une collectivitĂ© ou d’un peuple autochtones titulaires de droits reconnus et confirmĂ©s par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. La LUFEP mentionne Ă©galement qu’elle n’a pas pour effet de porter atteinte aux droits des langues autres que le français et l’anglais, notamment des langues autochtones, et qu’elle ne fait pas obstacle Ă  la rĂ©appropriation, Ă  la revitalisation et au renforcement des langues autochtones.

Le projet de règlement ne devrait pas avoir de rĂ©percussions sur les traitĂ©s modernes, car il contient une sĂ©rie d’exemptions. Seraient notamment dispensĂ©s de l’application de la LUFEP :

Il est entendu que rien n’empêchera une entreprise exemptée d’offrir des services ou un milieu de travail en français ou toute autre langue si elle le souhaite; cet aspect ne sera cependant pas réglementé par le gouvernement du Canada.

Consultations/mobilisation autochtones

Les préconsultations menées au printemps et à l’été 2024 avec des intervenants clés, incluant des organismes communautaires, des organismes porte-parole de secteurs particuliers, des représentants des provinces et territoires, des institutions fédérales, et des organisations représentant les employeurs et les employés, ont guidé l’élaboration de la stratégie de mobilisation autochtone et défini les sujets pertinents et applicables à aborder avec les communautés et organismes autochtones.

La mobilisation autochtone a été menée conjointement entre PCH et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada pour son règlement qui précisera les obligations des institutions du gouvernement fédéral assujetties à la partie VII de la Loi sur les langues officielles modernisée (Progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais).

Les premières rencontres avec des reprĂ©sentants de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) et de l’AssemblĂ©e des Premières Nations (APN) ont permis d’établir un contact et de prĂ©senter les travaux du projet rĂ©glementaire. Ces Ă©changes ont Ă©galement ouvert la discussion sur une possible collaboration de mobilisation avec d’autres groupes et organisations. PCH a adoptĂ© une approche basĂ©e sur le respect et la confiance pour mieux comprendre les perspectives, enjeux et valeurs de ces communautĂ©s, et recueillir leurs commentaires et leurs prĂ©occupations. Ă€ cet Ă©gard, les possibilitĂ©s d’échanges suivantes ont Ă©tĂ© proposĂ©es :

Par des communications officielles annonçant le dĂ©but de l’exercice de mobilisation, PCH a offert l’opportunitĂ© Ă  13 organismes nationaux autochtones et organisations entrepreneuriales/Ă©conomiques (incluant ITK, APN et le Ralliement national des MĂ©tis) de participer Ă  des discussions et commenter la version prĂ©liminaire des règlements.

En l’absence de rĂ©ponse, PCH a renouvelĂ© l’invitation aux 13 organismes autochtones de se prononcer sur les orientations de la proposition rĂ©glementaire. Aucun commentaire n’a Ă©tĂ© Ă©mis de la part des organisations consultĂ©es lors de cette phase de mobilisation.

Ă€ la suite de ces communications, PCH a tenu des rencontres initiales avec la Commission de dĂ©veloppement Ă©conomique des Premières Nations du QuĂ©bec et du LabradorrĂ©fĂ©rence 11 ainsi qu’avec le Ralliement national des MĂ©tis (RNM). Ces Ă©changes ont permis de leur prĂ©senter un survol des règlements, de l’état d’avancement des travaux et des Ă©chĂ©anciers, tout en amorçant un dialogue sur une Ă©ventuelle collaboration en matière de mobilisation.

En octobre et novembre 2025, les discussions se sont poursuivies avec ITK, RNM, et APN, notamment pour rĂ©pondre Ă  leurs questions concernant les impacts sur les communautĂ©s autochtones. Ces Ă©changes visaient, entre autres, Ă  mieux identifier les EPCF autochtones non exemptĂ©es et recueillir la rĂ©troaction sur les mesures d’exemption prĂ©vues.

Ces organisations ont indiqué qu’elles consultaient actuellement leurs membres et qu’elles transmettraient les résultats de ces consultations par écrit.

À la suite d’une recommandation d’ITK, des démarches de mobilisation sont en cours auprès de la Société Makivvik, en raison des répercussions directes du règlement pour les Inuits du Nunavik dans le contexte québécois.

Il a été convenu que le dialogue avec ces organisations se poursuivra pendant le processus de dépôt de l’avant-projet de règlement au Parlement et à la suite de la publication préalable du projet de règlement dans la Partie I de la Gazette du Canada. Une mobilisation autochtone plus large pourrait alors se poursuivre.

Choix de l’instrument

La LUFEP, Ă©dictĂ©e par la Loi visant l’égalitĂ© rĂ©elle entre les langues officielles du Canada (l’ancien projet de loi C-13) n’est pas encore en vigueur; elle entrera en vigueur par dĂ©cret. La LUFEP a Ă©tĂ© conçue de manière Ă  ce que le règlement d’application fournisse le cadre de mise en Ĺ“uvre nĂ©cessaire Ă  une application cohĂ©rente et efficace. Il est donc crucial que l’entrĂ©e en vigueur du projet de règlement et la date d’entrĂ©e en vigueur de la LUFEP par dĂ©cret soient synchronisĂ©es. Sans cette coordination, plusieurs des principes clĂ©s de la LUFEP, comme oĂą se trouvent exactement les RFPF ou le seuil d’employĂ©s Ă  partir duquel le rĂ©gime s’appliquera aux EPCF au QuĂ©bec et dans les RFPF, ne seront pas dĂ©finis, entraĂ®nant une application incohĂ©rente par rapport Ă  l’intention du lĂ©gislateur. Celui-ci n’a pas prĂ©vu de pouvoir d’adopter des instruments de politique contraignants en matière d’usage du français dans les EPCF, de sorte qu’il n’existe pas de solution de remplacement Ă  l’adoption d’un règlement pour que le rĂ©gime de la LUFEP puisse voir le jour.

Analyse de la réglementation

Avantages et coûts

Cadre d’analyse

L’analyse des coĂ»ts et avantagesrĂ©fĂ©rence 12 couvre la pĂ©riode de 2027 Ă  2036. Tous les montants sont exprimĂ©s en dollars constants de 2024 et actualisĂ©s Ă  partir de l’annĂ©e 2027 Ă  un taux de 7 %. Les incidences sur le secteur privĂ© de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale ont Ă©tĂ© Ă©valuĂ©es en comparant deux scĂ©narios : un scĂ©nario de rĂ©fĂ©rence et un scĂ©nario d’application du règlement.

En vertu de la Loi constitutionnelle de 1867, certaines sphères d’activité sont de compétence fédérale et d’autres de compétence provinciale. La LUFEP et son règlement d’application constituent la première tentative du gouvernement fédéral de régir la langue de travail au sein de ces entreprises et la langue de communication et de service aux consommateurs.

Scénario de référence

Dans le scénario de référence, il est établi que la mise en œuvre de la LUFEP ne peut être raisonnablement envisagée sans l’adoption du projet de règlement, lequel définirait des paramètres d’application essentiels, tels que la définition des RFPF et des seuils d’employés pour l’application de la LUFEP aux EPCF. Sans la LUFEP et son règlement, la situation actuelle observée en matière d’offre de services aux consommateurs et en matière de langue de travail au sein des EPCF continuerait de s’appliquer tant au Québec que dans les RFPF.

Au QuĂ©bec, la CLF encadre l’usage du français au sein des EPCF. Elle s’applique Ă  toutes les entreprises exerçant leurs activitĂ©s dans cette province depuis le 1er juin 2022. Plusieurs EPCF avaient dĂ©jĂ  adhĂ©rĂ© volontairement Ă  ce rĂ©gime après l’entrĂ©e en vigueur de la CLF, en 1977. Depuis le 1er juin 2025, l’obligation de se conformer aux normes de francisation qu’elle Ă©dicte s’applique Ă  toute entreprise comptant 25 employĂ©s ou plus, alors qu’elle ne visait auparavant que celles de 50 employĂ©s et plus. Ainsi, la situation qui prĂ©vaut au QuĂ©bec, et sur lequel le scĂ©nario de rĂ©fĂ©rence repose, est que l’offre de services Ă  la clientèle, le personnel en contact direct avec la clientèle qui maĂ®trise le français ainsi que l’offre d’emploi en français aux travailleurs dans ces entreprises sont gĂ©nĂ©ralisĂ©s. En date de janvier 2026, environ 49 % des EPCF quĂ©bĂ©coises, oĂą travaillent au total 73 % des employĂ©s de ces entreprises, dĂ©tiennent un certificat de francisation. Dans le scĂ©nario de rĂ©fĂ©rence, les EPCF de 25 Ă  49 employĂ©s pourraient continuer de s’inscrire auprès de l’Office quĂ©bĂ©cois de la langue française et de mener le processus de francisation. Le pourcentage d’entreprises du QuĂ©bec qui dĂ©tiennent un certificat de francisation pourrait donc continuer d’augmenter. Par ailleurs, les entreprises ne dĂ©tenant pas ce certificat sont gĂ©nĂ©ralement en mesure d’offrir des services et des communications en français de mĂŞme qu’un milieu de travail en français en raison des caractĂ©ristiques dĂ©mographiques du QuĂ©bec.

Dans les régions à forte présence francophone, contrairement à la situation qui prévaut au Québec, l’offre de services à la clientèle, les communications directes du personnel avec la clientèle et l’offre d’emplois aux travailleurs dans ces entreprises obéissent aux forces du marché, donc l’anglais prévaut largement.

Ainsi, le scénario de référence repose sur l’hypothèse que la situation actuelle au Québec continuerait de prévaloir, le gouvernement fédéral laissant la province légiférer dans ses champs de compétence. À l’extérieur du Québec, cependant, le scénario de référence prévoit que, en absence du règlement LUFEP, les forces du marché et toute autre mesure actuellement en place continueraient de prévaloir, et la LUFEP serait inapplicable, puisque c’est le règlement qui définit les RFPF.

Aux fins de l’analyse, on suppose que les profils linguistiques régionaux et les projections démographiques de Statistique Canada relatifs aux RFPF demeureront stables jusqu’à la fin de 2036.

Scénario d’application du règlement

Ce scĂ©nario tient compte des effets de la mise en Ĺ“uvre du règlement et des dispositions de la LUFEP, dont l’entrĂ©e en vigueur est prĂ©vue, aux fins de l’analyse, pour le 1er janvier 2027. Cette date est prudente puisque l’entrĂ©e en vigueur rĂ©elle dĂ©pendra de la progression du processus. Le scĂ©nario d’application du règlement intègre Ă©galement la prise de quatre dĂ©cretsrĂ©fĂ©rence 13 nĂ©cessaires Ă  l’application cohĂ©rente et efficace du rĂ©gime. Les EPCF situĂ©es au QuĂ©bec auraient le choix entre se conformer Ă  la CLF ou au rĂ©gime fĂ©dĂ©ral, sans possibilitĂ© d’être assujetties aux deux. Quant aux RFPF hors QuĂ©bec, bien que les obligations prĂ©vues par la Loi n’entreraient en vigueur que deux ans après l’entrĂ©e en vigueur du règlement, l’analyse repose sur l’hypothèse selon laquelle les entreprises visĂ©es amorceraient leurs dĂ©marches de mise en conformitĂ© dès l’adoption afin de minimiser les coĂ»ts connexes.

Le projet de règlement prĂ©ciserait les modalitĂ©s d’application de la Loi, notamment en dĂ©finissant les RFPF ainsi que les notions de « communication Â» et de « services aux consommateurs Â», y compris le transport de passagers par divers modes (par exemple avion, train, autocar, autobus, navire ou traversier). Il Ă©tablirait Ă©galement les critères d’assujettissement des EPCF selon des seuils minimaux d’employĂ©s et la procĂ©dure Ă  suivre par celles qui sont situĂ©es au QuĂ©bec pour choisir entre le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral et celui de la CLF, et obtenir les attestations et certifications requises pour les comitĂ©s de promotion du français. Les coĂ»ts et les avantages analysĂ©s et estimĂ©s dĂ©coulent des exigences rĂ©glementaires.

