Vol. 146, no 21 — Le 10 octobre 2012

Enregistrement

DORS/2012-176 Le 20 septembre 2012

LOI RÉGLEMENTANT CERTAINES DROGUES ET AUTRES SUBSTANCES

DĂ©cret modifiant l’annexe I de la Loi rĂ©glementant certaines drogues et autres substances (MDPV)

C.P. 2012-1077 Le 20 septembre 2012

Sur recommandation de la ministre de la SantĂ© et en vertu de l’article 60 de la Loi rĂ©glementant certaines drogues et autres substances (voir rĂ©fĂ©rence a), Son Excellence le Gouverneur gĂ©nĂ©ral en conseil prend le DĂ©cret modifiant l’annexe I de la Loi rĂ©glementant certaines drogues et autres substances (MDPV), ci-après, cela lui paraissant nĂ©cessaire dans l’intĂ©rêt public.

DÉCRET MODIFIANT L’ANNEXE I DE LA LOI RÉGLEMENTANT CERTAINES DROGUES ET AUTRES SUBSTANCES (MDPV)

MODIFICATION

1. L’annexe I de la Loi rĂ©glementant certaines drogues et autres substances (voir rĂ©fĂ©rence 1) est modifiĂ©e par adjonction, après l’article 17, de ce qui suit :

17.1 MĂ©thylènedioxypyrovalĂ©rone (MDPV), ses sels, dĂ©rivĂ©s, isomères et analogues, ainsi que les sels de ses dĂ©rivĂ©s, isomères et analogues

ENTRÉE EN VIGUEUR

2. Le prĂ©sent dĂ©cret entre en vigueur à la date de son enregistrement.

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE D’IMPACT DE LA RÉGLEMENTATION

(Ce rĂ©sumĂ© ne fait pas partie du DĂ©cret ou du Règlement.)

Question et objectifs

La mĂ©thylènedioxypyrovalĂ©rone, aussi connue sous le nom de MDPV, est une drogue synthĂ©tique utilisĂ©e à des fins rĂ©crĂ©atives pour ses effets d’altĂ©ration de la pensĂ©e et constitue un des principaux ingrĂ©dients des produits appelĂ©s « sels de bain ». Ces derniers ne sont pas de vĂ©ritables sels de bain à mettre dans l’eau du bain, mais il s’agit plutôt du nom populaire de drogues qui contiennent habituellement au moins un stimulant synthĂ©tique.

Les « sels de bain » peuvent être achetĂ©s sur Internet et dans des boutiques spĂ©cialisĂ©es. Ils sont vendus sous diffĂ©rents noms, comme « MITSEEZ », « MOJO Novelty Bath Salts », « Ivory Snow », « Purple Wave » et « Vanilla Sky ». GĂ©nĂ©ralement, l’Ă©tiquette de ces produits porte la mention « non destinĂ© à la consommation humaine », de même que celle « engrais pour plantes », en vue de les soustraire au contrôle rĂ©glementaire.

L’utilisation de la MDPV prĂ©sente un risque possible pour la santĂ© et la sĂ©curitĂ© des Canadiens. Il s’agit d’un stimulant qui agit sur le système nerveux central. L’utilisation de la MDPV a Ă©tĂ© associĂ©e à des crises de panique, de l’anxiĂ©tĂ©, ainsi qu’à des hallucinations et à des psychoses. Palpitations, rythme cardiaque irrĂ©gulier ou anormal, crise cardiaque ou collapsus cardiovasculaire sont autant d’effets indĂ©sirables d’ordre physique associĂ©s à l’utilisation de stimulants.

Les signalements d’incidents au Canada mettant en cause les « sels de bain » proviennent principalement des provinces de l’Est, y compris du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Le 18 mai 2012, des responsables de la santĂ© de la Nouvelle-Écosse ont diffusĂ© un avis au sujet des « sels de bain » et ont signalĂ© un grand nombre de visites à l’urgence. Il a Ă©galement Ă©tĂ© question de cas où ces produits ont Ă©tĂ© mĂ©langĂ©s à d’autres drogues comme le cannabis.

De janvier 2010 au 30 juin 2012, le Service d’analyse des drogues (SAD) de SantĂ© Canada a analysĂ© 549 Ă©chantillons de substances prĂ©sumĂ©es contrôlĂ©es saisies par les services de police que l’on soupçonnait être des « sels de bain ». Parmi ces Ă©chantillons, 498 contenaient de la MDPV et 17 de la mĂ©phĂ©drone, une substance qui est dĂ©jà visĂ©e par la Loi rĂ©glementant certaines drogues et autres substances (LRCDAS). Les 34 autres Ă©chantillons contenaient d’autres substances dĂ©signĂ©es, notamment de la mĂ©thylone, de la flĂ©phĂ©drone et de l’Ă©thylcathinone.

