Vol. 145, no 26 — Le 21 dĂ©cembre 2011

Enregistrement

DORS/2011-292 Le 6 dĂ©cembre 2011

LOI CONCERNANT LA DÉCLARATION OBLIGATOIRE DE LA PORNOGRAPHIE JUVÉNILE SUR INTERNET PAR LES PERSONNES QUI FOURNISSENT DES SERVICES INTERNET

Règlement sur la déclaration de la pornographie juvénile sur Internet

C.P. 2011-1526 Le 6 dĂ©cembre 2011

Sur recommandation du ministre de la Justice et en vertu de l'article 12 de la Loi concernant la déclaration obligatoire de la pornographie juvénile sur Internet par les personnes qui fournissent des services Internet (voir référence a), Son Excellence le Gouverneur général en conseil prend le Règlement sur la déclaration de la pornographie juvénile sur Internet, ci-après.

RÈGLEMENT SUR LA DÉCLARATION DE LA PORNOGRAPHIE JUVÉNILE SUR INTERNET

DÉFINITIONS

Définitions

1. Les définitions qui suivent s'appliquent au présent règlement.

« adresse Internet »
Internet address

« adresse Internet » Adresse de protocole Internet ou adresse URL.

« fournisseur de services »
service provider

« fournisseur de services » Personne qui fournit des services Internet au public.

« Loi »
Act

« Loi » La Loi concernant la dĂ©claration obligatoire de la pornographie juvĂ©nile sur Internet par les personnes qui fournissent des services Internet.

« organisme dĂ©signĂ© »
designated organization

« organisme dĂ©signĂ© » L'organisme dĂ©signĂ© Ă  l'article 2.

ORGANISME DÉSIGNÉ

Désignation de l'organisme

2. Pour l'application de l'article 2 de la Loi, l'organisme est le Centre canadien de protection de l'enfance.

FONCTIONS, RÔLE ET ACTIVITÉS DE L'ORGANISME DÉSIGNÉ

Système en ligne pour la communication des adresses Internet

3. L'organisme dĂ©signĂ© maintient un système en ligne sĂ©curisĂ© comportant les caractĂ©ristiques ci-après pour recevoir la communication des adresses Internet en application de l'article 2 de la Loi :

  • a) il attribue Ă  chaque fournisseur de services un identificateur unique pour la communication des adresses Internet;
  • b) il permet aux fournisseurs de services de ne communiquer que les adresses Internet;
  • c) pour chaque communication, il envoie un accusĂ© de rĂ©ception indiquant le nom et l'identificateur unique du fournisseur de services, le numĂ©ro d'incident ainsi que l'heure et la date de la communication.

Analyse et communication des résultats

4. Dès que possible après qu'une adresse Internet lui a Ă©tĂ© communiquĂ©e en application de l'article 2 de la Loi, l'organisme dĂ©signĂ© Ă©tablit si du matĂ©riel se trouvant Ă  cette adresse semble constituer de la pornographie juvĂ©nile et, le cas Ă©chĂ©ant :

  • a) il Ă©tablit, si possible, le lieu gĂ©ographique du serveur vers lequel pointe l'adresse Internet et celui du serveur qui hĂ©berge le matĂ©riel qui semble constituer de la pornographie juvĂ©nile;
  • b) par des moyens sĂ©curitaires, il met les renseignements ci-après Ă  la disposition de tous les organismes canadiens compĂ©tents chargĂ©s du contrôle d'application de la loi :
    1. (i) l'adresse Internet communiquée,
    2. (ii) la description des lieux géographiques qu'il a été en mesure d'établir en application de l'alinéa a),
    3. (iii) tout autre renseignement en sa possession qui pourrait ĂŞtre utile Ă  l'enquĂŞte de ces organismes.

Conservation des renseignements

5. Pour chaque communication reçue en application de l'article 2 de la Loi, l'organisme désigné conserve l'adresse Internet communiquée et une copie de l'accusé de réception envoyé en application de l'alinéa 3c) pour une période de deux ans suivant la réception de la communication.

Mesures de sécurité

6. L'organisme dĂ©signĂ© prend toute mesure raisonnable pour :

  • a) maintenir son habilitĂ© Ă  exercer ses fonctions, rôle et activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi, notamment des mesures relatives Ă  la protection de ses installations physiques et de ses infrastructures techniques, Ă  la prĂ©vention et Ă  l'attĂ©nuation des risques, Ă  la gestion des situations d'urgence et Ă  la reprise de ses activitĂ©s par suite d'une interruption;
  • b) protĂ©ger contre tout emploi non autorisĂ© les informations qu'il a obtenues ou gĂ©nĂ©rĂ©es dans l'exercice de ses fonctions, rôle et activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi;
  • c) faire en sorte que son personnel ait l'habilitation de sĂ©curitĂ© et la formation nĂ©cessaires pour exercer ses fonctions, rôle et activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi.