Le scĂ©nario d’application du règlement tient compte du fait qu’au QuĂ©bec, une proportion importante et croissante d’EPCF dĂ©tient un certificat de francisation dĂ©livrĂ© par l’Office quĂ©bĂ©cois de la langue française (OQLF). Environ 49 % (soit 252) dĂ©tenaient un tel certificat au 5 janvier 2026. Le scĂ©nario d’application du règlement est basĂ© sur l’hypothèse selon laquelle ces entreprises continueront d’adhĂ©rer au rĂ©gime quĂ©bĂ©cois. Toutefois, Ă©tant donnĂ© que le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral en Ă©laboration est largement Ă©quivalent au rĂ©gime provincial en vigueur, les entreprises dĂ©tenant un certificat de francisation peuvent ĂŞtre exclues des calculs de coĂ»ts. En effet, elles seront jugĂ©es en conformitĂ© avec le rĂ©gime, peu importe celui qu’elles choisiront Ă  l’entrĂ©e en vigueur de la LUFEP. Pour celles qui ne dĂ©tiennent pas encore ce certificat, les coĂ»ts pour le QuĂ©bec tiennent compte de la capacitĂ© actuelle des entreprises, l’analyse visant Ă  Ă©tablir quels seraient les coĂ»ts pour que celles-ci soient conformes Ă  l’un ou l’autre des rĂ©gimes. L’impact additionnel (coĂ»t ou avantage) serait la diffĂ©rence entre le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral et le rĂ©gime provincial. Ă€ l’extĂ©rieur du QuĂ©bec, l’analyse pose des hypothèses sur la base de caractĂ©ristiques sociodĂ©mographiques, telles que la connaissance du français afin d’établir les coĂ»ts pour mettre les entreprises en conformitĂ© avec le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral, car celles-ci n’ont aucun choix de rĂ©gime. En effet, les autres provinces qui lĂ©gifèrent (ou qui ont en place une politique linguistique) le font gĂ©nĂ©ralement pour la langue des communications et services Ă  la population par les institutions de l’administration provinciale seulement, sans inclure le secteur privĂ©. Le Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue, fait de mĂŞme, en ajoutant des Ă©lĂ©ments liĂ©s Ă  la langue de travail de l’administration provinciale. Ainsi, les pratiques d’affaires des entreprises reflètent gĂ©nĂ©ralement les forces du marchĂ© local en ce qui concerne l’offre de services en français, soit une approche axĂ©e sur l’existence d’une demande suffisante Ă  l’échelle locale ou encore par tĂ©lĂ©phone et sur Internet.

Sources de données

Les sources de données utilisées pour l’analyse réglementaire comprennent principalement le Recensement de la population de 2021, qui fournit des informations détaillées sur les travailleurs et les populations susceptibles d’être touchées par la LUFEP, segmentées par régions géographiques et variables démographiques. Les microdonnées issues du Rapport annuel de l’employeur concernant les situations comportant des risques du Programme du travail (Emploi et Développement social Canada) ont également été utilisées pour identifier les EPCF potentiellement assujetties. Par ailleurs, un questionnaire ciblant les principales associations sectorielles a permis de recueillir des données sur les incidences et les coûts anticipés par leurs membres. Des consultations avec des experts en traduction, des écoles de langues et des organismes fédéraux ont également contribué à valider et affiner les hypothèses de l’analyse.

Consultation dans le cadre de l’analyse coûts-avantages

Le questionnaire destiné aux principales associations sectorielles représentant les EPCF visait à recueillir des données détaillées sur les coûts et incidences anticipées, notamment en matière de formation linguistique, d’affichage et de traduction. Les soumissions reçues ont été considérées dans l’analyse réglementaire. Parallèlement, des consultations avec le Bureau de la traduction, des écoles de langues et le Centre d’excellence en langues officielles du Bureau du dirigeant principal des ressources humaines au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada ont permis de peaufiner les hypothèses et les estimations.

Les associations sollicitĂ©es reprĂ©sentaient des entreprises de tailles variĂ©es, rĂ©vĂ©lant des disparitĂ©s selon les secteurs, les rĂ©gions et les services offerts. Une majoritĂ© des rĂ©pondants Ă©taient des entreprises de plus de 500 employĂ©s, environ 50 % dĂ©clarant offrir des services aux consommateurs, bien que souvent dans une faible proportion de leurs sites situĂ©s en RFPF. La majoritĂ© fournissait des services en personne ou par tĂ©lĂ©phone rĂ©gulièrement, mais peu avaient mis en place des formations linguistiques adaptĂ©es pour rĂ©pondre aux besoins des consommateurs.

Concernant la langue de travail, une majoritĂ© estimait que leur personnel pouvait toujours ou parfois superviser en français dans les RFPF, bien qu’une minoritĂ© ait signalĂ© des lacunes. Plusieurs n’avaient pas encore dĂ©fini de mesures concrètes, mais envisageaient de recruter des superviseurs bilingues ou de fournir une formation linguistique. En matière de traduction, les rĂ©pondants disposaient davantage de documents traduits pour leurs employĂ©s, tant au QuĂ©bec que dans les RFPF, que pour leurs consommateurs. Une grande majoritĂ© utilisait des outils technologiques ou d’intelligence artificielle pour des contenus simples, tandis qu’une minoritĂ© privilĂ©giait la traduction humaine pour des documents complexes. Les budgets de traduction variaient fortement, allant de moins de 10 000 $ Ă  2,5 millions de dollars, plusieurs entreprises ne disposant pas d’estimations prĂ©cises de leurs coĂ»ts.

Sondage d’opinion publique

Un questionnaire en ligne d’opinion publique, ouvert Ă  l’ensemble des Canadiens, fut menĂ© par Patrimoine canadien du 9 mai au 17 juillet 2024, offrant l’occasion de rĂ©pondre Ă  une sĂ©rie de questions et de formuler des commentaires sur diffĂ©rents aspects de la LUFEP, comme expliquĂ© dans la section « Consultation Â». Au terme de la pĂ©riode de prĂ©consultation, plus de 1 300 rĂ©pondants avaient rempli le questionnaire, dont environ 800 (soit 58,3 %) avaient rempli le volet LUFEP. Certaines questions portaient sur la prĂ©fĂ©rence linguistique d’interaction avec les EPCF ainsi que sur la qualitĂ© des services offerts par ces entreprises dans la langue de choix et la satisfaction Ă  l’égard de ces interactions. Bien qu’il existe des biais d’autosĂ©lection importants et que les rĂ©sultats d’un Ă©chantillon restreint ne soient pas reprĂ©sentatifs du pays, les rĂ©sultats sont utiles dans la crĂ©ation d’un scĂ©nario de rĂ©fĂ©rence quant Ă  la monĂ©tisation des avantages.

Profil des parties prenantes

Le secteur privé sous réglementation fédérale regroupe des industries stratégiques telles que le transport (routier interprovincial, aérien, ferroviaire, maritime et par pipelines), les télécommunications, la radiodiffusion, les banques, les services postaux, ainsi que des industries spécialisées liées à l’alimentation animale, aux farines, graines et céréalesréférence 14. Il inclut également des secteurs comme l’énergie nucléaire, l’extraction d’uranium, ainsi que le secteur du pétrole et du gaz.

Entreprises privées de compétence fédérale

La LUFEP et son règlement s’appliqueraient donc Ă  un sous-ensemble du secteur privĂ© sous rĂ©glementation fĂ©dĂ©rale. Environ 386 entreprises seraient assujetties, reprĂ©sentant 7,4 % des EPCF opĂ©rant au Canada. Au total, le rĂ©gime assujettirait environ 1 580 lieux de travail au QuĂ©bec et en RFPF et couvrirait 73 329 employĂ©s Ă  l’échelle du paysrĂ©fĂ©rence 15.

Près de 40 % des lieux de travail des EPCF visĂ©es sont situĂ©s au QuĂ©bec, reprĂ©sentant plus de 48 % des employĂ©s visĂ©s. Parmi les entreprises ayant au moins un site au QuĂ©bec, environ 49 % dĂ©tenaient un certificat de francisation dĂ©livrĂ© par l’OQLF en date du 5 janvier 2026. On suppose que ces entreprises continueront d’adhĂ©rer au rĂ©gime quĂ©bĂ©cois. Par consĂ©quent, la LUFEP et son règlement auraient une incidence sur environ 261 EPCF, 628 lieux de travail et 35 307 employĂ©s au QuĂ©bec. Ces entreprises se concentrent principalement dans le secteur bancaire (47 % des lieux de travail), suivi du transport routier (26 %), des communications (11 %) et du transport aĂ©rien (6 %). Dans les RFPF, environ 163 EPCF visĂ©es exploitent 952 milieux de travail, employant 38 022 personnes. La rĂ©partition sectorielle est similaire, avec une forte concentration dans le secteur bancaire (51 % des lieux de travail), suivi du transport routier (20 %), des communications (10 %) et du transport aĂ©rien (10 %).

Pour ce qui est des obligations linguistiques pour les transports de passagers, on compte 10 entreprises aĂ©riennes (excluant Air Canada, qui est dĂ©jĂ  assujettie Ă  la Loi sur les langues officielles, et les entreprises aĂ©riennes autochtones qui bĂ©nĂ©ficieront d’une exemption en matière de langue de travail) desservant environ 97 trajets reliant deux aĂ©roports et offrant 1 331 vols par semaine avec service Ă  bord qui seraient assujetties Ă  la LUFEP. Les entreprises couvrant les autres modes de transport (traversiers et transport interprovincial par autobus, autocar ou train) au QuĂ©bec et dans les RFPF, et reliant le QuĂ©bec et les RFPF Ă  un point de dĂ©part ou d’arrivĂ©e ailleurs au pays offrent environ 214 trajets, des trajets qui sont majoritairement de courte durĂ©e.

Employés

Les employĂ©s des EPCF bĂ©nĂ©ficieraient de nouveaux droits liĂ©s Ă  l’usage du français comme langue de travail (supervision, outils, communications internes). La mise en Ĺ“uvre serait facilitĂ©e au QuĂ©bec, oĂą 95 % des travailleurs de 15 ans et plus ont dĂ©clarĂ© connaĂ®tre le français. Dans les RFPF, près de 41 % des travailleurs, en moyenne, connaissent le français, et la demande potentielle de communications et services en françaisrĂ©fĂ©rence 16 auprès de ces travailleurs s’établit en moyenne Ă  27 %. Le rĂ©gime pourrait Ă©galement Ă©largir les possibilitĂ©s d’accès Ă  l’emploi pour les chercheurs d’emploi francophones tout en favorisant un environnement de travail plus inclusif au sein des EPCF. Dans les RFPF, on estime Ă  1,3 million le nombre de personnes actives sur le marchĂ© du travail, et 41 % d’entre elles connaissent le français.

Consommateurs

Selon le projet de règlement, la notion de « services Â» auxquels ont droit les consommateurs inclurait notamment le transport de passagers par avion, train, autocar, autobus, navire ou traversier Ă  l’intĂ©rieur du QuĂ©bec ou au dĂ©part du QuĂ©bec, et au dĂ©part d’une RFPF ou Ă  l’intĂ©rieur d’une telle rĂ©gion. La notion de « communication Â», quant Ă  elle, comprendrait tous les documents destinĂ©s aux consommateurs, peu importe leur format (papier, Ă©lectronique ou autre), y compris les brochures, les dĂ©pliants, les bons de commande, les catalogues, les contrats, les factures et les quittances. D’après le projet de règlement, ces communications devraient se faire principalement en français au QuĂ©bec, mais pas dans les RFPF, oĂą l’entreprise aurait le choix de le faire ou non. De plus, les EPCF devraient indiquer clairement aux consommateurs du QuĂ©bec et des RFPF qu’ils peuvent obtenir le service en français au moyen de n’importe quel mode de communication ou de prestation de services. Le règlement obligerait l’usage du français dans tout document de l’entreprise destinĂ© aux consommateurs de manière au moins Ă©quivalente Ă  l’usage de toute autre langue que le français, le cas Ă©chĂ©ant.

La demande potentielle en français dans les RFPF s’établit Ă  une moyenne de 28 % de sa population totale (de 15 ans et plus), alors qu’au QuĂ©bec, 94 % de la population totale de la province (de 15 ans et plus) a indiquĂ© au dernier recensement de la population connaĂ®tre le français.