Cette modification rĂ©glementaire vise à protĂ©ger la santĂ© et la sĂ©curitĂ© des Canadiens contre les risques que pourrait prĂ©senter l’utilisation de la MDPV. La rĂ©glementation de la MDPV en tant que substance dĂ©signĂ©e en vertu de la LRCDAS montre clairement qu’il s’agit d’une substance dangereuse et illĂ©gale et permet aux forces de l’ordre de prendre des mesures contre les activitĂ©s illĂ©gales prĂ©sumĂ©es liĂ©es à ces substances. La modification rĂ©glementaire en question rĂ©pond aux prĂ©occupations soulevĂ©es par les responsables de la santĂ©, particulièrement en Nouvelle-Écosse, en ce qui a trait aux risques pour la santĂ© et la sĂ©curitĂ© associĂ©s à l’utilisation de la MDPV, et par les services de police et l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) au sujet de la popularitĂ© et de l’accessibilitĂ© croissantes de cette substance au Canada. Un objectif secondaire de cette modification règlementaire est de permettre l’accès à la MDPV pour des activitĂ©s scientifiques et de recherche autorisĂ©es en ajoutant cette substance à l’annexe de la partie J du Règlement sur les aliments et drogues (RAD).

Description

La LRCDAS fournit un cadre lĂ©gislatif relativement au contrôle des substances qui peuvent altĂ©rer les processus mentaux et nuire à la santĂ© des individus et à la sociĂ©tĂ© lorsqu’elles sont dĂ©tournĂ©es ou utilisĂ©es à mauvais escient.

La mise sous contrôle en vertu de la LRCDAS est un processus en trois Ă©tapes dans le cadre duquel les substances sont initialement Ă©valuĂ©es afin de dĂ©terminer si elles devraient ou non être rĂ©glementĂ©es dans le cadre de la Loi, puis l’annexe à laquelle elles correspondent le plus. Enfin, selon qu’elles se prêtent ou non à une utilisation lĂ©gitime, c’est-à-dire une utilisation à des fins scientifiques, mĂ©dicales ou industrielles, une dĂ©cision doit être prise quant au règlement auquel la substance devrait être assujettie.

SantĂ© Canada tient compte de plusieurs facteurs pour dĂ©terminer si l’inscription d’une substance à une annexe de la LRCDAS se justifie, notamment :

  • le risque global pour la santĂ© et la sĂ©curitĂ© publiques que prĂ©sente la substance;
  • la similitude chimique et pharmacologique avec d’autres substances rĂ©glementĂ©es;
  • les usages lĂ©gitimes de la substance;
  • le potentiel d’abus et le risque de dĂ©pendance associĂ©s à la substance;
  • l’ampleur de l’abus rĂ©el de la substance au Canada et ailleurs;
  • les exigences et les tendances internationales en matière de contrôle.

Cette initiative rĂ©glementaire vise à ajouter la MDPV à l’annexe I de la LRCDAS, rendant ainsi illĂ©gale toute activitĂ© liĂ©e à cette substance, dont la possession, le trafic, la production, la distribution, l’importation et l’exportation à moins d’être autorisĂ©e par la règlementation. Les peines associĂ©es aux activitĂ©s illĂ©gales mettant en cause des substances figurant à l’annexe I sont les peines les plus importantes imposĂ©es par la LRCDAS. Parmi les autres substances inscrites à l’annexe I, notons l’hĂ©roïne et la cocaïne. L’ajout de la MDPV à l’annexe de la partie J du RAD permet que des travaux scientifiques et de recherche autorisĂ©s nĂ©cessitant l’utilisation de cette substance soient entrepris au Canada.

Justification

En rĂ©ponse à des indications selon lesquelles des volumes croissants de ces substances sont importĂ©s au Canada et aux prĂ©occupations exprimĂ©es par les responsables de la santĂ© et les forces de l’ordre, SantĂ© Canada a effectuĂ© une analyse et a dĂ©terminĂ© que la MDPV doit être rĂ©glementĂ©e comme substance dĂ©signĂ©e en vertu de la LRCDAS.

Bien que la MDPV ne soit visĂ©e par aucune convention des Nations Unies sur le contrôle des drogues, l’inscription de cette substance à une annexe de la LRCDAS est conforme aux mesures prises par un certain nombre de pays, dont les États-Unis, l’Australie, le Danemark, la Suède et le Royaume-Uni.

SantĂ© Canada ajoute la MDPV à l’annexe I de la LRCDAS en raison des dangers apparents que prĂ©sente cette nouvelle drogue et de ses effets s’apparentant à ceux de la cocaïne et des amphĂ©tamines. En procĂ©dant de cette manière, l’inscription à l’annexe de la MDPV concordera avec le reclassement des amphĂ©tamines, qui sont aussi des stimulants, de l’annexe III à l’annexe I en vertu de la Loi sur la sĂ©curitĂ© des rues et des communautĂ©s, qui entrera en vigueur le 6 novembre 2012. L’ajout de la MDPV à l’annexe de la partie J du RAD fournit un mĂ©canisme appropriĂ© pour l’accès contrôlĂ© de cette substance aux fins d’activitĂ©s scientifiques et de recherche autorisĂ©es.