Incident : envoi d'un avis aux ministres

7. Si un incident compromet l'habilitĂ© de l'organisme dĂ©signĂ© Ă  exercer ses fonctions, rôle ou activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi, celui-ci en avise le ministre de la Justice et le ministre de la SĂ©curitĂ© publique et de la Protection civile au plus tard vingt-quatre heures après avoir pris connaissance de l'incident.

Conflits d'intérêts

8. L'organisme dĂ©signĂ© prend les mesures nĂ©cessaires pour Ă©viter tout conflit d'intĂ©rĂŞts au regard de ses fonctions, rôle ou activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi et rectifie toute situation oĂą un tel conflit d'intĂ©rĂŞts survient.

Rapport annuel

9. Au plus tard le 30 juin de chaque annĂ©e, l'organisme dĂ©signĂ© prĂ©sente au ministre de la Justice et au ministre de la SĂ©curitĂ© publique et de la Protection civile un rapport concernant l'exercice de ses fonctions, rôle et activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi relativement Ă  la pĂ©riode de douze mois commençant le 1er avril de l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, lequel rapport comporte notamment :

  • a) le nombre de communications reçues en application de l'article 2 de la Loi et le nombre d'entre elles qui ont menĂ© l'organisme dĂ©signĂ© Ă  mettre, en vertu de l'alinĂ©a 4b), des renseignements Ă  la disposition d'organismes chargĂ©s du contrôle d'application de la loi;
  • b) l'Ă©noncĂ© des mesures visĂ©es Ă  l'article 6 qui Ă©taient en place;
  • c) la description des incidents visĂ©s Ă  l'article 7 qui sont survenus et les mesures prises pour y faire face;
  • d) l'Ă©noncĂ© des mesures visĂ©es Ă  l'article 8 qui Ă©taient en place et, si un conflit d'intĂ©rĂŞt est survenu, une description du conflit et l'Ă©noncĂ© des mesures prises pour rectifier la situation;
  • e) tout autre renseignement susceptible d'avoir une incidence sur l'habilitĂ© actuelle ou future de l'organisme dĂ©signĂ© Ă  exercer ses fonctions, rôle et activitĂ©s prĂ©vus sous le rĂ©gime de la Loi.

OBLIGATIONS DU FOURNISSEUR DE SERVICE

Modalités de la communication

10. Pour l'application de l'article 2 de la Loi, l'adresse doit être communiquée par le fournisseur de services au moyen du système en ligne visé à l'article 3.

Forme et contenu de l'avis

11. Pour l'application de l'article 3 de la Loi, l'avis du fournisseur de services est donnĂ© par Ă©crit et contient les renseignements suivants :

  • a) l'infraction relative Ă  la pornographie juvĂ©nile pour laquelle le fournisseur de service a des motifs raisonnables de croire qu'elle a Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©e ou est perpĂ©trĂ©e en utilisant ses services Internet;
  • b) une description du matĂ©riel qui semble constituer de la pornographie juvĂ©nile, notamment le mĂ©dium employĂ©;
  • c) les circonstances dans lesquelles le fournisseur de services a dĂ©couvert la perpĂ©tration de l'infraction allĂ©guĂ©e, y compris l'heure et la date de cette dĂ©couverte;
  • d) une description de tout autre Ă©lĂ©ment de preuve en la possession ou sous le contrôle du fournisseur de services relativement Ă  l'infraction allĂ©guĂ©e;
  • e) les coordonnĂ©es de son reprĂ©sentant pour les besoins de l'enquĂŞte.

Mesure de sécurité liée à la préservation des données

12. Le fournisseur de services qui doit préserver des données au titre de l'article 4 de la Loi en conserve une copie dans un endroit sécurisé hors ligne.

ENTRÉE EN VIGUEUR

L.C. 2011, ch. 4

13. Le présent règlement entre en vigueur à la date d'entrée en vigueur de la Loi concernant la déclaration obligatoire de la pornographie juvénile sur Internet par les personnes qui fournissent des services Internet, ou, si elle est postérieure, à la date de son enregistrement.

RÉSUMÉ DE L'ÉTUDE D'IMPACT DE LA RÉGLEMENTATION

(Ce résumé ne fait pas partie du Règlement.)