Gouvernement fédéral

Enfin, le gouvernement fĂ©dĂ©ral constituerait une partie prenante essentielle dans l’application du règlement. Trois entitĂ©s assumeront principalement les coĂ»ts liĂ©s Ă  la mise en Ĺ“uvre : le Commissariat aux langues officielles du Canada (CLO), PCH et le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI). Autant les consommateurs que les employĂ©s auront accès Ă  des mĂ©canismes prĂ©vus par la LUFEP pour faire valoir leurs droits linguistiques. Ils pourront dĂ©poser des plaintes auprès du CLO, qui supervisera leur traitement. Sous certaines conditions, les plaintes complexes en matière de langue de travail pourront Ă©galement ĂŞtre transmises par le CLO au CCRI.

Avantages

Le projet de règlement viendrait offrir un cadre clair pour aider le nouveau régime dans son ensemble à atteindre les objectifs fixés dans la LUFEP. Celle-ci et son règlement devraient apporter des changements significatifs à long terme en établissant un cadre juridique stable et prévisible pour les droits linguistiques des francophones. Cette stabilité permettrait aux consommateurs et aux travailleurs de mieux planifier leurs interactions et leurs activités professionnelles avec confiance. Le règlement fournit les détails nécessaires pour que le régime s’inscrive dans une dynamique plus large de préservation et de promotion du français au Canada, complétant les politiques provinciales et municipales ainsi que les initiatives scolaires existantes. D’ailleurs, les provinces et territoires ont tous une loi ou une politique régissant les services fournis en français à leur population. Certaines provinces ont aussi mis en place des initiatives témoignant de leur engagement envers le développement économique de la francophonieréférence 17. Ainsi, la LUFEP et son règlement viennent renforcer la cohérence et la complémentarité des régimes linguistiques au Canada, notamment en soutenant le français dans les EPCF.

La mise en œuvre du règlement apporterait des avantages concrets à plusieurs groupes d’acteurs, tant sur le plan économique que social. Ces avantages découlent de l’établissement d’un cadre réglementaire structurant, favorisant un environnement de travail et de consommation plus inclusif et équitable.

Les avantages pour les consommateurs (54,6 M$, actualisĂ©s) se traduiraient par un meilleur accès Ă  des services en français, notamment dans les secteurs des banques, des communications et des transports, qui comptent pour environ 20 % des dĂ©penses des mĂ©nages. Ă€ titre d’exemple, l’accès accru Ă  des services bancaires en français faciliterait la comprĂ©hension des produits et des contrats, rĂ©duirait les risques d’erreurs et renforcerait la confiance envers les entreprises.

Les avantages pour les travailleurs (125,3 M$, actualisĂ©s) se traduiraient par un meilleur accès Ă  la supervision, aux outils et aux communications internes en français au sein des EPCF. Cette amĂ©lioration contribuerait Ă  rĂ©duire les malentendus, Ă  accroĂ®tre la productivitĂ© et Ă  favoriser un environnement de travail plus inclusif. La rĂ©glementation pourrait Ă©galement Ă©largir les perspectives d’emploi pour les chercheurs d’emploi francophones, notamment dans les rĂ©gions hors QuĂ©bec.

Les avantages pour les employeurs (94,6 M$, actualisĂ©s) se traduiraient par une clarification des obligations linguistiques, ce qui faciliterait la conformitĂ© avec la Loi. L’amĂ©lioration de la communication interne et la rĂ©duction des erreurs liĂ©es Ă  la langue pourraient accroĂ®tre l’efficacitĂ© opĂ©rationnelle. Par ailleurs, la capacitĂ© Ă  offrir un environnement de travail bilingue rendrait les EPCF plus attrayantes auprès d’un bassin plus large de talents.

Les avantages collectifs (29,4 M$, actualisĂ©s) reposeraient sur la contribution de la rĂ©glementation Ă  la prĂ©servation et Ă  la promotion du français au Canada. En complĂ©ment des politiques provinciales, municipales et scolaires, le rĂ©gime renforcerait la prĂ©sence du français dans le secteur privĂ© sous rĂ©glementation fĂ©dĂ©rale, soutenant ainsi la vitalitĂ© des communautĂ©s francophones Ă  l’échelle du pays.

Au total, ces retombĂ©es se traduiraient par des avantages Ă©conomiques tangibles pour l’ensemble des parties prenantes. Les avantages monĂ©tarisĂ©s sont estimĂ©s Ă  une moyenne annualisĂ©e de 43,3 millions de dollars, soit 303,9 millions en dollars constants de 2024, actualisĂ©s Ă  l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence 2027 avec un taux de 7 %. Cette estimation tient compte du fait que le règlement s’appliquerait d’abord au QuĂ©bec dès 2027, puis dans les RFPF Ă  partir de 2029.

Coûts

La mise en œuvre de la réglementation entraînerait des coûts pour les EPCF ainsi que pour le gouvernement fédéral en raison des efforts requis pour atteindre la conformité avec les obligations linguistiques prévues par le règlement (formation linguistique, traduction, affichage, gouvernance interne, gestion des plaintes, etc.).

Du cĂ´tĂ© des entreprises, la formation linguistique constitue leur principal poste de dĂ©pense, avec une estimation de 125,2 M$ (actualisĂ©s). Elle vise Ă  garantir le droit Ă  la supervision en français (113,8 M$, actualisĂ©s) et Ă  amĂ©liorer les services aux consommateurs (11,4 M$, actualisĂ©s). Environ 1 938 gestionnaires devraient suivre une formation initiale ou une formation de maintien des acquis, ce qui entraĂ®nerait une perte de productivitĂ© temporaire. Toutefois, les entreprises pourraient recourir Ă  des stratĂ©gies de rechange, comme le recrutement ciblĂ© de personnel bilingue ou l’utilisation de technologies de traduction.

Les coĂ»ts liĂ©s au transport de passagers sont estimĂ©s Ă  4,8 M$ (actualisĂ©s). Ce montant ne reprĂ©sente pas des coĂ»ts opĂ©rationnels directs, mais plutĂ´t une estimation des ressources nĂ©cessaires pour assurer un service linguistique adĂ©quat Ă  bord : recrutement ou affectation de personnel bilingue, adaptation des procĂ©dures de service Ă  bord, intĂ©gration de pratiques linguistiques dans les opĂ©rations, etc.

Les coĂ»ts de traduction sont estimĂ©s Ă  55,7 M$ (actualisĂ©s), qui seront principalement dĂ©pensĂ©s durant la première moitiĂ© de la pĂ©riode d’analyse. Ces frais couvrent la traduction des communications internes et externes ainsi que l’adaptation des outils et documents de travail. Ils pourraient diminuer Ă  moyen terme grâce Ă  l’adoption d’outils d’intelligence artificielle et de postĂ©dition.

Les coĂ»ts d’affichage sont Ă©valuĂ©s Ă  2,6 M$ (actualisĂ©s), principalement dans les RFPF. Ils permettront d’ajouter des Ă©lĂ©ments en français sur les affiches permanentes, sans devoir remplacer celles-ci.

Les coĂ»ts liĂ©s Ă  la gouvernance linguistique incluent la crĂ©ation de comitĂ©s de promotion du français (3,9 M$, actualisĂ©s), la prĂ©paration d’états de la situation linguistique au QuĂ©bec, la rĂ©daction de rapports (annuels par dĂ©faut au QuĂ©bec, triennaux pour les comitĂ©s dĂ©tenant un certificat de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français ou situĂ©s uniquement en RFPF) et les communications internes standardisĂ©es (0,4 M$, actualisĂ©), et la divulgation aux employĂ©s (0,1 M$, actualisĂ©). Les frais administratifs associĂ©s Ă  la transmission annuelle d’informations au gouvernement et Ă  l’émission d’attestations et de certificats sont estimĂ©s Ă  1,9 M$ (actualisĂ©s).

En ce qui concerne les coĂ»ts pour le gouvernement fĂ©dĂ©ral, PCH jouerait un rĂ´le central dans la mise en Ĺ“uvre du règlement, notamment en matière de promotion, d’interprĂ©tation et d’encadrement des nouvelles obligations linguistiques. Sur la pĂ©riode 2027-2036, les coĂ»ts pour le Ministère sont estimĂ©s Ă  9,3 M$ (actualisĂ©s), ce qui inclut la prĂ©paration d’outils de sensibilisation, le traitement des demandes d’interprĂ©tation du règlement, la gestion des exemptions, la publication d’une liste des entreprises assujetties et la gestion du processus de certification au QuĂ©bec.

Le CLO s’occuperait de la gestion des plaintes liĂ©es aux nouveaux droits linguistiques. Sur dix ans, les coĂ»ts totaux pour l’organisme sont estimĂ©s Ă  27,5 M$ (actualisĂ©s) en comptant les coĂ»ts fixes de mise en Ĺ“uvre, les coĂ»ts variables liĂ©s au traitement des plaintes, et les coĂ»ts de fonctionnement et de structure, y compris la conception d’un outil numĂ©rique, la formation, la promotion et la gestion des litiges.

Le CCRI, appuyĂ© par le Service canadien d’appui aux tribunaux administratifs, recevrait du CLO les plaintes en matière de langue de travail si la nature, la complexitĂ© ou la gravitĂ© de l’infraction le justifie (Ă  condition que le plaignant ait donnĂ© son consentement). Le CCRI prĂ©voit un volume de 29 Ă  36 plaintes par an Ă  partir de la troisième annĂ©e. L’estimation des coĂ»ts est de 1,08 M$ par an, pour les deux premières annĂ©es et 2,19 M$ par an, en continu, Ă  partir de 2029. Sur dix ans, les coĂ»ts totaux pour le CCRI sont estimĂ©s Ă  11,7 M$ (actualisĂ©s).

Les coĂ»ts totaux pour les trois entitĂ©s gouvernementales sont estimĂ©s Ă  48,5 M$ (actualisĂ©s) pour la pĂ©riode de dix ans. Ces estimations prudentes seront rĂ©visĂ©es Ă  mesure que le rĂ©gime entrera en vigueur. Elles tiennent compte des ajustements budgĂ©taires anticipĂ©s au sein de Patrimoine canadien, du CLO et du CCRI.

Au total, sur dix ans (2027-2036), les coĂ»ts totaux pour les entreprises et le gouvernement sont estimĂ©s Ă  243 M$ en valeur actualisĂ©e, soit une moyenne annualisĂ©e de 34,6 M$ (en dollars constants de 2024, actualisĂ©s Ă  l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence 2027 avec un taux de 7 %). Ces estimations tiennent compte du fait que le règlement s’appliquerait d’abord au QuĂ©bec dès 2027, puis dans les RFPF Ă  partir de 2029.

Énoncé des coûts et avantages
Tableau 1: Avantages monétarisés (en millions de dollars)
Intervenants touchés Description des avantages 2027 2029 2036 Total (valeur actualisée) Valeur annualisée
Consommateurs Service en français 2,3 11,2 11,2 54,6 7,8
Travailleurs Travail en français 0,0 27,5 27,5 125,3 17,8
Employeurs Image de marque, fidélisation 8,9 17,7 17,7 94,6 13,5
Collectifs Cohésion sociale, valeur culturelle 2,8 5,5 5,5 29,4 4,2
Tous les intervenants Total des avantages 13,9 61,9 61,9 303,9 43,3
Tableau 2 : CoĂ»ts monĂ©tarisĂ©s (en millions de dollars)
Intervenants touchés Description des coûts 2027 2029 2036 Total (valeur actualisée) Valeur annualisée
EPCF Formation linguistique 50,3 50,3 2,6 125,2 17,8
Transport de passagers 0,5 0,9 0,9 4,8 0,7
Traduction 11,8 9,5 7,2 55,7 7,9
Affichage 0,0 3,6 0,0 2,6 0,4
Promotion du français 0,6 0,8 0,8 4,4 0,6
Administration 0,2 0,5 0,4 1,9 0,3
Gouvernement PCH, CLO et CCRI 4,7 8,3 9,1 48,5 6,9
Tous les intervenants Total des coûts 68,1 73,8 20,9 243,0 34,6
Tableau 3 : RĂ©sumĂ© des avantages et coĂ»ts monĂ©tarisĂ©s (en millions de dollars)
Impacts 2027 2029 2036 Total (valeur actualisée) Valeur annualisée
Avantages totaux 13,9 61,9 61,9 303,9 43,3
Coûts totaux 68,1 73,8 20,9 243,0 34,6
Impacts nets - 54,2 - 11,9 41,0 60,9 8,7
Impacts positifs
Impacts négatifs
Analyse de répartition

Conformément à l’objet de la LUFEP, qui vise à promouvoir et protéger l’usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale situées au Québec et dans les RFPF, l’analyse de répartition des coûts du règlement reflète une approche différenciée selon les réalités linguistiques régionales.