Consultation

Le 9 juin 2012, SantĂ© Canada a publiĂ© un Avis aux intĂ©ressĂ©s dans la Partie Ⅰ de la Gazette du Canada afin de solliciter les commentaires des intervenants quant à son intention d’ajouter la MDPV à l’annexe I de la LRCDAS. En particulier, l’avis avait pour but de dĂ©terminer la prĂ©sence de toute activitĂ© lĂ©gitime concernant cette substance.

Pendant la pĂ©riode de consultation publique de 30 jours qui a suivi la publication, 11 prĂ©sentations ont Ă©tĂ© acheminĂ©es. Même si aucune de ces prĂ©sentations ne fournissait de preuves que la MDPV est utilisĂ©e à des fins industrielles, l’utilisation limitĂ©e de la MDPV pour des fins scientifiques et de recherche fut identifiĂ©e par la suite.

Sur les 11 prĂ©sentations, 5 Ă©taient en faveur de la proposition de SantĂ© Canada, 4 exprimaient des rĂ©serves, 1 contenait une offre d’aide à SantĂ© Canada pour ses travaux liĂ©s aux « sels de bain » et 1 consistait en une question par rapport à la prĂ©sentation de commentaires.

Les rĂ©serves comportaient entre autres des affirmations selon lesquelles les donnĂ©es probantes sont insuffisantes pour la mise en annexe de la MDPV et selon lesquelles la rĂ©duction de l’accès à la MDPV donnerait lieu à une utilisation accrue d’autres drogues potentiellement plus nĂ©fastes. SantĂ© Canada considère, cependant, les preuves croissantes de risques pour la santĂ© et la sĂ©curitĂ© associĂ©s à cette substance pour garantir les mesures de contrôle associĂ©e à l’annexe I de la LRCDAS.

Certaines prĂ©sentations Ă©taient axĂ©es sur des enjeux liĂ©s à la politique de contrôle des drogues qui vont au-delà de la portĂ©e de cette modification rĂ©glementaire, notamment des questions se rapportant à l’efficacitĂ© des sanctions criminelles pour combattre l’utilisation de drogues illicites.

Les forces de l’ordre, dont la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) et l’Association canadienne des chefs de police, de même que l’Agence des services frontaliers du Canada, ont fait part de leur soutien à l’Ă©gard de cette modification rĂ©glementaire.

Mise en œuvre, application et normes de service

L’ajout de la mĂ©thylènedioxypyrovalĂ©rone (MDPV), soit la 3,4-mĂ©thylènedioxypyrovalĂ©rone, ses sels, ses dĂ©rivĂ©s, ses isomères et ses analogues, à l’annexe I de la LRCDAS et à l’annexe de la partie J du RAD entrera en vigueur dès son enregistrement.

Comme toutes les activitĂ©s liĂ©es à la MDPV, y compris la possession, la production, la distribution, l’importation et l’exportation, seront illĂ©gales dès l’enregistrement de cette modification rĂ©glementaire à moins d’être autorisĂ©e par règlement, SantĂ© Canada recommande aux personnes en possession de cette substance ou de toute autre substance dĂ©signĂ©e de consulter un conseiller juridique si elles ont des questions au sujet de la conformitĂ© à la Loi.

SantĂ© Canada communiquera avec les parties connues pour participer à des activitĂ©s avec la MDPV pour des fins scientifiques et de recherche et Ă©valuera des demandes d’autorisation de ces activitĂ©s en conformitĂ© avec les règlements. En plus, SantĂ© Canada avisera les intervenants, par exemple les organismes d’application de la loi, les ministères provinciaux et territoriaux de la SantĂ©, les autoritĂ©s provinciales et territoriales chargĂ©es de l’attribution des licences en matière de mĂ©decine et de pharmacie et le milieu de la recherche, de cette modification rĂ©glementaire et fournira les liens pertinents sur son site Web.

Les responsables fĂ©dĂ©raux, provinciaux et locaux de l’application de la loi sont chargĂ©s de prendre des mesures d’application en cas d’infractions à la LRCDAS ou à ses règlements. Les poursuites au criminel en cas d’infractions visĂ©es par la LRCDAS ou liĂ©es à une infraction à la LRCDAS peuvent comporter une amende ou une peine d’emprisonnement. Cet aspect relève du système de justice pĂ©nale.

SantĂ© Canada sera responsable pour l’Ă©valuation de toute demande de permission d’effectuer de la recherche nĂ©cessitant l’utilisation de la MDPV et pour la surveillance de la conformitĂ© à la partie J du RAD.

Personne-ressource

Nathan Isotalo
Division de la politique réglementaire
Bureau des substances contrôlĂ©es
Direction des substances contrôlĂ©es et de la lutte au tabagisme
Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs
Santé Canada
TĂ©lĂ©phone : 613-941-1511
TĂ©lĂ©copieur : 613-946-4224
Courriel : OCS_regulatorypolicy-BSC_politiquereglementaire@ hc-sc.gc.ca

Référence a
L.C. 1996, ch. 19

Référence 1
L.C. 1996, ch. 19