Question et objectifs

L'ancien projet de loi C-22, Loi concernant la déclaration obligatoire de la pornographie juvénile sur Internet par les personnes qui fournissent des services Internet (la Loi), a reçu la sanction royale le 23 mars 2011. Le Règlement est requis pour établir le cadre réglementaire nécessaire à l'application de la Loi.

Le Règlement prévoit la façon dont les fournisseurs de services Internet peuvent s'acquitter des obligations qui leur incombent sous le régime de la Loi.

Description et justification

Entre autres choses, le Règlement dĂ©signe un organisme (« organisme dĂ©signĂ© ») chargĂ© de recevoir les communications et prĂ©cise le rôle, les fonctions et les activitĂ©s de cet organisme ainsi que la manière dont les personnes qui fournissent des services Internet au public peuvent s'acquitter des obligations que la Loi leur impose.

Le Règlement n'entraînera pas de coûts. À l'instar de la Loi, il n'est pas controversé et devrait être bien accueilli par toutes les parties, tous les principaux intervenants et la population canadienne.

Le Règlement prĂ©voit le mĂ©canisme d'application des obligations imposĂ©es par la Loi. Ă€ ce titre, il peut contribuer Ă  l'incidence positive que la Loi pourrait avoir en ce qui a trait Ă  la dĂ©tection des infractions relatives Ă  la pornographie juvĂ©nile — facilitant ainsi l'identification, l'arrestation et la poursuite de ceux qui les commettent — et la rĂ©duction de la pornographie juvĂ©nile sur Internet. Cette incidence positive dĂ©coulerait cependant des obligations en matière de communication et d'avis imposĂ©es par la Loi et non du mĂ©canisme prĂ©vu par le Règlement.

La Loi et le Règlement devraient avoir une incidence économique minime sur les entreprises des personnes qui fournissent des services Internet au public. Tous les principaux fournisseurs de services Internet (FSI) du Canada signalent déjà volontairement la pornographie juvénile qu'ils découvrent et la Loi fera en sorte que toutes les personnes qui fournissent des services Internet au public au Canada seront assujetties aux mêmes obligations. La Loi prévoit expressément qu'elle n'a pas pour effet d'autoriser ou d'obliger quiconque à chercher de la pornographie juvénile. En d'autres termes, elle n'exige pas que les personnes qui fournissent des services Internet au public surveillent leurs réseaux afin d'y détecter ce type de matériel. Le Règlement prévoit la façon dont les fournisseurs pourraient s'acquitter des obligations qui leur incombent sous le régime de la Loi (c'est-à-dire comment faire une communication à un organisme désigné en conformité avec l'article 2 de la Loi, comment aviser la police en conformité avec l'article 3 et comment préserver les éléments de preuve en conformité avec l'article 4). À cet égard, le Règlement adopte le plus possible les pratiques actuelles des personnes qui fournissent des services Internet au public au Canada.

En rĂ©sumĂ©, le Règlement :

  • prĂ©voit que le Centre canadien de protection de l'enfance soit l'organisme dĂ©signĂ© pour recevoir les communications sous le rĂ©gime de l'article 2 de la Loi;
  • dĂ©crit le rôle, les fonctions et les activitĂ©s de l'organisme dĂ©signĂ©, notamment en ce qui a trait :
  • Ă  la rĂ©ception des communications visĂ©e Ă  l'article 2 de la Loi,
  • Ă  la question de savoir si du matĂ©riel qui semble constituer de la pornographie juvĂ©nile se trouve Ă  l'adresse communiquĂ©e et, le cas Ă©chĂ©ant, Ă  la dĂ©termination de son emplacement gĂ©ographique,
  • aux renseignements qui devraient ĂŞtre transfĂ©rĂ©s par des moyens sĂ©curitaires aux organismes d'application de la loi,
  • Ă  la protection des renseignements,
  • Ă  la sĂ©curitĂ© des installations et de l'infrastructure technologique,
  • aux ressources humaines,
  • aux mesures d'attĂ©nuation des atteintes Ă  la sĂ©curitĂ©, des urgences et des conflits d'intĂ©rĂŞts,
  • au rapport annuel devant ĂŞtre prĂ©sentĂ© aux ministres de la SĂ©curitĂ© publique et de la Justice;
  • dĂ©crit la façon dont les personnes qui fournissent des services Internet au public peuvent s'acquitter des obligations qui leur incombent sous le rĂ©gime de la Loi, notamment celles prĂ©vues aux articles 2, 3 et 4 (en matière de communication, d'avis et de prĂ©servation des donnĂ©es informatiques, respectivement).