Au QuĂ©bec, oĂą la grande majoritĂ© des consommateurs (94 %) et des travailleurs (95 %) maĂ®trisent dĂ©jĂ  le français, les mesures prĂ©vues par le règlement visent principalement Ă  consolider les acquis. Les obligations en matière de langue de travail et de services aux consommateurs y sont dĂ©jĂ  largement respectĂ©es, ce qui limite les coĂ»ts de mise en conformitĂ© Ă  un montant marginal.

Dans les RFPF, la situation est diffĂ©rente. Selon la rĂ©glementation, environ 28 % des 2,1 millions de rĂ©sidents pourraient exercer leur droit de recevoir des services en français (demande potentielle en français), comme prĂ©vu Ă  l’article 7 de la LUFEP. Parmi eux, on compte environ 65 000 francophones unilingues, pour qui l’accès Ă  des services en français est essentiel. Toutefois, seuls 39 % des employĂ©s en contact avec la clientèle dans les Ă©tablissements visĂ©s sont actuellement en mesure de rĂ©pondre Ă  cette demande.

Pour combler l’écart, la majoritĂ© des investissements — soit près de 60 % des coĂ»ts de conformitĂ© estimĂ©s Ă  125,2 M$ sur dix ans — seront consacrĂ©s Ă  la formation linguistique afin de respecter l’obligation des employeurs de permettre aux employĂ©s d’exercer leurs droits linguistiques (article 9 de la LUFEP). Ces efforts seront concentrĂ©s principalement au Nouveau-Brunswick et en Ontario, oĂą les besoins sont les plus importants et qui comptent pour environ 95 % de la demande potentielle de services en français parmi les RFPF visĂ©es par le règlement. Ainsi, l’analyse de rĂ©partition met en lumière une approche diffĂ©renciĂ©e, adaptĂ©e aux rĂ©alitĂ©s linguistiques rĂ©gionales, tout en assurant une mise en Ĺ“uvre progressive et ciblĂ©e des obligations rĂ©glementaires.

Analyse d’incertitude et de sensibilité

L’analyse des coĂ»ts repose sur des donnĂ©es provenant du Recensement de la population de 2021 de Statistique Canada et du Rapport annuel de l’employeur concernant les situations comportant des risques du Programme du travail (extraites en dĂ©but de 2024) ainsi que sur divers calculs et hypothèses Ă©laborĂ©es par PCH. Ces donnĂ©es, bien qu’elles permettent d’établir les diverses populations visĂ©es par l’exercice actuel, ne reflètent pas nĂ©cessairement la rĂ©alitĂ© prĂ©cise de chaque rĂ©gion ou entreprise au moment prĂ©sent.

L’analyse d’incertitude et de sensibilitĂ© vise Ă  Ă©valuer la robustesse des rĂ©sultats de l’analyse coĂ»ts-avantages face aux incertitudes entourant certaines hypothèses clĂ©s. Elle repose sur trois approches complĂ©mentaires : l’examen des scĂ©narios combinĂ©s (optimiste et pessimiste), l’analyse de sensibilitĂ© univariĂ©e et la simulation probabiliste (Monte Carlo). Ces mĂ©thodes permettent de mesurer l’impact des variations des paramètres sur les rĂ©sultats et d’identifier les variables les plus dĂ©terminantes.

Les variables testĂ©es couvrent plusieurs dimensions : les paramètres financiers, tels que le taux d’actualisation (3 %, 7 % et 10 %) et la croissance des EPCF; les hypothèses comportementales, comme la disposition Ă  payer des consommateurs et la frĂ©quence des interactions; les prĂ©fĂ©rences des travailleurs, notamment la disposition Ă  accepter; ainsi que des paramètres opĂ©rationnels propres au transport de passagers, incluant les coĂ»ts unitaires par vol et les niveaux de bilinguisme.

Les résultats montrent que le taux d’actualisation et la disposition à payer des consommateurs sont les variables ayant la plus grande influence sur les résultats. Toutefois, même dans le scénario pessimiste, les avantages demeurent significatifs, ce qui confirme la robustesse globale de l’analyse. Enfin, des mesures d’atténuation sont proposées, telles que la flexibilité dans la mise en œuvre et le recours à des outils technologiques, afin de réduire les risques liés aux hypothèses incertaines.

De plus, les variables linguistiques, bien qu’alignées sur les paramètres du règlement, restent des approximations pour évaluer la maîtrise du français et les besoins en formation linguistique des employés et des gestionnaires. De ce fait, les estimations des coûts de formation, bien que raisonnables, pourraient varier en fonction des modalités d’apprentissage, des ressources disponibles et des contraintes organisationnelles.

Pour les coûts de traduction, malgré les efforts déployés par PCH, il n’a pas été possible d’établir un scénario de référence précis. L’analyse repose donc sur une approche hypothétique, ce qui crée une incertitude importante. Néanmoins, les hypothèses utilisées visent à refléter un scénario réaliste, même si certaines fluctuations sont attendues dans l’application réelle des exigences.

Enfin, l’approche adoptée pour cette analyse se veut conservatrice, privilégiant une surestimation du nombre d’entreprises assujetties au règlement, en particulier au Québec, où davantage d’entreprises pourraient déjà être en conformité avec la CLF au moment de l’entrée en vigueur du nouveau régime. Cette approche vise à ce que les estimations tiennent compte d’un scénario de conformité maximale, limitant ainsi le risque de sous-estimation.

Lentille des petites entreprises

Lors du processus de dĂ©veloppement rĂ©glementaire, PCH a envisagĂ© l’exclusion des petites entreprises, selon la dĂ©finition du SecrĂ©tariat du Conseil du TrĂ©sor du Canada (moins de 100 employĂ©s ou revenus bruts annuels infĂ©rieurs Ă  5 millions de dollars), afin de ne pas imposer un fardeau de coĂ»ts de conformitĂ© trop important pour les petites entreprises. Ce choix a Ă©tĂ© confirmĂ© lors des consultations rĂ©glementaires (voir sections « Consultations Â» et « Justification Â»). En consĂ©quence, aucune EPCF situĂ©e dans les RFPF et comptant moins de 100 employĂ©s au Canada ne sera assujettie aux exigences du rĂ©gime de la LUFEP dans ces rĂ©gions.

Au QuĂ©bec, sur les 305 EPCF comptant entre 25 et 100 employĂ©s, 110 d’entre elles (36 %) sont dĂ©jĂ  assujetties au rĂ©gime provincial quĂ©bĂ©cois (comparativement Ă  68 % des moyennes et grandes EPCF au QuĂ©bec). Pour ces dernières, le seul coĂ»t reliĂ© au règlement serait « l’avis au ministre par Ă©crit que l’EPCF au QuĂ©bec se retire du rĂ©gime fĂ©dĂ©ral Â». Pour les 195 EPCF au QuĂ©bec n’ayant pas de certificat de francisation de la CLF, prĂ©sumĂ©es s’assujettir au rĂ©gime fĂ©dĂ©ral aux fins de l’analyse, l’analyse rĂ©glementaire a dĂ©montrĂ© que, compte tenu de la composition dĂ©mographique et linguistique spĂ©cifique de la province, très peu de ces entreprises devraient engager des coĂ»ts significatifs liĂ©s Ă  la formation linguistique ou Ă  la traduction (les deux catĂ©gories de coĂ»ts les plus importants pour l’industrie). Toutefois, il est reconnu que certaines entreprises pourraient tout de mĂŞme ĂŞtre affectĂ©es par ces exigences.

Au total, les avantages actualisĂ©s pour les petites entreprises au QuĂ©bec sur 10 ans sont estimĂ©s Ă  12,3 millions de dollars, soit une valeur annualisĂ©e de 1,78 million de dollars. Ces retombĂ©es contribuent Ă  attĂ©nuer les coĂ»ts de conformitĂ© et Ă  renforcer la performance organisationnelle des petites entreprises. Les coĂ»ts actualisĂ©s pour les petites entreprises au QuĂ©bec sont estimĂ©s Ă  5,4 millions de dollars sur une pĂ©riode de 10 ans. De ce total, 4,8 millions de dollars seraient attribuĂ©s aux coĂ»ts liĂ©s Ă  la formation linguistique et Ă  la traduction, et 0,6 million de dollars couvriraient les coĂ»ts administratifs et les activitĂ©s de promotion du français. Ces coĂ»ts demeureraient concentrĂ©s dans un sous-ensemble limitĂ© d’entreprises et seraient infĂ©rieurs Ă  ceux qui auraient Ă©tĂ© engendrĂ©s si les petites EPCF des RFPF avaient Ă©tĂ© incluses dans le rĂ©gime. Ainsi, les petites entreprises ne seraient pas affectĂ©es de manière disproportionnĂ©e par le projet de règlement. En tenant compte des coĂ»ts estimĂ©s Ă  4,8 M$ et des avantages estimĂ©s Ă  12,3 M$, les rĂ©percussions nettes pour les petites entreprises seraient positives, avec un gain net de 7,5 M$ sur 10 ans. Cela reprĂ©senterait une valeur annualisĂ©e de 0,68 M$, soit environ 17 959 $ par entreprise sur la pĂ©riode, ou 2 776 $ par annĂ©e.

Résumé de la lentille des petites entreprises
Tableau 4 : Avantages (en millions de dollars)
Administration ou conformité Description de l’avantage Valeur actualisée Valeur annualisée
Administration Clarification des obligations, réduction des incertitudes 0,2 0,03
Conformité Meilleure image, attractivité RH, inclusion linguistique 4,5 0,7
Stress éliminé, meilleure compréhension, inclusion 7,6 1,1
Total Avantages totaux 12,3 1,8
Tableau 5 : CoĂ»ts (en millions de dollars)
Administration ou conformité Description du coût Valeur actualisée Valeur annualisée
Administration Coûts administratifs 0,4 0,1
Conformité Formation linguistique 1,1 0,2
Traduction 3,7 0,5
Autres coûts de conformité 0,2 0,0
Total Coûts totaux 5,4 0,8
Tableau 6 : RĂ©percussions nettes
Montant Valeur actualisée Valeur annualisée
Répercussions nettes sur toutes les petites entreprises touchées 6,9 M$ 0,98 M$
RĂ©percussions nettes moyennes sur chaque petite entreprise touchĂ©e 22 623 $ 3 279 $

Règle du « un pour un Â»

ConformĂ©ment Ă  la Politique sur la limitation du fardeau rĂ©glementaire sur les entreprises, la règle du « un pour un Â» s’applique, car le nouveau règlement entraĂ®nerait une augmentation du fardeau administratif pour les EPCF. Le Règlement sur la rĂ©duction de la paperasse prĂ©cise que la dĂ©claration en dĂ©tail du fardeau administratif doit inclure les coĂ»ts engagĂ©s au cours des 10 premières annĂ©es suivant l’entrĂ©e en vigueur d’un règlement. Par consĂ©quent, le fardeau administratif associĂ© au nouveau règlement inclut les coĂ»ts projetĂ©s entre 2027 et 2036.

Cela signifie qu’en ce qui concerne le fardeau administratif, seuls les coûts associés à l’adaptation initiale aux exigences réglementaires et à la préparation des divulgations annuelles et rapports triennaux entre 2027 et 2036 sont pris en compte. Les obligations administratives incluent notamment la soumission de formulaires de divulgation consolidés et, pour certaines entreprises, la production d’un rapport triennal sur les activités des comités de promotion du français.

En vertu de l’élĂ©ment A de la règle du « un pour un Â», il est estimĂ© que le projet de règlement entraĂ®nerait une augmentation annualisĂ©e du fardeau administratif de 86 567 $, ou 128,06 $ par entreprise, en dollars constants de 2012 et actualisĂ©s jusqu’à l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence 2012 au moyen d’un taux d’actualisation de 7 %.

Le tableau 7 ci-dessous présente le sommaire du fardeau réglementaire sur les entreprises.

Tableau 7 : Fardeau rĂ©glementaire sur les entreprises
Exigence administrative Nombre d’entreprises Temps requis (h/an) Salaire moyen (avec charges) Coût total annualisé
Avis au ministre : retrait du rĂ©gime fĂ©dĂ©ral (QuĂ©bec) 252 1 h 31,04 $ 407 $
Familiarisation au rĂ©gime – petites EPCF (QuĂ©bec) 195 1 h 52,64 $ 700 $
Familiarisation au rĂ©gime – moyennes et grandes EPCF (QuĂ©bec) 66 4 h 52,64 $ 779 $
Familiarisation au rĂ©gime – EPCF assujetties (RFPF) 168 5 h 52,64 $ 1 880 $
Rapport triennal des comitĂ©s de promotion du français au QuĂ©bec (avec certificat) 36 6 h 52,64 $ 3 954 $
Programme de gĂ©nĂ©ralisation (1ère annĂ©e) 168 16 h 52,64 $ 4 325 $
Fournir renseignements - petites EPCF assujetties au QuĂ©bec 214 1 h 52,64 $ 5 102 $
Fournir renseignements - moyennes et grandes EPCF assujetties au QuĂ©bec 72 4 h 52,64 $ 5 681 $
Fournir renseignements - EPCF assujetties au QuĂ©bec (administration centrale) 72 4 h 61,80 $ 6 189 $
Programme de gĂ©nĂ©ralisation (en continu) 179 4 h 52,64 $ 7 185 $
Fournir renseignements - EPCF assujetties en RFPF (administration centrale) 179 4 h 61,80 $ 11 474 $
Rapport annuel des comitĂ©s de promotion du français au QuĂ©bec (sans certificat) 36 18 h 52,64 $ 11 863 $
Fournir renseignements - EPCF assujetties en RFPF (par lieu de travail) 179 5 h 52,64 $ 12 365 $
Rapport triennal des comitĂ©s de promotion du français en RFPF 179 6 h 52,64 $ 14 662 $

Coopération et harmonisation en matière de réglementation

Le Québec réglemente depuis longtemps la langue dans les services aux consommateurs et la langue de travail dans le secteur privé. Le régime fédéral s’est inspiré du régime québécois et s’en rapproche à bien des égards sans y être identique. En termes de similarité, les deux lois offrent le droit aux consommateurs de se faire servir en français, mais aussi le droit aux travailleurs d’exercer leur activité en français et de disposer d’outils de travail en français. Au niveau du projet de règlement même, celui-ci proposerait d’exempter certaines entreprises à vocation internationale, à vocation de recherche scientifique comme le fait la CLF au Québec. Le projet de règlement de la LUFEP encadrerait ces exemptions et préciserait leurs modalités.

Une différence majeure réside dans le fait que le CLO, qui recevra les plaintes, est un organe du Parlement du Canada, indépendant du gouvernement fédéral, alors qu’au Québec l’OQLF opère sous la tutelle d’un ministre. Cependant, le ministre du Patrimoine canadien est chargé de l’application de la loi fédérale tout comme le ministre de la Langue française du Québec joue un rôle important dans l’application du régime de la CLF.

La LUFEP permet la signature d’un accord par le ministre du Patrimoine canadien avec le gouvernement du Québec pour assurer une meilleure harmonisation administrative quant à l’exercice du choix de régime par les EPCF au Québec. Un tel accord aiderait à détailler les paramètres techniques qui facilitent l’harmonisation administrative et la coopération entre les deux gouvernements. La LUFEP et son règlement pourront toutefois fonctionner sans un tel accord.

Obligations internationales

En matière d’harmonisation internationale, le Canada ferait partie, avec l’entrée en vigueur de la LUFEP, d’une courte liste de pays qui disposent d’un régime linguistique en matière d’offre de services du secteur privé. Certains gouvernements (à différents paliers de gouvernance) encouragent leur secteur privé à offrir leur service dans plus d’une langue, notamment en Belgique, en Finlande, en Suisse ou encore en Espagne.

La particularité du régime canadien est que le régime de la LUFEP obligerait les entreprises concernées à offrir leurs services en français, mais aussi d’offrir des droits importants en matière de langue de travail (supervision, contrats de travail, outils de travail).

Le transport de passagers à l’international étant exclu du champ d’application du projet de règlement, aucune obligation internationale ne serait affectée.

Effets sur l’environnement

Conformément à la Directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale et économique stratégique, un examen préliminaire a permis de conclure qu’aucune évaluation environnementale et économique stratégique n’est requise.

Analyse comparative entre les sexes plus

Identification des enjeux

Le tableau suivant prĂ©sente le pourcentage d’employĂ©s qui ont une connaissance « au moins du français Â» selon les types d’industries des EPCF et en fonction du genre.

Tableau 8 : Pourcentage d’employĂ©s qui ont une connaissance « au moins du français Â»rĂ©fĂ©rence 18 selon les diffĂ©rents types d’industrie des EPCF et en fonction du genre
Type d’industrie Québec RFPF
Homme Femme Homme Femme
 % pop. tot. EPCF  % connaissance au moins du français  % pop. tot EPCF  % connaissance au moins du français  % pop. tot EPCF  % connaissance au moins du français  % pop. tot EPCF  % connaissance au moins du français
Alimentation animale, cĂ©rĂ©ales et grains 3,9 % 85,8 % 3,6 % 85,5 % 2,5 % 35,5 % 1,8 % 30,9 %
Banques 10,2 % 96,4 % 28,7 % 98,0 % 9,9 % 44,9 % 32,0 % 45,7 %
NuclĂ©aire et extraction de minerais et combustibles fossiles 27,8 % 94,7 % 30,1 % 95,0 % 32,4 % 41,5 % 18,4 % 42,1 %
Services postaux et pipelines 6,6 % 90,1 % 6,4 % 93,5 % 8,9 % 36,1 % 16,4 % 40,6 %
TĂ©lĂ©communications 9,3 % 96,5 % 9,4 % 96,0 % 6,0 % 41,2 % 9,0 % 39,5 %
Transport aĂ©rien 5,8 % 91,8 % 6,5 % 93,4 % 5,5 % 44,9 % 8,3 % 45,4 %
Transport ferroviaire 2,2 % 92,5 % 1,0 % 89,7 % 2,3 % 39,3 % 0,9 % 44,1 %
Transport maritime 2,1 % 96,5 % 0,9 % 88,9 % 1,4 % 38,5 % 0,6 % 28,6 %
Transport routier 32,2 % 93,5 % 13,4 % 95,1 % 31,1 % 34,9 % 12,5 % 34,7 %
Total des industries EPCF sur l’ensemble des industries 13, 4 % (moyenne) 92,6 % 7,8 % (moyenne) 92,8 % 18,6 % (moyenne) 39,6 % 4,7 % (moyenne) 39,1 %
Genre

Le projet de règlement renforce les mesures législatives de la LUFEP de protéger l’usage du français au sein des EPCF au Québec et dans les RFPF. Le genre (l’identité ou l’expression de) n’est pas considéré comme un facteur identitaire d’influence auprès des bénéficiaires (employés et consommateurs) de ce projet de règlement. La composition des secteurs d’activité par genre révèle toutefois des constats d’intérêt. Selon l’angle abordé, une attention particulière pourrait être apportée si les groupes ciblés sont des hommes ou des femmes. Par exemple, la main-d’œuvre des EPCF comporte une proportion plus élevée d’hommes, que ce soit au Québec ou dans les RFPF, et celle-ci est concentrée dans l’ensemble des secteurs des transports, en particulier ceux routier, ferroviaire et maritime. Toutefois, bien que moins nombreuses en effectif au sein des EPCF, les femmes y ont une connaissance du français légèrement plus élevée que celle des hommes dans certains secteurs avec une prépondérance au service à la clientèle, en particulier dans le secteur bancaire qu’elles dominent. Dans d’autres secteurs, par contre, comme celui des télécommunications, cette connaissance est inférieure dans les RFPF.

Identité autochtone

Dans les RFPF, la proportion de Canadiens s’identifiant comme personne autochtone est environ le double de celle du Québec, s’approchant de la moyenne nationale. Ces populations pourraient être disproportionnellement affectées par le règlement de la LUFEP. Cependant, la connaissance du français auprès de l’ensemble des populations des RFPF est la même en pourcentage. Mais c’est lorsqu’on regarde les statistiques par groupe autochtone, que ce soit au Québec ou dans les RFPF, que l’on note que les Inuits sont ceux qui possèdent, et de loin, la moins bonne connaissance du français, comparativement aux Premières Nations, aux Métis et aux Autochtones d’origines autres. Ainsi, tout effort en la matière devra considérer cette situation, bien que la plupart des EPCF des territoires autochtones devraient être exclues ou exemptées du règlement.

Impacts positifs sur les populations francophones et francophiles
Unilingues francophones

Que ce soit au Québec ou dans les RFPF, le projet de règlement viendrait favoriser les populations unilingues francophones, qui sont plus âgées, en moyenne, que la population générale. Il viendrait opérationnaliser les droits, prévus par la LUFEP, à un service en français dans des régions hors Québec où le service en français est typiquement au bon vouloir de l’entreprise concernée. De plus, il établirait un droit d’exercer son activité professionnelle en français et permettrait d’obliger l’entreprise à superviser et à outiller l’employé francophone dans sa langue. Ceci s’appliquerait également aux populations immigrantes qui maîtrisent le français et une autre langue que le français

Bilingues/multilingues

Il est indéniable que le projet de règlement aurait un impact positif sur l’employabilité des employés déjà bilingues (français/anglais), puisque leur compétence professionnelle en langue devient un atout important pour les dirigeants des entreprises. La maîtrise de la langue française est rarement une compétence requise en dehors du Québec, au mieux, elle est considérée comme un atout. Dans le cadre du projet de règlement, elle deviendrait une compétence professionnelle à part entière pour les postes concernés.

Occasions d’apprentissage

La LUFEP et le projet de règlement prévoiraient que les employeurs auraient à former des comités de promotion de la langue française qui auraient pour mandat de généraliser l’usage du français au sein de l’entreprise. Ces initiatives représentent des occasions pour les entreprises et leurs employés de participer à des activités d’apprentissage et de perfectionnement de la maîtrise de la langue française.

Impacts sur les populations parlant une autre langue que le français et mesures d’atténuation

La LUFEP et son règlement permettent l’usage de l’anglais ou d’autres langues que le français si les consommateurs le souhaitent et que l’EPCF est apte à le faire.

Pour la langue de travail, les droits prévus pour les francophones n’empêchent pas de communiquer et de fournir de la documentation (contrat individuel de travail, sentence arbitrale, communication avec le syndicat) également en anglais ou dans toute autre langue autre que le français, pourvu que l’usage du français dans toute communication à large diffusion soit au moins équivalent à celui de la langue autre que le français.

Est également interdit tout traitement défavorable à l’égard d’un employé au seul motif qu’il n’a pas une connaissance suffisante du français, si l’employé occupe son poste au moment de l’entrée en vigueur de cette disposition.

Les EPCF doivent tenir compte des besoins des employés qui sont près de la retraite, qui ont un grand nombre d’années de service ou qui présentent une condition pouvant nuire à l’apprentissage du français.

Le projet de règlement précise enfin que les EPCF veillent à ce que l’usage du français dans les documents destinés aux consommateurs au Québec, s’ils sont disponibles en anglais ou dans toute autre langue que le français, soit au moins équivalent à l’usage de la langue autre que le français.

Ainsi, de ce point de vue, le projet de règlement est neutre par rapport à l’usage d’autres langues.

Lors des consultations, PCH a entendu que les petites entreprises pourraient avoir du mal Ă  mettre en Ĺ“uvre le droit des employĂ©s d’exercer leur activitĂ© professionnelle en français sans procĂ©der Ă  des ajustements en ressources humaines. Le projet de règlement fixerait donc la taille des entreprises concernĂ©es Ă  25 employĂ©s minimum au QuĂ©bec et Ă  100 employĂ©s minimum dans l’ensemble du Canada pour les RFPF. Ces seuils permettraient aux entreprises de disposer d’une taille suffisante pour organiser et mettre en Ĺ“uvre les obligations de service et de langue de travail sans coĂ»ts supplĂ©mentaires dĂ©mesurĂ©s. Nos donnĂ©es dĂ©montrent que les EPCF concernĂ©es au QuĂ©bec et dans les RFPF possèdent dĂ©jĂ  une certaine main-d’œuvre bilingue en leur sein. La liste des RFPF se fonde sur la prĂ©sence de foyers de population francophone et les taux globaux de connaissance du français au sein des EPCF concernĂ©es sont significatifs dans les rĂ©gions visĂ©es par le rĂ©gime.