Le Règlement pourrait avoir une incidence sur la coordination et la coopĂ©ration avec le ministère de la SĂ©curitĂ© publique, lequel est responsable de la « StratĂ©gie nationale du Canada pour la protection des enfants contre l'exploitation sexuelle sur Internet ». Le ministère de la SĂ©curitĂ© publique a conclu une entente de contribution avec le Centre canadien de protection de l'enfance Inc., qui, selon le Règlement, est l'organisme dĂ©signĂ© pour recevoir les communications sous le rĂ©gime de la Loi. L'Alberta, le Manitoba, l'Ontario et la Nouvelle-Écosse ont rĂ©cemment adoptĂ© une loi sur la dĂ©claration obligatoire de la pornographie juvĂ©nile (la Loi est en vigueur au Manitoba et en Nouvelle-Écosse, mais pas encore en Alberta et en Ontario). Ces lois ont Ă©tĂ© adoptĂ©es par les provinces dans le cadre de leur compĂ©tence en matière de protection de l'enfance et, par consĂ©quent, leur objet est diffĂ©rent. La Loi et le Règlement ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s de manière Ă  ĂŞtre compatible avec ces lois provinciales.

Bien qu'il n'y ait aucune obligation ou aucun accord international concernant spécifiquement la question de la déclaration obligatoire de la pornographie juvénile, l'International Centre for Missing and Exploited Children (ICMEC) et INTERPOL ont élaboré une loi type sur la pornographie juvénile et ont entrepris, depuis 2006, d'examiner les lois de tous les pays afin de déterminer lesquelles sont conformes à leur modèle (et satisfont à ses cinq critères). La Loi et le Règlement permettent au Canada de se joindre au petit groupe de huit pays (l'Afrique du Sud, l'Australie, la Belgique, la Colombie, les États-Unis, la France, l'Italie et les Philippines) qui satisfont aux cinq critères.

La Loi et le Règlement sont liés à l'engagement pris par le gouvernement relativement à la protection des enfants contre l'exploitation sexuelle et découlent de la Stratégie nationale du Canada pour la protection des enfants contre l'exploitation sexuelle sur Internet.

Consultation

Les provinces et les territoires ont Ă©tĂ© consultĂ©s de manière gĂ©nĂ©rale avant le dĂ©pôt de la Loi, principalement par l'entremise du Groupe de travail fĂ©dĂ©ral-provincial-territorial (FPT) sur la cybercriminalitĂ©. En septembre 2008, les ministres FPT responsables de la justice avaient reconnu que le Canada pourrait mieux rĂ©pondre Ă  la pornographie juvĂ©nile en adoptant une loi qui obligerait les fournisseurs dont les services sont susceptibles d'ĂŞtre utilisĂ©s pour faciliter la perpĂ©tration d'infractions relatives Ă  la pornographie juvĂ©nile en ligne Ă  signaler tout matĂ©riel pouvant constituer de la pornographie juvĂ©nile.

Le Groupe de travail FPT sur la cybercriminalité a publié un document de consultation et, à compter de 2007, a mené trois séries de consultations publiques avec les intervenants de l'industrie dans le cadre de son étude de la question. L'engagement du secteur privé dans ce contexte a contribué grandement à l'appui général accordé à l'initiative législative qui a mené à la Loi. Celle-ci adopte le plus possible les pratiques actuelles des fournisseurs de services du Canada.

Mise en œuvre, application et normes de service

La date d'entrĂ©e en vigueur de la Loi et du Règlement a tenu compte de la capacitĂ© de l'organisme dĂ©signĂ© — le Centre canadien de protection de l'enfance — de recevoir des communications sous le rĂ©gime de l'article 2 de la Loi. Ce centre est actuellement le service national de signalement en ligne des cas d'enfants exploitĂ©s sexuellement sur Internet.

Toutes les poursuites fondées sur la Loi seront menées par le Service des poursuites pénales du Canada, et cette nouvelle responsabilité ne devrait pas représenter un surcroît de travail important pour lui. La Loi vise à favoriser les signalements en mettant sur un pied d'égalité tous les fournisseurs de services.

Personne-ressource

Jean-François Noël
Avocat
Section de la politique en matière de droit pénal
Ministère de la Justice
284, rue Wellington, Édifice commémoratif de l'Est, bureau 5042
Ottawa (Ontario)
K1A 0H8
TĂ©lĂ©phone : 613-952-8355
TĂ©lĂ©copieur : 613-941-9310
Courriel : jean-francois.noel@justice.gc.ca

Référence a
L.C. 2011, ch. 4