Au Québec comme dans les RFPF, les exigences de connaissance d’une langue autre que le français ne constitueront pas un traitement défavorable si l’employeur peut les justifier objectivement après un examen de la situation. Au Québec, l’employeur devra également en exposer les motifs dans toute offre visant à pourvoir le poste. Il est attendu que l’usage de l’anglais demeure courant, selon les besoins, comme c’est le cas actuellement au sein des entreprises assujetties à la CLF. Toutefois, l’application de la LUFEP pourrait avoir un impact négatif dans certains cas individuels. Par exemple, les employés qui parlent une autre langue que le français et qui, à l’entrée en vigueur de la LUFEP, pourraient avoir à superviser des employés francophones. Dans certaines situations individuelles, l’apprentissage du français pourrait se montrer inenvisageable en raison de divers facteurs (handicap, difficultés d’apprentissage, âge ou autres).

La LUFEP a déjà pris en compte ces possibilités et prévoit qu’un employé en poste ne peut être traité défavorablement pour le seul motif qu’il ne maîtrise pas suffisamment le français, c’est-à-dire qu’il ne peut pas être congédié, mis à pied, rétrogradé, déplacé ou suspendu, harcelé, faire l’objet de représailles, ou mesures disciplinaires ou de toute autre sanction pour le fait qu’il ne maîtrise pas le français. De plus, la LUFEP prévoit également que, lorsque l’entreprise prend des mesures qui visent à généraliser le français, elle doit tenir compte des besoins des employés qui sont près de la retraite, ont un grand nombre d’années de service ou présentent une condition qui pourrait nuire à l’apprentissage du français. L’ébauche du texte réglementaire y précise la définition d’une condition qui pourrait nuire à l’apprentissage du français.

Au-delà de certains cas individuels, selon notre analyse, le projet de règlement ne devrait pas avoir d’impacts négatifs disproportionnés sur les employés qui ne maîtrisent pas le français pour la raison évidente que les populations francophones ne sont qu’une minorité hors Québec. De manière générale, à l’extérieur du Québec, on s’attend à ce que la langue des opérations commerciales des entreprises demeure largement inchangée et que la demande de services demeure également largement inchangée. Ainsi, la vaste majorité des postes unilingues anglais ne devrait pas être affectée. De plus, le projet de règlement comporterait certaines exemptions d’application (voir la section sur les exemptions et la section sur les traités modernes) qui viendraient atténuer davantage certains effets négatifs potentiels.

Justification

Les critères d’établissement de la liste des RFPF

La LUFEP s’applique à l’ensemble du territoire du Québec, sous réserve des exclusions et exemptions applicables. Cependant, ailleurs au pays, les RFPF doivent être définies par règlement. En se fondant sur ce que certains intervenants ont partagé lors des différentes activités de consultations, la liste des RFPF a été établie à partir de critères démographiques cherchant à capturer les régions où réside une masse suffisante de francophones pour avoir un régime viable. Le succès du régime repose sur la force de la demande potentielle de services en français, mais aussi sur la capacité de la main-d’œuvre du secteur privé de répondre à cette demande. Pour que la demande potentielle soit forte, celle-ci doit être concentrée sur le territoire. Ainsi, la liste a été établie en se fondant sur les données du Recensement de la population de 2021.

La majoritĂ© des intervenants consultĂ©s ont insistĂ© sur l’importance d’avoir une approche quantitative qui prenne en compte la vitalitĂ© des communautĂ©s et intègre certains critères qualitatifs, sans que l’un soit privilĂ©giĂ© au dĂ©triment de l’autre. En tenant compte de ceci, le projet de règlement dĂ©signerait Ă  titre de RFPF :

Cette mĂ©thode d’estimation de la demande potentielle est Ă©galement utilisĂ©e pour l’application du règlement de la partie IV de la LLO (communications et services au public), avec des seuils diffĂ©rents. La combinaison de ces trois critères permet de couvrir environ 48 % de la demande potentielle hors QuĂ©bec, tout en assurant une masse critique de demande en français dans les endroits visĂ©s par le rĂ©gime.

Notre analyse démographique approfondie démontre qu’avec ces critères proposés, les secteurs identifiés comprendraient un bassin de main-d’œuvre suffisant pour soutenir des milieux de travail en français. Les critères retenus excluraient d’autres régions métropolitaines, comme Toronto, Vancouver et Calgary, où la population francophone est trop dispersée au sein de la RMR.

Le seuil d’employés pour la définition d’une EPCF

Le projet de règlement prĂ©voirait que le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral s’appliquerait uniquement aux entreprises des RFPF qui comptent au moins 100 employĂ©s au Canada. Ce seuil est nĂ©cessaire pour ne pas imposer de fardeau indu aux petites entreprises. Cette nĂ©cessitĂ© a Ă©tĂ© clairement mise en Ă©vidence lors des consultations avec les reprĂ©sentants de ces entreprises. Cette approche permet d’attĂ©nuer les inquiĂ©tudes exprimĂ©es lors des consultations concernant les coĂ»ts de conformitĂ© de la LUFEP, dans un contexte de pĂ©nurie de main-d’œuvre et de hausse des coĂ»ts.

Au QuĂ©bec, le seuil serait fixĂ© Ă  25 employĂ©s pour tenir compte du fait que la CLF du QuĂ©bec impose aux entreprises de 25 employĂ©s et plus d’entamer une dĂ©marche de francisation et de s’inscrire auprès de l’OQLF. Cela prend en compte les observations de certains porte-parole d’organismes de promotion linguistique, qui ont soulignĂ© l’importance d’une coordination adĂ©quate entre les gouvernements fĂ©dĂ©ral et provincial pour Ă©viter toute confusion pour les entreprises lors de l’application de la LUFEP. Les entreprises de 0 Ă  24 employĂ©s sont exclues de l’application du rĂ©gime fĂ©dĂ©ral.

Les exemptions

Les exemptions concernant les entreprises appartenant aux gouvernements autochtones sont justifiées afin que le régime n’entre pas en conflit avec les traités modernes de même qu’avec les droits des peuples autochtones.

Cette exemption permet d’aligner le rĂ©gime fĂ©dĂ©ral et le rĂ©gime quĂ©bĂ©cois de la CLF comme recommandĂ© par la majoritĂ© des intervenants consultĂ©s. Il en va de mĂŞme pour l’exemption d’application pour les entreprises faisant affaire sur les « rĂ©serves indiennes Â» et les territoires de catĂ©gorie I et I-N dans la Convention de la Baie James et du Nord quĂ©bĂ©cois et la Convention du Nord-Est quĂ©bĂ©cois, ou tout autre territoire de statut juridique Ă©quivalent Ă  la suite de l’adoption d’un traitĂ© moderne ou d’un autre instrument juridique Ă©quivalent.

Le projet de règlement contiendrait également une série d’exemptions pour les entreprises dont les activités se rapportent exclusivement à la conduite d’affaires internationales, mettent en œuvre des normes ou protocoles internationaux qui nécessitent l’usage d’une autre langue ou pour la production et la distribution de biens culturels dans une autre langue que le français. Ces exemptions sont justifiées par la nature même des activités concernées et évitent un fardeau déraisonnable à ces entreprises. Des exemptions similaires se retrouvent dans le régime québécois de la CLF. Dans le domaine du transport interprovincial et international, le projet de règlement viendrait préciser que les moyens de transport ne sont pas considérés comme des lieux de travail. En ce qui a trait aux services aux consommateurs, le transport des passagers à l’international serait exclu. Cela vise à éviter une interprétation trop complexe des obligations linguistiques pour les employés travaillant à bord ou opérant des véhicules de transport interprovincial ou international, étant donné que le régime ne s’appliquerait pas de manière uniforme partout au Canada. Ceci répond également aux attentes évoquées par la plupart d’entreprises consultées, dont celles œuvrant dans le secteur des transports.

Mise en œuvre, conformité et application, et normes de service

La mise en œuvre de la LUFEP et de son règlement repose sur une complémentarité de rôles entre le ministre du Patrimoine canadien et la commissaire aux langues officielles du Canada. Tandis que Patrimoine canadien soutient les entreprises dans la compréhension et l’appropriation du cadre réglementaire, la commissaire veille au respect des droits linguistiques garantis par la LUFEP et son règlement, au moyen de ses pouvoirs d’intervention. Chacun devra mettre en place les mécanismes nécessaires à l’exercice efficace de leurs responsabilités respectives.

RĂ´le du ministre du Patrimoine canadien

Le ministre du Patrimoine canadien assume un rĂ´le central dans la mise en Ĺ“uvre, l’interprĂ©tation, la promotion et la sensibilisation entourant la LUFEP et son règlement. Le ministre est Ă©galement responsable de la gestion administrative des dĂ©clarations obligatoires des EPCF exerçant leurs activitĂ©s au QuĂ©bec, incluant leur rĂ©ception, la tenue Ă  jour et la confirmation de la rĂ©ception de ces dĂ©clarations. PCH mettra en Ĺ“uvre des mesures ciblĂ©es pour accompagner les EPCF dans leur adaptation au nouveau cadre, notamment :

En tant que principal point de contact pour les EPCF en matière d’interprétation réglementaire, PCH assurera un rôle de soutien et d’accompagnement. Ce rôle comprend aussi un volet administratif, consistant à gérer l’information sur les entreprises assujetties et à assurer les échanges d’information prévus dans le règlement avec la commissaire et le ministre de la Langue française du Québec.

Le ministre recevrait des comitĂ©s de promotion du français des EPCF une copie de l’état des lieux, qui inclut une description de ses programmes de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français, qui doivent lui ĂŞtre transmis dans les trois mois suivant leur Ă©laboration, puis tous les trois ans par la suite. Il Ă©mettrait un certificat s’il estime que les programmes gĂ©nĂ©ralisent l’usage du français par les moyens mentionnĂ©s au paragraphe 10(1.1) de la LUFEP. Si ce n’est pas le cas, il fournirait une rĂ©troaction au comitĂ©, qui devra figurer dans le premier rapport annuel de ce dernier, ainsi que les motifs de refus du certificat.

Dans un tel scénario, le comité mettra à jour ses programmes et soumettra un nouveau document dans l’année qui suivra.

Le ministre pourrait également publier sur un site Web du gouvernement du Canada une liste des entreprises dont le comité de promotion du français détient un certificat de généralisation de l’usage du français.

Le ministre rendra également compte annuellement au Parlement des mesures mises en œuvre et des progrès réalisés, conformément à l’exigence législative lui imposant de déposer un rapport annuel au Parlement sur les questions de langues officielles relevant de son mandat. Ces rapports annuels pourront notamment inclure des données agrégées issues des déclarations reçues, afin de documenter la présence et l’évolution des entreprises de compétence fédérale actives au Québec.

À plus long terme, PCH analysera les enjeux d’interprétation et d’application relevés au fil du temps, afin de calibrer son soutien et appui aux besoins des entreprises et d’éclairer l’examen réglementaire prévu dix ans après l’entrée en vigueur du règlement, et de recommander, au besoin, des ajustements. Cette analyse s’appuiera également sur les données recueillies par le biais des déclarations obligatoires des EPCF et sur les échanges d’information avec la commissaire et le gouvernement du Québec.

RĂ´le de la commissaire aux langues officielles du Canada

La commissaire aura la responsabilitĂ© d’assurer la conformitĂ© Ă  la LUFEP dès son entrĂ©e en vigueur au QuĂ©bec, puis deux ans plus tard dans les RFPF. Le traitement des plaintes constituera une composante essentielle du mandat de la commissaire en vertu de la LUFEP. Le ministre du Patrimoine canadien disposerait de l’autoritĂ© rĂ©glementaire de transmettre Ă  la commissaire la liste des entreprises qui sont dĂ»ment inscrites au rĂ©gime fĂ©dĂ©ral. Grâce Ă  cette liste, la commissaire disposera d’une information complète et Ă  jour sur les entreprises assujetties au rĂ©gime fĂ©dĂ©ral, ce qui lui permettra de mieux cibler ses interventions, ainsi que ses activitĂ©s de conformitĂ© et de surveillance. La commissaire pourra :

Ainsi, les plaintes recevables ou les situations faisant l’objet d’une intervention par la commissaire pourront, selon le contexte, donner lieu Ă  une enquĂŞte avec ou sans recommandations. Le traitement d’une plainte impliquera plusieurs Ă©tapes par les employĂ©s du CLO, incluant :

Il est important de noter que certains des nouveaux pouvoirs de la commissaire prévus par la Loi sur les langues officielles, dont ceux relatifs aux ententes de conformité ou aux ordonnances, ne s’appliqueront à la LUFEP au Québec qu’à la suite d’un décret pris par le gouvernement fédéral.

La commissaire pourra également mener, à sa discrétion, des activités de promotion et de sensibilisation visant à renforcer la conformité à la LUFEP. Toutefois, en ce qui concerne la langue de travail, ces activités seront restreintes aux situations où des plaintes auront été déposées.

Enfin, la commissaire devra aussi adapter son organisation pour exercer ces nouvelles responsabilitĂ©s. Cela comprendra :

Conseil canadien des relations industrielles (CCRI)

Le règlement de la LUFEP n’inclura pas de dispositions traitant du rôle du CCRI, qui relève d’un pouvoir habilitant distinct n’étant pas exercé dans ce cadre réglementaire. Toutefois, il convient de souligner que la LUFEP tient compte de la complémentarité des rôles entre les deux entités et qu’elle prévoit à ce titre que la commissaire pourra transférer au CCRI, sous certaines conditions, certaines plaintes liées à la langue de travail qui nécessitent une expertise particulière ou une intervention approfondie. Le rôle que joue le CCRI, qui détient une expertise ciblée, est donc un rôle complémentaire à celui de la commissaire.

Personne-ressource

Richard Léger
Directeur
Direction des règlements en langues officielles
Direction générale des langues officielles
Ministère du Patrimoine canadien
200, boulevard Sacré-Cœur
Gatineau (Québec)
J8X 4C6
Courriel : ReglementsLO-OLRegulations@pch.gc.ca
TĂ©lĂ©phone : 873‑455‑2685

PROJET DE RÉGLEMENTATION

Avis est donnĂ©, conformĂ©ment au paragraphe 36(1) de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale rĂ©fĂ©rence a, que la gouverneure en conseil, en vertu du paragraphe 33(1) de cette loi, se propose de prendre le Règlement sur l’usage du français au sein des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale, ci-après.

Les intĂ©ressĂ©s peuvent prĂ©senter leurs observations au sujet du projet de règlement dans les trente jours suivant la date de publication du prĂ©sent avis, seuls les jours oĂą siègent les deux chambres du Parlement Ă©tant pris en compte. Ils sont fortement encouragĂ©s Ă  le faire au moyen de l’outil en ligne disponible Ă  cet effet sur le site Web de la Gazette du Canada. S’ils choisissent plutĂ´t de prĂ©senter leurs observations par courriel, par la poste ou par tout autre moyen, ils sont priĂ©s d’y citer la Partie I de la Gazette du Canada, ainsi que la date de publication du prĂ©sent avis, et d’envoyer le tout Ă  Richard LĂ©ger, directeur, Direction des règlements en langues officielles, Direction gĂ©nĂ©rale des langues officielles, ministère du Patrimoine canadien, 200, boulevard SacrĂ©-CĹ“ur, Gatineau (QuĂ©bec) J8X 4C6 (courriel : ReglementsLO-OLRegulations@pch.gc.ca).

Veuillez noter que toutes les observations, y compris les pièces jointes, seront publiées sur le site Web de la Gazette du Canada dans le cadre du processus de publication préalable, sous réserve des conditions d’utilisation de ce site relatives à la formulation de commentaires.

Ottawa, le 17 juin 2026

La greffière adjointe du Conseil privé
Janna Rinaldi

Règlement sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale

Définitions et interprétation

Définitions

1 (1) Les définitions qui suivent s’appliquent au présent règlement.

comité de promotion du français
Comité visé à l’alinéa 10(1)c) de la Loi. (committee for the fostering of French)
Loi
La Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. (Act)
peuples autochtones
S’entend au sens de peuples autochtones du Canada, au paragraphe 35(2) de la Loi constitutionnelle de 1982. (Indigenous peoples)
traité moderne
Traité visé à l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 qui est conclu par Sa Majesté du chef du Canada et un peuple autochtone et qui entre en vigueur après 1974, avec les modifications successives qui y sont apportées conformément à ses dispositions. (modern treaty)

DĂ©finitions — Loi et règlement

(2) Les dĂ©finitions qui suivent s’appliquent aux articles 5 Ă  13 de la Loi et au prĂ©sent règlement.

communications
S’agissant de communications avec les consommateurs, s’entend notamment :
  • a) de celles qui se rapportent aux services;
  • b) de tous les documents qui sont destinĂ©s aux consommateurs, qu’ils soient sur support papier, Ă©lectronique ou autre, y compris :
    • (i) les brochures,
    • (ii) les dĂ©pliants,
    • (iii) les bons de commande,
    • (iv) les catalogues,
    • (v) les contrats,
    • (vi) les factures,
    • (vii) les reçus,
    • (viii) les quittances. (communications)
employé
S’entend au sens de l’article 33.1 de la Loi sur les langues officielles. (employee)
lieu de travail
Ne vise pas les moyens de transport. (workplace)
région à forte présence francophone
Région visée à l’annexe. (region with a strong francophone presence)
services
S’agissant de services aux consommateurs, s’entend notamment du transport de passagers par aĂ©ronef, au sens du paragraphe 3(1) de la Loi sur l’aĂ©ronautique, train, autocar, autobus ou navire, notamment par traversier :
  • a) au QuĂ©bec;
  • b) Ă  partir d’un point de dĂ©part situĂ© au QuĂ©bec jusqu’à un point d’arrivĂ©e situĂ© ailleurs au Canada, et vice versa;
  • c) dans une mĂŞme rĂ©gion Ă  forte prĂ©sence francophone;
  • d) Ă  partir d’un point de dĂ©part situĂ© dans une rĂ©gion Ă  forte prĂ©sence francophone jusqu’à un point d’arrivĂ©e situĂ© ailleurs au Canada, et vice versa. (services)

DĂ©finitions — paragraphe 10(2) de la Loi

(3) Les dĂ©finitions qui suivent s’appliquent au paragraphe 10(2) de la Loi.

condition qui pourrait nuire à l’apprentissage du français
Déficience durable ou récurrente d’ordre physique ou mental, ou en matière d’apprentissage, qui pourrait, malgré des mesures d’adaptation, nuire à l’apprentissage du français. (conditions that could impede the learning of French)
grand nombre d’années de service
Période d’emploi d’au moins vingt ans auprès du même employeur. (many years of service)

Fusion et acquisition

2 Pour l’application du prĂ©sent règlement, une personne, autre qu’une personne physique, est rĂ©putĂ©e avoir employĂ© :

Exclusion — entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale

3 Pour l’application de l’alinĂ©a a) de la dĂ©finition de entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale au paragraphe 2(1) de la Loi, le seuil d’employĂ©s est de vingt-cinq employĂ©s qui occupaient un poste dans un lieu de travail situĂ© au QuĂ©bec ou dont le poste Ă©tait rattachĂ© Ă  un tel lieu de travail en date du 1er janvier de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

PARTIE 1

Québec

Avis — paragraphe 6(2) de la Loi

4 (1) L’avis visĂ© au paragraphe 6(2) de la Loi est donnĂ© au ministre par Ă©crit.

Avis réputé

(2) Si le ministre a conclu un accord en vertu du paragraphe 6(3) de la Loi, l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale inscrite au titre de l’article 139 de la Charte de la langue française, RLRQ, ch. C-11, est rĂ©putĂ©e avoir donnĂ© avis que cette Charte a commencĂ© Ă  s’appliquer Ă  son Ă©gard Ă  la date de son inscription.

Prédominance du français

5 L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités au Québec veille à ce que le français figure de façon nettement prédominante dans son affichage public et dans la publicité qu’elle utilise pour communiquer avec les consommateurs au Québec et qui sont à la fois en français et dans une autre langue.

Indications claires

6 L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités au Québec indique clairement aux consommateurs au Québec qu’ils peuvent communiquer en français avec elle et recevoir d’elle des services dans cette langue, via tout mode de communication ou toute forme de prestation de services qu’elle utilise.

Disponibilité de documents

7 L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités au Québec veille à ce que l’usage du français dans les documents destinés aux consommateurs au Québec, s’ils sont disponibles en anglais ou dans toute autre langue autre que le français, soit au moins équivalent à l’usage de la langue autre que le français.

Exemption — moins de cent employĂ©s au QuĂ©bec

8 L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui a des lieux de travail situĂ©s au QuĂ©bec est exemptĂ©e de l’application de l’alinĂ©a 10(1)c) de la Loi, relativement Ă  ces lieux de travail, si, en date du 1er janvier de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, elle employait moins de cent employĂ©s qui occupaient un poste dans un lieu de travail situĂ© au QuĂ©bec ou dont le poste Ă©tait rattachĂ© Ă  un tel lieu de travail.

Obligation de fournir des renseignements

9 (1) L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui exerce ses activitĂ©s au QuĂ©bec ou qui a des lieux de travail situĂ©s au QuĂ©bec fournit au ministre, dans les six mois suivant la date Ă  laquelle elle devient assujettie au prĂ©sent paragraphe, une dĂ©claration comprenant les renseignements suivants :

Déclaration annuelle

(2) L’entreprise privée de compétence fédérale fournit au ministre, à compter de l’année suivant celle où elle est tenue de lui fournir la déclaration visée au paragraphe (1), une déclaration annuelle confirmant qu’elle y exerce ses activités ou a de tels lieux de travail, selon le cas.

Attestation d’inscription

(3) Sur rĂ©ception de la dĂ©claration — visĂ©e aux paragraphes (1) ou (2) — le ministre fournit une attestation d’inscription Ă  l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale.

Liste

(4) Le ministre peut fournir Ă  la commissaire et au ministre de la Langue française du QuĂ©bec une liste des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui, dans l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, ont fourni une dĂ©claration au titre des paragraphes (1) ou (2) et qui ne se sont pas, depuis, assujetties volontairement Ă  la Charte de la langue française, RLRQ, ch. C-11.

Comité de promotion du français

10 (1) L’entreprise privée de compétence fédérale qui a des lieux de travail situés au Québec et qui a l’obligation d’établir un comité de promotion du français le fait dans les six mois suivant la date à laquelle elle devient assujettie à cette obligation.

Représentation égale

(2) Le comité est composé d’un nombre égal de membres représentant l’employeur et de membres représentant les employés, dont au moins deux représentent l’employeur et deux représentent les employés, choisis respectivement par ceux-ci.

Réunions deux fois par année

(3) Il se réunit au moins deux fois au cours de chaque année civile.

Bilan de la situation linguistique

11 (1) Dans les six premiers mois suivant la date de son Ă©tablissement et tous les trois ans par la suite, le comitĂ© de promotion du français Ă©tabli par l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui a des lieux de travail situĂ©s au QuĂ©bec prĂ©pare un bilan de la situation linguistique Ă  tous les niveaux de l’entreprise dans ces lieux de travail, lequel comprend notamment une description des programmes de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français Ă©laborĂ©s en application du paragraphe 10(1.1) de la Loi.

Copie au ministre

(2) Le comité de promotion du français fournit une copie du bilan au ministre dans les trois mois suivant sa préparation.

Certificat de généralisation de l’usage du français

(3) Si les programmes visĂ©s au paragraphe (1) gĂ©nĂ©ralisent l’usage du français par les moyens mentionnĂ©s au paragraphe 10(1.1) de la Loi, le ministre dĂ©livre un certificat de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français Ă  l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui a Ă©tabli le comitĂ© de promotion du français. Dans le cas contraire, il lui fournit un avis exposant les motifs du refus ainsi qu’une rĂ©troaction au sujet de ces programmes.

Mise Ă  jour

(4) Si le ministre refuse de délivrer le certificat de généralisation de l’usage du français, le comité, dans l’année suivant la date de l’avis de refus et chaque année par la suite, met à jour les programmes visés au paragraphe (1) et fournit au ministre un document décrivant ceux-ci.

Suspension du certificat

12 (1) Le ministre peut suspendre le certificat de gĂ©nĂ©ralisation de l’usage du français d’une entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale, si les programmes Ă©laborĂ©s en application du paragraphe 10(1.1) de la Loi par le comitĂ© de promotion du français Ă©tabli par cette entreprise ne gĂ©nĂ©ralisent plus l’usage du français par les moyens visĂ©s Ă  ce paragraphe.

Motifs et observations

(2) Il fournit à l’entreprise privée de compétence fédérale, par écrit, un avis motivé de la suspension et donne au comité la possibilité de présenter des observations écrites à ce sujet.

Rétablissement du certificat

(3) Il rétablit le certificat si la situation ayant donné lieu à la suspension a été corrigée ou si les motifs de la suspension n’étaient pas fondés.

Révocation du certificat

13 (1) Le ministre peut révoquer le certificat de généralisation de l’usage du français si celui-ci est suspendu pendant une période de trois mois ou plus.

Plan d’action

(2) Au cours des trois premiers mois après la date de la rĂ©vocation, le comitĂ© de promotion du français fournit au ministre un plan d’action pour veiller Ă  ce que les programmes qu’il Ă©labore en application du paragraphe 10(1.1) de la Loi gĂ©nĂ©ralisent l’usage du français par les moyens visĂ©s Ă  ce paragraphe.

Mise Ă  jour des programmes

(3) Dans l’annĂ©e suivant la date de la rĂ©vocation et chaque annĂ©e par la suite, le comitĂ© met Ă  jour ses programmes Ă©laborĂ©s en application du paragraphe 10(1.1) de la Loi et fournit au ministre un document dĂ©crivant ceux-ci.

Rapport triennal

14 (1) Le comité de promotion du français établi par l’entreprise privée de compétence fédérale qui a des lieux de travail situés au Québec et qui est titulaire d’un certificat de généralisation de l’usage du français établit, au moins une fois tous les trois ans, un rapport indiquant les mesures qu’il a prises à l’égard de ces lieux de travail dans l’exécution de son mandat.

Rapport annuel

(2) Si l’entreprise privée de compétence fédérale qui a des lieux de travail situés au Québec n’est pas titulaire d’un certificat de généralisation de l’usage du français, le comité établit un rapport au moins une fois par année.

Inclusion du bilan et de la rétroaction

(3) Le premier rapport Ă©tabli après la prĂ©paration d’un bilan visĂ© au paragraphe 11(1) contient une copie du bilan ainsi que de toute rĂ©troaction fourni par le ministre Ă  l’égard de celui-ci.

Conservation des rapports et fourniture de copies

(4) L’entreprise privée de compétence fédérale conserve chaque rapport pendant une période d’au moins douze ans et en fournit une copie à l’employé qui en fait la demande.

PARTIE 2

Régions à forte présence francophone

Indications claires

15 L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités dans une région à forte présence francophone indique clairement aux consommateurs de cette région qu’ils peuvent communiquer en français avec elle et recevoir d’elle des services dans cette langue, via tout mode de communication ou toute forme de prestation de services qu’elle utilise.

Disponibilité de documents

16 L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités dans une région à forte présence francophone veille à ce que l’usage du français dans les documents destinés aux consommateurs dans cette région, s’ils sont disponibles en anglais ou dans toute autre langue autre que le français, soit au moins équivalent à l’usage de la langue autre que le français.

Exemption — moins de cent ou de cinq cents employĂ©s

17 L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui a des lieux de travail situĂ©s dans une ou plusieurs rĂ©gions Ă  forte prĂ©sence francophone est exemptĂ©e de l’application de l’alinĂ©a 10(1)c) de la Loi, relativement Ă  ces lieux de travail, si, en date du 1er janvier de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, selon le cas :

Obligation de fournir des renseignements

18 (1) L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui exerce ses activitĂ©s dans une ou plusieurs rĂ©gions Ă  forte prĂ©sence francophone ou qui a des lieux de travail situĂ©s dans une telle rĂ©gion fournit au ministre, dans les six mois suivant la date Ă  laquelle elle devient assujettie au prĂ©sent paragraphe, une dĂ©claration comprenant les renseignements suivants :

Déclaration annuelle

(2) L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités dans une ou plusieurs régions à forte présence francophone ou qui a des lieux de travail situés dans une telle région fournit au ministre, à compter de l’année suivant celle où elle est tenue de lui fournir la déclaration visée au paragraphe (1), une déclaration annuelle confirmant qu’elle y exerce ses activités ou a de tels lieux de travail, selon le cas.

Attestation d’inscription

(3) Sur rĂ©ception de la dĂ©claration — visĂ©e aux paragraphes (1) ou (2) — le ministre fournit une attestation d’inscription Ă  l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale.

Liste

(4) Le ministre peut fournir à la commissaire une liste des entreprises privées de compétence fédérale qui, dans l’année précédente, ont fourni une déclaration au titre des paragraphes (1) ou (2).

Points de service

19 (1) L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui exerce ses activitĂ©s dans une ou plusieurs rĂ©gions Ă  forte prĂ©sence francophone, Ă  l’exception du Nouveau-Brunswick, fournit au ministre, dans les six mois suivant la date Ă  laquelle elle devient assujettie au prĂ©sent paragraphe, une dĂ©claration comprenant les renseignements suivants :

Déclaration annuelle

(2) L’entreprise privée de compétence fédérale qui exerce ses activités dans une ou plusieurs régions à forte présence francophone fournit au ministre, à compter de l’année suivant celle où elle est tenue de lui fournir la déclaration visée au paragraphe (1), une déclaration annuelle confirmant la validité des renseignements visés à ce paragraphe ou mettant ceux-ci à jour.

Transport de passagers

(3) Pour l’application de l’alinéa (1)a), l’entreprise privée de compétence fédérale qui offre des services de transport de passagers n’est pas tenue de fournir l’adresse des lieux où la montée et la descente des passagers sont les seuls services offerts aux consommateurs.

Comité de promotion du français

20 (1) L’entreprise privée de compétence fédérale qui a des lieux de travail situés dans une région à forte présence francophone et qui a l’obligation d’établir un comité de promotion du français le fait dans les six mois suivant la date à laquelle elle devient assujettie à cette obligation.

Représentation égale

(2) Le comité est composé d’un nombre égal de membres représentant l’employeur et de membres représentant les employés, dont au moins deux représentent l’employeur et deux représentent les employés, choisis respectivement par ceux-ci.

Réunions deux fois par année

(3) Il se réunit au moins deux fois au cours de chaque année civile.

Rapport triennal

21 (1) Le comité de promotion du français établi par l’entreprise privée de compétence fédérale qui a des lieux de travail situés dans une région à forte présence francophone établit, au moins une fois tous les trois ans, un rapport indiquant les mesures qu’il a prises à l’égard de ces lieux de travail dans l’exécution de son mandat.

Conservation des rapports et fourniture de copies

(2) L’entreprise privée de compétence fédérale conserve chaque rapport pendant une période d’au moins douze ans et en fournit une copie à l’employé qui en fait la demande.

Comité institué en vertu d’une loi provinciale

22 Le comité de francisation institué en vertu de la Charte de la langue française, RLRQ, ch. C-11, par une entreprise privée de compétence fédérale qui a des lieux de travail situés au Québec peut constituer le comité de promotion du français, relativement aux lieux de travail de l’entreprise situés dans des régions à forte présence francophone.

PARTIE 3

Autres exemptions

Territoire autochtone

23 (1) L’entreprise privée de compétence fédérale est exemptée de l’application de la Loi et du présent règlement à l’égard des activités qu’elle exerce dans un territoire autochtone et à l’égard de ses lieux de travail situés dans un tel territoire.

Définition de territoire autochtone

(2) Au prĂ©sent article, territoire autochtone s’entend :

ContrĂ´le autochtone

24 Est exemptĂ©e de l’application des articles 9 Ă  11 de la Loi l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale, autre qu’un particulier, qui est contrĂ´lĂ©e par un conseil, par un gouvernement, par une personne morale ou par toute autre entitĂ© visĂ©s Ă  l’alinĂ©a d) de la dĂ©finition de entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale au paragraphe 2(1) de la Loi.

Entreprise autochtone

25 Est exemptĂ©e de l’application des articles 9 Ă  11 de la Loi l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale qui est enregistrĂ©e en tant qu’entreprise des Premières Nations, inuite ou mĂ©tisse par une organisation autochtone reconnue en vertu d’un traitĂ© moderne.

Biens culturels

26 L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale est exemptĂ©e de l’application des articles 7 Ă  11 de la Loi et de l’article 5 du prĂ©sent règlement Ă  l’égard de ses activitĂ©s liĂ©es directement Ă  la production ou Ă  la distribution de biens culturels dont le contenu linguistique est exclusivement dans une langue autre que le français.

Affaires internationales

27 Est exemptĂ©e de l’application des articles 9 Ă  11 de la Loi l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale dont les activitĂ©s se rapportent exclusivement Ă  la conduite d’affaires internationales, dans la mesure oĂą l’usage d’une langue autre que le français est prĂ©dominant dans la conduite de ces affaires.

Protocoles de recherche et normes internationales

28 L’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale est exemptĂ©e de l’application des articles 9 Ă  11 de la Loi, relativement Ă  un lieu de travail, dans la mesure oĂą :

Condition — obligation d’informer le ministre

29 Les exemptions prĂ©vues aux articles 26 Ă  28 ne s’appliquent que si l’entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale informe le ministre par Ă©crit de son intention de s’en prĂ©valoir et lui confirme son intention par Ă©crit tous les cinq ans par la suite.

PARTIE 4

Dispositions générales

Publication

30 (1) Le ministre peut publier, sur un site Web du gouvernement du Canada :

Renseignements personnels

(2) Le paragraphe (1) n’autorise pas le ministre Ă  publier des renseignements personnels au sens de l’article 3 de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

Examen du règlement

31 (1) Le ministre veille Ă  ce que les dispositions et l’application du prĂ©sent règlement fassent l’objet d’un examen lorsqu’il procède Ă  l’examen prĂ©vu au paragraphe 42(1) de la Loi.

Rapport

(2) Il ajoute au rapport visĂ© au paragraphe 42(2) de la Loi un rapport de l’examen relatif au prĂ©sent règlement.

PARTIE 5

Modifications du présent règlement et entrée en vigueur

Modifications du présent règlement

32 Le sous-alinĂ©a b)(viii) de la dĂ©finition de communications, au paragraphe 1(2) de la version anglaise du prĂ©sent règlement, est remplacĂ© par ce qui suit :

33 L’article 3 du prĂ©sent règlement est remplacĂ© par ce qui suit :

Exclusion — entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale

3 Pour l’application de l’alinĂ©a a) de la dĂ©finition de entreprise privĂ©e de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale au paragraphe 2(1) de la Loi, le seuil d’employĂ©s est :

Entrée en vigueur

L.C. 2023, ch. 15, art. 54

34 (1) Sous rĂ©serve du paragraphe (2), le prĂ©sent règlement entre en vigueur Ă  la date d’entrĂ©e en vigueur de l’article 33 de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privĂ©es de compĂ©tence fĂ©dĂ©rale ou, si elle est postĂ©rieure, Ă  la date de son enregistrement.

L.C. 2023, ch. 15

(2) La dĂ©finition de rĂ©gion Ă  forte prĂ©sence francophone et les alinĂ©as c) et d) de la dĂ©finition de services au paragraphe 1(2) et les articles 15 Ă  22, 32 et 33 entrent en vigueur Ă  la date d’entrĂ©e en vigueur du paragraphe 62(1) de la Loi visant l’égalitĂ© rĂ©elle entre les langues officielles du Canada.

ANNEXE

(paragraphe 1(2))

Régions à forte présence francophone

Ontario
Nouvelle-Écosse
Nouveau-Brunswick
Manitoba
Alberta

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  • commentaire menaçant, violent, intimidant ou harcelant;
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